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Les « Instagram vs reality » d’influenceuses minces font débat

Kathleen Wuyard

Sur papier, l’initiative « Instagram vs reality » est formidable: montrer que oui, les splendides créatures qui s’exposent sur les réseaux ont elles aussi de la cellulite, des vergetures et des bourrelets, même si elles sont très minces. Rappeler, aussi, qu’on peut être mince et complexée. Même si, pour certaines, le principe fait débat et cette exposition de mini plis de peau en serait presque indécente.


Suivre Celeste Barber sur Instagram est un régal. La comédienne australienne a gagné ses plus de 7.3 millions d’abonnés grâce à son humour décapant, décomplexé et décomplexant, qui la voit reproduire avec ironie (et les moyens du bord) postures d’influenceuses et couvertures de magazine. Sans rien cacher, ni ses cuisses pas tout à fait lisses ni son ventre pas exactement plat non plus, créant ainsi des images aussi rafraîchissantes qu’iconiques, likées chaque fois à plusieurs centaines de reprises.

Dans la foulée de son succès et de la popularité croissante du mouvement body positive ces dernières années, une nouvelle tendance paradoxale a vu le jour sur les réseaux sociaux: « Instagram vs reality ». Un paradoxe car, si aux débuts du blogging, le phénomène a gagné en popularité précisément parce que les blogueuses étaient « des filles comme nous », au début du moins, sur Instagram, la tendance a toujours été aux clichés parfaits, parfaitement filtrés, aussi aspirationnels qu’impossibles à atteindre pour la plupart: on peut liker autant de photos qu’on veut, on ne sera probablement jamais cette fille en bikini taille 34 qui pose dans la piscine à débordement de sa maison de Bali. Ce qui n’empêche pas de continuer à scroller, liker et follower compulsivement, surtout quand des influenceuses ont l’intelligence de surfer sur la tendance positivité et honnêteté qui déferle sur les réseaux. Parmi elles, Rianne Meijer, réponse amstellodamoise à Celeste Barber, qui poste elle aussi des clichés humoristiques où elle se compare aux célébrités, ainsi que des publications sans filtres où elle montre les 10 photos moyennement flatteuses qu’il lui faut avant d’en avoir une #bombesque comme il faut.

« Aimez-vous telles que vous êtes »


Des publications qui lui ont valu plus d’un million de followers sur Instagram, ainsi que de nombreuses accolades pour son contenu honnête et drôle. Pas étonnant, donc, que de plus en plus d’influenceuses « classiques », celles dont les photos font rêver (ou rager) précisément parce qu’elles sont parfaites et inaccessibles, décident de rejoindre le mouvement. Parmi elles, Anne-Laure Mais, aka Adenorah, 603 000 abonnés au compteur, qui a posté en début de semaine une photo, aujourd’hui effacée, la montrant en itsy bitsy tout petit bikini, avec quelques plis de peau et un grain de peau pas parfaitement lisse sur toutes les photos, parce que oui, Anne-Laure est humaine. En légende de la photo, likée plus de 15.000 fois avant d’être supprimée, elle se réjouit de voir de plus en plus de filles montrer leurs « vrais corps » sur les réseaux et confie se sentir de moins en moins à l’aise avec ses photos parfaites et retouchées, adressant un message à ses followers au passage:

Je mange ce que je veux et je reste mince, mais c’est mon propre patrimoine génétique, et j’espère que vous aimez toutes vos corps tels qu’ils sont. Peu importe votre taille, vous devriez vous aimer et aimer votre corps, et ne pas devenir obsédée par les images trompeuses des réseaux ».


Message relayé également à sa manière par l’influenceuse Sophie Sinacori, postant pour sa part deux clichés pris en bikini face à son miroir, dont un des deux où elle se replie sur elle-même, faisant apparaître des plis de peau sur son abdomen, et légendant le tout « J’pose ça là comme ça, vous êtes des bombes, les filles ».

Des publications qui ont trouvé un écho mitigé en ligne, de nombreux commentaires soulignant la beauté des influenceuses, certains les remerciant pour ces photos et d’autres dénonçant la démarche, un mouvement de mécontentement dont la scénariste et autriste Caroline Franc est devenue malgré elle l’égérie.

Discorde chez les influenceuses


Si la Parisienne est passée d’une vie de journaliste d’agence à la rédaction d’épisodes pour la télévision française, c’est en effet grâce à la popularité de son blog, « Pensées de Ronde », pensé à l’origine comme le journal d’une maman de trois jeunes enfants, obèse et désireuse de perdre du poids, qui chroniquait son régime et ses vagues à l’âme avec un ton acerbe et humoristique qui lui a valu des légions de fidèles. Aujourd’hui amincie, et ayant quelque peu délaissé son blog, devenu depuis « Pensées by Caro », pour les réseaux sociaux, elle y a dénoncé cette vague de posts « honnêtes » d’influenceuses minces, les accusant d’accrocher leur wagon à un mouvement auquel elles n’appartiennent pas.

Je n’ai aucune haine ou rancoeur contre les gens minces et gaulés. Mais j’ai envie de mordre quand une fille mince tente de se faire du beurre sur un mouvement qui vise à décomplexer les femmes en surpoids. Tu veux croquer du bodypositive? Bah prends ma cellulite, mes bouées et mes vergetures. Mais me mythonne pas avec un pseudo mini défaut juste pour surfer sur la vague ».


Et Caroline de poursuivre son coup de gueule en story, qualifiant la démarche de celle de « profiteurs de guerre » et comparant le tout à une personne riche qui dirait s’inquiéter pour l’avenir à une personne pauvre. « Oui, sûrement, n’empêche que ça n’est pas tout à fait les mêmes angoisses ».

On n’aurait donc pas le droit d’être mince et complexée? Pas du tout, concède Caroline Franc, qui, si elle admet tout à fait qu’on puisse être mince et avoir des complexes, tient toutefois à nuancer.

Pardon si je vais froisser certaines, mais on n’est pas discriminée à l’embauche pour des complexes. On ne se fait pas insulter pour des complexes. On n’a pas de peine à trouver des vêtements qui nous vont pour des complexes. Ca ne veut pas dire que la souffrance n’existe pas, mais ce n’est pas la même ».


Et de terminer en épinglant la « malhonnêteté », soulignant qu’on « ne parle pas de filles qui souffrent de leur image mais bien d’opportunistes qui tentent de grapiller un peu de likes sur une cause qui n’est pas la leur ». Une accusation à laquelle Anne-Laure Mais n’a pas répondu, la jeune femme ayant supprimé son post original, bloqué Caroline Franc et préféré poster des stories de ses vacances à la plage plutôt qu’une réaction à la polémique.

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