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FAUT QU’ON PARLE: il faut arrêter de saisir la Justice en cas d’examen raté

Kathleen Wuyard

On l’apprenait il y a quelques jours: Loïc, un étudiant en MA2 à l’UMons, saisissait le Conseil d’Etat pour avoir le droit de passer son TFE alors même qu’il venait de rater un examen pour la 12e fois, ce qui l’empêchait de terminer son cursus. Un recours qui vient d’être débouté, et qui, en réalité, n’avait pas lieu d’être.

Et cela vient pourtant de quelqu’un qui a passé l’examen d’Ecopol (ULBForever) suffisamment de fois pour en venir à craindre de ne jamais en être débarrassée – finalement, la quatrième fût la bonne, ceux qui disent « jamais deux sans trois » ne savent pas comment faire durer le (dé)plaisir. Cela a beau dater du tout début de mon Bachelier, et donc, d’il y a quelques années tout de même maintenant, l’angoisse ressentie à l’approche du quatrième passage devant le bourreau de l’examen est toujours vivace, d’autant qu’elle s’accompagnait de terreurs nocturnes tout sauf rationnelles où l’échec à l’examen allait forcément mener à mon expulsion de l’université et, dans un futur proche, à mon déménagement sous une pile de cartons, sous un pont. On n’est pas très malin à 19 ans, j’en conviens. Mais même au plus fort de mes scénarios catastrophe dramatiques au possible, il ne m’est jamais venu à l’idée de demander à papa-maman de faire appel à un avocat pour contester la décision de l’ULB, « si jamais ».

La justice, c’est d’appliquer les mêmes règles à tou•te•s

Ce n’est pas faute d’avoir des parents aimants et protecteurs, pourtant. Mais si je leur avais demandé d’intervenir dans ce sens, je crois qu’ils m’auraient ri au nez, parce qu’en dehors de tout tribunal, la justice, c’est d’accepter que les règles sont les mêmes pour tout le monde, et qu’il s’agit de s’y plier. Même si, clairement, ça doit être horrible de se retrouver en MA2, avec déjà une offre d’emploi pour après, et de ne pas pouvoir présenter son TFE ni obtenir son diplôme pour un foutu cours qu’on traîne derrière soi depuis des années. Horrible, mais tous les autres, eux, ont dû le réussir pour obtenir leur diplôme.

Et au-delà de l’injustice inhérente au fait d’exiger ce qui n’est jamais rien d’autre qu’un traitement de faveur, il y a aussi une forme d’obscénité à saisir la Justice, déjà surchargée, pour une affaire somme toute si triviale. Parce que oui, devoir assumer une année supplémentaire « juste pour un cours », c’est pénible. Mais à l’échelle d’une vie, ça reste franchement minime. « Injuste », par contre, non: désagréable, rageant, triste, oui, mais juste, parce que l’importance de l’enseignement supérieur repose aussi sur le fait que par principe, tout le monde y est jugé de la même manière, selon les mêmes règles, et ce peu importe le milieu duquel on est originaire ou tout autre critère. La vraie injustice serait de parvenir à contourner le système et à obtenir un diplôme sans avoir rempli les mêmes prérequis que les autres. Déjà que la réussite est passée de douze à dix, « ils ne connaissent pas leur chance les jeunes d’aujourd’hui » (voix de Millenial chevrotante).

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