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Et si le coming out n’était plus un passage obligé quand on est gay?

Manon de Meersman

Faire son coming out, littéralement « to come out of the closet » soit « sortir du placard », c’est le moment où la personne homosexuelle ou bisexuelle annonce son orientation sexuelle à son entourage. On a interrogé cette notion, en cherchant à connaître son importance et savoir si aujourd’hui, elle a encore sa place au sein de notre société en pleine évolution.

Certain·e·s savent depuis toujours qu’elles·ils sont homosexuel·le·s, alors que d’autres ne le découvrent que bien plus tard. L’épreuve reste dans tous les cas la même: assumer une orientation sexuelle qui nous inscrit, malgré nous, dans une minorité. À l’heure où l’on aimerait vivre dans une société tendant à être la plus inclusive et la plus ouverte d’esprit possible, assumer que l’on aime les personnes du même sexe reste une tâche parfois difficile. En cause: le regard des autres, mais pas que.

L’accepter soi-même d’abord

“Le coming out le plus compliqué pour moi a été celui que je me suis fait à moi-même. J’avais jusque-là toujours été pour les garçons et puis il y a eu cette fille, dont je suis tombée amoureuse. Là, j’ai su que ce n’était pas juste une expérience. J’ai su que j’étais homosexuelle, et je ne l’avais jamais soupçonné”, explique Marion. S’assumer ouvertement aux yeux des autres est une tâche difficile, mais se l’avouer à soi-même l’est parfois bien plus. “Il y a eu une sale phase de déni. Le plus dur dans le coming out, ce n’est pas de le dire aux autres... C’est vraiment de se le dire à soi-même. Quand on se le dit à soi-même, c’est déjà une grosse étape”, explique Robin en se souvenant de son coming out. “Vers 15 ans, je me suis dit: ‘je suis gay, ça ne changera pas’ et ça a été dur. Je l’ai annoncé à mes parents dans un blanc à table et je me suis effondré en larmes. C’était un trop plein d’émotions”.

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Pour Marion, il y a également eu une phase de déni, durant laquelle elle a refoulé ses sentiments au plus profond d’elle, se répétant crûment “j’aime la bite”. Sauf que vivre dans l’ombre de ce qu’on est réellement n’est jamais une bonne chose. “Pendant plusieurs mois, je me suis convaincue que cette fille n’était qu’une amie. Puis un jour, je me suis rendue à l’évidence: je l’aime et je suis gay. Ni plus, ni moins”, explique-t-elle. Elle a finalement ensuite pris la chose avec du recul et s’est mise à assumer fièrement son appartenance à la communauté LGBTQIA+, un peu comme Victoria, qui n’a pas su de suite qu’elle aimait les femmes. “Je me suis rendu compte assez tôt que je n’étais pas très attirée par les garçons, mais assez tard que j’étais attirée par les filles. Puis un jour j’ai fait le lien entre les deux, et je me suis rendu compte que j’étais lesbienne. En fait, je n’avais jamais vraiment envisagé cette possibilité, mais pas de problème, j’avais compris quelque chose sur moi, une bonne chose de faite”, explique-t-elle.

Une part de soi qui le sait depuis toujours

À l’inverse, certaines personnes ont toujours su qu’elles étaient homosexuelles, ne passant pas, ou que très peu, par cette phase de déni, mais baignant tout de même à un moment dans cette question d’assumer qui on est malgré tout.

“Je sais depuis toujours que je suis homosexuel, comme je savais que j’avais les yeux bruns et que j’aime le chocolat. C’est plus le fait de l’assumer qui a du inclure une méthodologie et qui a demandé du tact.”


explique Kevin, précisant qu’il n’a d’ailleurs jamais fait de coming out, purement et simplement car tout le monde le savait déjà... “Personne ne m’a dit: ‘je sais que tu es différent et ce n’est pas grave’ et je le regrette”, conclut Kevin, soulignant l’importance d’être soutenu lorsqu’on est ado et qu’on fait face à des commentaires parfois violents de la part de certains.

De son côté, Léna aussi a toujours su qu’elle était homosexuelle. “Je ne me suis jamais rendu compte que j’étais homosexuelle car je l’ai toujours su. Je n’ai pas fait de coming out et mes parents l’ont su d’eux-mêmes. Ils m’ont mise à la porte et je l’ai vécu comme une gamine qui perd ses repères”, explique-t-elle avec émotion.

L’épreuve de l’entourage

Assumer face à sa famille que l’on aime les personnes du même sexe, c’est se confronter à des visions du monde parfois étriquées. C’est se rendre compte que l’ouverture d’esprit se construit et n’est jamais acquise. Il y en a chez qui ça passe, d’autres chez qui ça casse. Lorsque Marie s’est rendu compte de son homosexualité, elle s’est empressée de le dire à sa mère, à qui elle confiait tout depuis ses 10 ans et qui l’avait toujours confortée dans l’idée que si un jour elle aime les filles, alors elle se doit de lui dire. “Ce qui devait être une info banale s’est transformée en mini-bombe dans son monde à elle et elle m’a gueulé: ‘ça veut dire quoi ça?? T’es malade d’annoncer ça comme ça aux gens, c’est quoi ton problème?’, suivi de deux semaines de silence radio” , raconte-t-elle.

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Marion aussi a fait face à cette situation. “Lorsque je l’ai annoncé pour la première fois, ma mère, qui m’a éduquée dans une ouverture d’esprit qui me semblait rare, m’a regardée dans les yeux en me disant que je n’étais pas normale”. Être soutenu par sa famille est une chance qui est non-négligeable. “Mon homosexualité a toujours fait partie de moi, je ne la vivais pas, et je ne l’écoutais pas. C’est vers l’âge de 17 ans que j’ai enfin décidé de l’accepter et de commencer à vivre doucement cette phase de ma vie. Depuis tout petit mes proches le savaient, mais ils attendaient juste que je l’accepte avant d’en parler avec moi. J’ai eu la chance de grandir dans une famille plus que bienveillante, très ouverte et tolérante”, explique Augustin, dont le soutien familial a été en or durant sa phase d’acceptation.

Les proches, qu’ils soient la famille ou les ami·e·s, ont un rôle essentiel dans l’acceptation de soi et dans le fait de s’assumer. Ils sont un pilier, un repère, un réconfort. Ils sont ceux qui nous connaissent, qui nous font grandir et qui font de nous les personnes que l’on devient.

La peur des minorités

Mais cet entourage a parfois du mal à accepter la personne que l’on peut être. Et bien souvent, le sentiment qui prévaut, cachant bienveillance et protection, c’est celui de la peur. La peur que cette personne homosexuelle soit la cible de jugements, de commentaires, de regards, de comportements violents... Augustin se souvient d’ailleurs à ce propos des mots de sa maman lorsqu’il lui a annoncé qu’il était homosexuel.

“Tu sais Augustin, pour moi, ça ne change rien, je suis une maman, ta maman et en tant que tel je ne veux que ton bonheur. Après je ne te cache pas que ça m’attriste. Oui, je suis triste de me dire que tu vas devoir vivre une vie moins facile que les autres de par tes sentiments. Sois prudent car dans le monde où nous vivons il y a encore beaucoup d’inégalité et d’incompréhension et de dégoût face à l’homosexualité, mais chez nous ce ne sera jamais le cas.”


Lorsque les parents de Marion ont fini par accepter son orientation sexuelle, ils lui ont également fait part de cette peur. “Ils m’ont dit qu’ils ne voulaient pas qu’il m’arrive quelque chose parce que j’aime les femmes. Pour eux, je ne me facilite pas la tâche, mais ils savent que je ne l’ai pas choisi non plus”. Car en effet, l’homosexualité n’est pas un choix et il est important de le rappeler. S’assumer, c’est justement défier ces peurs et mettre au défi la société de s’ouvrir davantage l’esprit. C’est une manière d’imposer une conscientisation. Ce n’est pas en ayant peur que la société évoluera et cela, une bonne partie de la communauté LGBTQIA+ l’a bien compris.

Mais quid de cette notion au final?

Les avis sur le coming out divergent, mais un point commun se démarque tout de même: le coming out doit d’abord être fait pour soi et non pour les autres. “Le principe du coming out m’a posé problème pendant de longues années. Parce que j’avais l’impression, précisément de devoir faire un coming out permanent : c’est-à-dire qu’en rencontrant de nouvelles personnes, j’ai souvent eu le sentiment qu’il y avait un moment où il fallait préciser, comme un genre de particularité, de révélation voire de précaution d’usage, que ‘je suis homosexuelle’. Je pense que c’est lié au fait qu’on appartienne à une minorité, donc quand on rencontre quelqu’un, on suppose qu’il est hétéro par défaut”, explique Victoria.

Gianluca a également un avis qui va dans ce sens, expliquant que “le outing devrait être vu comme une acceptation de soi et non comme une affirmation”. Malheureusement, dans une société encore bien trop genrée, il reste encore bien ancré. “La société fait qu’en tant qu’homosexuel, on est obligés, ne serait-ce que pour son entourage proche, mais aussi au boulot, malheureusement”, précise Franek. “Je pense que le coming out a encore sa place car il faudra toujours expliquer pourquoi aimer une personne du même sexe n’est pas une différence. C’est important de continuer à ouvrir les esprits”, ajoute Léna.

Le coming out peut alors être vu comme ce premier lien que l’on noue avec son orientation sexuelle, nous permettant de prendre en compte une bonne fois pour toute qui nous sommes. Il peut également être vu comme un moyen de faire vivre les droits de la communauté LGBTQIA+ et crier haut et fort que le terme de “minorités” est bien trop surfait. Bien sûr, il renforce peut-être l’idée qu’il y a une différence entre les homosexuel·le·s et les hétérosexuel·le·s puisque ces dernier·ères·s n’ont pas à faire de coming out, mais il n’en est rien. Il soulève un combat de tous les jours et marque la force de la communauté LGBTQIA+ à se battre tous les jours un peu plus pour ouvrir les esprits et fouetter les consciences qui ont besoin d’être éveillées.

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