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© Mathieu Zazzo

FLAIR BOOK CLUB: Bastien Vivès nous parle de sa dernière BD

Julie Braun
Julie Braun Journaliste

Après « Une sœur », Bastien Vivès recrée une parenthèse amoureuse dans sa dernière BD « Dernier week-end de janvier », mais cette fois-ci, elle ne concerne plus des ados, mais des adultes… dont un auteur de BD ! On a l’a interviewé à propos de cet album qu’il considère lui-même comme le plus personnel, au BD Comic Strip Festival de Bruxelles.

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Bastien Vivès, « Dernier week-end de janvier » se passe au festival de la BD d’Angoulême. Tu aimes les festivals?

Bastien Vivès: Oui, j’aime les festivals: la dédicace, rencontrer les gens. Sinon je passe mon temps dans mon atelier ou chez moi, je ne rencontre pas forcément mes lecteurs. Et j’aime aussi rencontrer les copains. Maintenant que je vieillis, comme je ne sais pas trop organiser, c’est facile de s’y retrouver.

Vous n’êtes pas plusieurs à ton atelier?

Si, par contre, dans mon atelier, on est une quinzaine/vingtaine. J’adore avoir des gens autour de moi. Ça stimule. À l’époque, on bossait aussi ensemble avec Balak et Michaël Sanlaville, Ruppert et Mulo avaient leur atelier à côté, etc. Certains ont besoin d’être tout seuls pour arriver à travailler, moi j’ai besoin qu’il y ait de la vie. Chez moi, je n’ai pas de bureau, je travaille sur la table de la salle à manger, car j’aime avoir ma famille autour de moi. Si je m’installe dans une pièce, je ne fais pas attention à l’heure qu’il est, je risque de ne pas en ressortir. J’ai un côté un peu autistique dans le dessin.

Tu as deux enfants, c’est ça, ça doit te donner un rythme, non?

Ah oui, c’est sûr. Ils ont 4 ans et 8 mois. Je commence un peu à perdre de ma fraîcheur.

(Bastien Vivès est né en 1984).

Quel est ton rapport à l’âge?

Moi, j’ai l’impression d’être passé directement de l’enfance à la vieillesse pure. J’étais déjà une vieille personne. Il y a des personnes qui sont jeunes dans leur tête, moi j’ai toujours été vieux. À me prendre la tête sur des problèmes qui n’en étaient pas, à chercher à intellectualiser les choses… Avant, j’étais aussi toujours dans la lune, c’était mon grand problème. Je me sens vraiment en phase avec les gens de 50 ans – pas leurs idées politiques – mais je me sens appartenir à leur mode de vie et leur manière de fonctionner. Je n’ai jamais été en pleine possession de mon énergie.

Tu n’as jamais dansé avec la flamboyance des jeunes de ton dernier album?

Non, mais j’adore danser. J’ai juste besoin qu’on m’y amène.

Tu es plus comme ton héros, Denis Choupin?

Oui, c’est la façon dont je me vois. C’est mon album le plus personnel.

Quel est ton meilleur souvenir de festival?

Ce que j’aime, c’est quand un groupe hétéroclite se forme et qu’on sent que quelque chose se passe. Et puis j’ai rencontré ma femme à un festival, au Canada. Elle n’en avait rien à faire de la BD. On a fait la fête, dansé… En festival, on a du temps, donc on est partants pour faire des choses. Moi, je ne lance pas, mais je suis un bon compagnon, je suis toujours. Au contraire, ma compagne sait où elle va, elle lance le mouvement. On a tout de suite trouvé notre dynamique.

C’est le modèle de tes personnages féminins très forts?

Oui et j’ai toujours été attiré par ce type de caractère, même pour les autres gens très proches de moi. Ils sont du genre à demander leur chemin dans la rue, alors que moi, je vais rester perdu – et je ne sais pas utiliser mon téléphone car je suis une vieille personne – donc j’ère dans la rue jusqu’à ce que quelqu’un vienne m’aider à force de me voir tourner en rond.

Est-ce que comme dans ta BD, en festival, on ne fait que parler de bande dessinée?

Oui, mais moi j’adore ça. Quand j’ai fait ma première BD, je n’en avais jamais fait avant. C’est devenu mon langage et ça me passionne. Ce médium me permet d’exprimer parfaitement ce que je veux exprimer. Ça me donne à réfléchir. J’adore discuter BD avec mes amis et amies qui bossent dans la BD. Dans mes dernières lubies, il y avait le réalisme, maintenant je suis à fond dans le franco-belge…

Tu lis encore énormément de BD?

Oui, je relis « Bernard Prince », par exemple. Je ne suis pas très au courant de ce qui est sorti dernièrement, mais ce qui est sorti il y a 50 ans, je suis super au courant, on peut en discuter des heures! J’adore parler de BD et y réfléchir. C’est passionnant. J’ai encore plein de trucs à regarder et à comprendre et c’est ce qui me motive aussi à faire d’autres albums.

Tu constates qu’il y a plus d’autrices qu’avant?

Oui et c’est une très bonne chose. C’est pareil dans le cinéma. Je suis heureux, car ce qui m’intéresse, c’est le désir, et j’aime avoir d’autres points de vue sur le sujet. J’adore le ciné de Coppola ou de Sciamma. Et en BD, j’adore Anouk Ricard, Marion Montaigne, Nine Antico… La pluralité de points de vue vient nourrir la BD. Ce qui est un peu compliqué, c’est qu’on attend parfois d’elles qu’elles soient porteuses d’un étendard. On analyse leur regard en tant que celui de « fille ». Moi, on m’analyse pas en tant que mec qui fait de la BD, juste en tant qu’auteur.

Tu es content de l’adaptation d’« Une sœur » au ciné par Charlotte Lebon?

Oui, je suis admiratif. Il y a quelques petits écueils de premiers films, mais c’est vraiment bien. Elle a réussi à créer l’alchimie entre les deux personnages. Je savais qu’elle utiliserait le désir. Un érotisme magnifique sort de ses images.

Découvrez la bande-annonce de l’adaptation du roman graphique de Bastien Vivès:

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Ça te plairait de faire du cinéma?

Oui, j’y pense depuis 10 ans. J’avais écrit des choses… Là, j’ai une histoire qui ne peut pas vraiment se faire en BD. Ça manquerait le réalisme. Au ciné, un verre c’est un verre. En BD, un verre, par le dessin, évoque déjà quelque chose. Parfois, on veut juste montrer la dure réalité d’un verre. C’est un peu comme quand je fais une BD porno, si c’était filmé, ce serait horrible, mais avec le dessin, ça crée une distance et rend tout désirable.

Tu dis dans « Dernier week-end de janvier » que la BD est un art de petit garçon blessé. Tu te vois comme un petit garçon blessé?

Non, c’est une phrase qu’une nana avait dit à un de mes bons potes. Je pense que pour l’instant c’est un art d’enfant blessé, pas de « garçon » – là c’est ce que le personnage féminin dit à l’auteur pour le piquer un peu. Mais j’ai vu beaucoup de gens tristes dans la bande dessinée. Plus que dans les autres médias.

Avec la BD on est tout le temps dans l’entre-deux, est-ce pour les enfants ou les adultes ? Est-ce beau ou moche? Beaucoup de gens disent que Franquin a un dessin fantastique. Si je le montre à ma femme, elle trouve ça dégueulasse. Par cet entre-deux, on n’a pas trop d’attentes vis-à-vis de la BD. Et puis il y a une question d’offre et de demande. Certains livres magnifiques passent aux oubliettes, car ils sont peu vendus ou même pas publiés. Les bouquins qui ont fait basculer la BD sont ceux qui ont eu un succès énorme, parce qu’on est dans une industrie du divertissement de masse.

Tu as l’impression d’être une « star » de la BD?

Non, mais ce qui m’a toujours intéressé dans ma carrière, c’est d’arriver à me créer mon espace de liberté. Aujourd’hui, je pense avoir réussi. Je ne dois pas me dire : « Cette BD s’est vendue à 20.000 exemplaires, il ne faut pas que je fasse celle-ci, car elle ne va se vendre qu’à 2.000 exemplaires. » Je suis assez libre, je peux mettre de l’érotisme, par exemple… Pas mal d’auteurs ou d’autrices ont peur de perdre leur lectorat. Moi, je fais le livre dont j’ai envie.

Ton univers est très varié, entre tes romans graphiques, Lastman en les BD cul.

Oui mais au final je raconte un peu tout le temps la même histoire. Je suis très famille, très vieille France. Même dans Lastman, où il y a de la baston, tout ce qui m’intéressait c’était l’histoire d’amour et le rapport mère-fils. Le seul qui dénote, c’est « 14 juillet », que j’aime beaucoup. Je voulais raconter autre chose, travailler avec Martin (Quenehen, ndlr). C’est un album que j’ai eu beaucoup de difficultés à faire. J’ai du mal en tant que dessinateur et c’est quelque chose que j’aimerais travailler. J’aimerais ne plus passer une histoire à la moulinette pour raconter encore et encore la même histoire. J’aimerais réussir à me mettre à son service.

Et « Corto Maltese »?

C’est le personnage considéré comme le plus sexy de la BD et c’était génial de pouvoir le faire bouger. De voir si je pouvais déplacer mon désir, que je mets d’habitude sur les femmes, sur lui.

Lors de notre interview pour la sortie de « Une sœur », tu m’avais dit que tu voulais faire un polar. C’est ça pour toi, « Corto »?

Tout à fait! On a demandé à faire un deuxième tome, plus sombre encore. J’ai du mal à dessiner la méchanceté, la cruauté, la violence. Du coup, là, j’y travaille. Je ne crois pas aux gens purement méchants, plus aux gens bêtes. Mais ça ne m’amuse pas de les dessiner.

C’est pour ça que je n’ai jamais fait de dessin de presse, même si j’aime faire des caricatures. Sur « Lastman », c’est Balak qui faisait les méchants. Je continue à bosser mon dessin. J’adore les histoire, mais le dessin, c’est ce que j’aimais à la base, ce qui me faisait vibrer. À un moment, avec le dessin numérique, j’avais un peu perdu ce que j’aimais dans le dessin, donc j’en ai refait pendant 2 ans. J’ai une BD à la gouache qui va sortir en mars. Mais je suis revenu au numérique, car je trouve que je n’ai pas le niveau pour la BD traditionnelle.

Retrouvez ici notre chronique de « Dernier week-end de janvier », de Bastien Vivès.

Feuilletez la dernière BD de Bastien Vivès sur le site de Casterman, son éditeur.

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