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Interview: Bastien Vivès, auteur de BD bluffant

Julie Braun
Julie Braun Journaliste

S’il y a un jeune qu’on adore en BD, c’est lui. Bastien Vivès se montre aussi à l’aise dans ses romans graphiques sensibles (comme « Polina » adapté au ciné) que dans sa série de baston, « Lastman », dérivée en jeu vidéo et en série animée. À l’occasion de la sortie d’ »Une sœur », on a rencontré ce tendre qui aime déranger.

Comment se fait-il que vous centrez autant vos histoires sur les femmes?

Parce que c’est ce que je préfère dessiner. En tant que dessinateur, j’ai eu plusieurs grandes périodes: les araignées, les dinosaures, les tortues ninjas... Et vers 12 ans, les femmes à poils. Je les possédais en les dessinant. Dès que je croisais une nana, je la regardais et lorsque je l’avais bien en tête, je faisais son croquis. Quand je trouvais qu’il était ressemblant, je l’oubliais. Je considérais uniquement les meufs d’un point de vue formel.

Mais d’un point de vue psychologique aussi, vous maîtrisez vos personnages féminins...

Mais ça s’est venu bien après. J’ai fait ma première BD, Elle(s), vers 24 ans. À l’époque j’étais obsédé par les sentiments amoureux, pourquoi ça marche, pourquoi ça marche pas, pourquoi t’es attiré... Toutes ces conneries-là. J’ai fait 4 albums qui racontaient 4 fois la même histoire, juste avec des points de vue différents.

elles

Pourquoi ne dessinez-vous pas toujours les yeux de vos personnages?

Les yeux, c’est la première chose qui attire le lecteur. S’ils vont à l’encontre de ce que je veux montrer, par exemple dans une scène où ce qui m’intéresse c’est que le personnage est en train de faire un puzzle, qu’il est concentré, et que le regard n’apporte rien, je ne les mets pas. Et parfois ça permet aussi de raconter quelque chose, de montrer que le personnage est ailleurs, par exemple...  

Quelle était votre envie de départ avec Une sœur?

D’abord, je voulais raconter des souvenirs d’enfance, quand je dessinais avec mon frère. Je voulais aussi raconter la relation fraternelle, ce que c’est que d’avoir un frère. Et la différence entre un frère et des amis... J’ai eu l’histoire en tête pendant 2 ans, quand j’ai eu l’idée d’introduire un personnage féminin. J’aurais rêvé d’avoir une grande sœur. J’aurais aimé qu’on fasse des choses ensemble, mais aussi, qu’il y ait cette découverte des corps. Peut-être que ça m’aurait permis de ne pas mettre les meufs sur un piédestal comme je le fais... ça part donc d’un fantasme. Après il a fallu rendre leur relation crédible. Il n’y a pas de sentiment amoureux entre eux, pas de violence. Il est trop petit pour elle. Ils sont dans le jeu. Ils vivent quelque chose de tendre, de bienveillant. 

Il y a un moment où ça bascule. Est-ce que vous le vouliez dès le départ ?

Oui, j’ai toujours mes histoires en tête pendant longtemps avant de les coucher sur papier. J’ai tout découpé en 2 jours. J’avais envie d’aller vraiment beaucoup plus loin, mais quand tu découpes, tu laisses vivre les personnages, tu vas à l’instinct et il ne fallait pas aller plus loin que ça. Ça n’allait pas être crédible... ni aussi intéressant.

Vous n’avez jamais peur de choquer?

Je pensais qu' »Une sœur » allait être hyper choquant. Quand je l’ai montré à Casterman, j’ai cru qu’ils allaient refuser alors qu’ils ont été enthousiastes. Ça veut dire que soit j’ai réussi à faire passer mon histoire tranquillement, soit que les gens aiment être un peu choqués. Mais je pense qu’on peut tout montrer en dessin. Comme en littérature. Il y a une vraie distance. Bien sûr, je me suis freiné. Je ne suis pas allé dans le porno, dans le détail. Mais c’est un truc que j’aime, installer un cadre dans lequel on se sent bien et puis de faire découvrir quelque chose d’un peu niqué. Je ne veux pas vraiment choquer, mais mettre mal à l’aise... 

Comment gérez-vous vos différents projets, avec Lastman qui prend énormément de temps.

Justement, j’avais une perte d’énergie. J’avais besoin de dessiner autre chose, de m’aérer la tête. Je déteste faire deux choses en même temps, mais parfois je sens que je dois faire quelque chose tout de suite. C’est un peu comme une envie de pisser. Alors je m’arrange pour dégager du temps. Cet album, je l’ai fait en 3-4 mois. Il nous reste deux tomes de Lastman à faire. Toute mon énergie est dessus. J’ai quand même hâte qu’on termine, on est occupés depuis 5 ans. 

Est-ce qu’il y a un projet que vous rêveriez de faire ?

Un vrai polar noir, comme « Bad Lieutenant » avec Harvey Keittel… Mais j’ai du mal dans ce genre d’univers. Je ne sais pas faire des méchants, des trucs angoissants. Je suis trop tendre avec mes personnages.  

Une sœur, Bastien Vivès, Casterman.

 Retrouvez la critique d’Une soeur, de Bastien Vivès, paru chez Casterman, dans le Flair du 31 mai.

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