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DRY JANUARY (2/4): « Les groupes de parole m’aident à combattre mon alcoolisme »

Justine Rossius

À l’occasion du fameux « mois sans alcool », Raphaël, 33 ans, a accepté de nous livrer son témoignage sur sa dépendance à l’alcool et son combat pour s’en sortir, au-delà des janviers secs. Un récit en quatre temps, dont cette seconde partie nous décrit les moyens utilisés pour s’en sortir.

La semaine dernière, Raphaël nous expliquait son déclic: comment il avait pris conscience que son rapport à l’alcool était problématique. Son premier témoignage est à lire ou relire par ici.

Suite à mon accident et mon épisode au commissariat, j’ai réalisé que si je voulais m’en sortir, je n’y arriverais pas tout seul. J’avais déjà essayé d’arrêter l’alcool, suite à un ultimatum, et j’avais réussi à tenir quelques mois. Cette fois-là, je prenais cet arrêt au sérieux aussi, mais dès que mon état s’est amélioré, j’ai oublié d’où je venais. C’est une des causes de la rechute: dès qu’on se sent bien, on oublie que l’alcool nous a rendu impuissant ou incontrôlable. On oublie les lendemains difficiles, les disputes, les sentiments de honte. On ne se remémore que le positif associé à l’alcool: les bonnes soirées, les fous rires, les discussions à cœur ouvert entre amis. Ce premier sevrage, quand j’y repense, je le prenais comme une punition pour mon comportement envers les autres. Je ressentais de l’injustice: pourquoi moi? Pourquoi n’avais-je pas le même rapport à l’alcool que les autres? Pourquoi eux pourraient-ils s’amuser et pas moi? Ce sentiment de punition m’avait fait rechuter. Au début, je me suis dit que j’avais le droit de boire de l’alcool lors de repas dans des restaurants gastronomiques. Le fameux accord mets-vins, indispensables, pensais-je. C’est vite passé à n’importe quel restaurant. Je me disais toujours qu’il s’agissait de contextes spécifiques, qui me permettaient de facilement gérer ma consommation. Finalement, j’ai fini par inclure les concerts, puis les soirées dans des bars ou à la maison. C’était reparti. En deux mois, tous les efforts que j’avais faits ont été balayés.

L’importance de se faire accompagner

Pour ce second arrêt, je sentais que je n’y arriverais pas seul. Je me suis donc renseigné sur toutes les aides existantes. Je voulais attraper le plus de mains possible. Et voir celles qui m’aidaient vraiment. J’ai donc été voir un coach spécialiste dans les addictions, lui-même abstinent depuis une dizaine d’années. Il propose un suivi intéressant car outre les séances, je peux aussi le contacter à tout moment pour lui poser des questions ou lui faire part de mes doutes ou des obstacles que je rencontre. Il me soutient à 100%, et vu qu’il est lui-même passé par toutes les étapes et interrogations, je lui donne beaucoup plus de crédit qu’à quelqu’un d’autre. Il m’inspire aussi car je vois à travers lui que l’abstinence est possible. Il m’a expliqué sa propre expérience et m’a présenté les différents moyens pour arrêter, tout en prônant un arrêt total et plus la demi-mesure. C’est lui qui m’a parlé des groupes de parole pour la première fois. Il en existe différents partout dans le pays, à différents horaires. Je me suis renseigné pour connaître celui qui me conviendrait le mieux. Et je m’y suis rendu une première fois, sans trop me poser de questions. Je sentais que si je doutais trop, j’allais prendre peur. Ce soir-là, il pleuvait énormément et j’ai brièvement pensé que je n’allais pas y aller sous cette drache. Heureusement, je me suis dit que c’était trop lâche et j’ai pris mon courage à deux mains. Je m’attendais à y voir des déglingués, des clochards… Au final, j’ai été très bien accueilli: les gens étaient bien habillés, propres sur eux… Il y avait des hommes, des femmes, des très jeunes et des plus vieux. C’était bien loin des clichés que je pouvais me faire sur ce genre de groupe de parole.

Concrètement, ces groupes de parole sont libres d’accès. Il y a chaque fois un modérateur et nous prenons tous la parole tour à tour pour raconter notre propre histoire et notre propre vision d’une thématique, qui change de semaine en semaine. Cela peut être une pensée du jour, un mantra ou bien les fêtes de fin d’année par exemple. Lors de cette première séance, tous les participants m’ont accueilli comme ‘nouveau arrivant’: ils m’ont raconté leur propre histoire — comment ils s’étaient retrouvés, comme moi, dans ce groupe de parole — en me regardant droit dans les yeux.

Toutes leurs histoires me faisaient penser à la mienne. Je me suis senti directement intégré au groupe et entouré d’une grande bienveillance.

Libéré et moins seul

Cette première réunion fut super intéressant et en même temps, ça a été une première gifle : ça m’a réveillé! Toutes ces personnes avaient des vies différentes, des profils variés, un rapport différent face à l’alcool, et pourtant, un élément nous rassemblait: nous avions tous un problème avec l’alcool et l’envie d’y remédier. On voulait tous devenir abstinents et non plus dépendants. Ce but commun nous unit, malgré nos différentes. On se reconnaît finalement dans chaque témoignage et ça nous confronte sans cesse à la personne que nous étions quand nous buvions encore. Certains d’entre eux prenaient aussi de la cocaïne de temps en temps pour pouvoir tenir et gérer l’impact de l’alcool. Beaucoup évoquaient des sentiments de honte, de culpabilité et d’impuissance. Des récits de phases de dépression suite à une cuite. Je me reconnaissais dans chacun des récits, alors que ces personnes étaient si différentes de moi en apparence. Je me suis senti comme libéré. Je n’étais plus seul. J’ai compris que je devais continuer à me rendre à ce groupe de parole dès que j’en ressens le besoin. Ça me permet de jeter tout ce que je ressens sur la table et de me sentir écouté. C’est aussi assez incroyable d’entendre ces témoignages sans filtre, sans mensonge. Tout le monde est très authentique et jamais auparavant je n’avais eu des conversations aussi vraies avec des inconnus. Ce sont des discussion sans jugement, sans faux-semblants, loin des « codes » que la société nous force à avoir. Ces groupes de parole agissent un peu comme des piqûres de rappel, car l’alcool est sournois et on peut vite rechuter, oubliant la personne que l’on a été…

À côté de ça, j’ai aussi pris contact et eu déjà plusieurs rendez-vous avec un hypnothérapeute, spécialiste en addictions. Il me permet de creuser plus loin dans mon inconscient mon rapport à l’alcool. J’ai également pris rendez-vous à au centre Chapelle-aux-Champs, à Bruxelles, qui est spécialisée dans les addictions également. Je ne sais pas encore en quoi consistera le suivi, mais d’après leur brochure, il s’agit d’une thérapie qui inclut les proches et qui me permettra d’être mis en contact avec des médecins (psychologues, psychiatres, etc.) qui ont l’habitude de traiter de cette maladie.

Cette fois-ci, je me sens vraiment investi et je réalise à quel point le fait d’être bien entouré est primordial pour un arrêt total de l’alcool. »

La semaine prochaine, Raphaël reviendra sur l’impact de son alcoolisme et de son abstinence sur les relations avec ses proches.

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