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Sans Alcool - Getty

« Sans alcool », le livre qui m’a rendue sobre depuis 7 mois

Laurane

Priscilla, 36 ans et actrice, adore boire un verre de vin rouge en cuisinant, est régulièrement conviée à des soirées entre ami·e·s et se fait taguer sur des publications rigolotes qui parlent de ce « fameux ami alcoolique ». Au fond, cette description de Priscilla ressemble très fort à celles de nombreux trentenaires. Jusqu’à la lecture d’un bouquin qui donne le ton: « Sans alcool », qui l’amène à arrêter net de boire. Elle nous livre son témoignage et son parcours vers la sobriété.

« Je suis tombée sur le livre ‘Sans alcool’ dans une librairie, un peu par hasard. J’en avais entendu parler et je l’ai acheté sans me poser de question. Je pensais que mon rapport à l’alcool était plutôt sain mais en lisant le bouquin, j’ai réalisé que c’était une addiction. Je buvais à toutes les occasions, entre potes, après les tournages, durant les fêtes. J’adore le vin rouge. C’était ma phrase fétiche: ‘je ne bois pas de bière ou d’alcool fort. Mon truc, c’est le vin rouge’. Mais c’était du vin rouge tous les jours. Même si je ne sortais pas, je me servais un petit verre pour cuisiner, puis pour manger, puis après manger. Et comme la bouteille était ouverte, autant la finir. Quand je ne buvais pas, je pouvais compter les jours et ce n’était pas si facile. Si ça faisait deux jours, je pouvais m’autoriser un verre sans me dire que c’était un problème. J’ai réalisé que ce genre de pensées était un peu bizarre ».

Conscientiser et mettre le cerveau en pause

Que ça soit à travers les films et les séries ou dans un cadre social, il faut bien reconnaître que la consommation d’alcool est glamourisée. Ce qui amène peu de personnes à la conscientiser et à la remettre en question. Mais c’est en commençant à compter que la sonnette d’alarme se déclenche: « j’étais surprise de constater que mon rapport à l’alcool tenait plus de l’addiction que du plaisir. Jamais je ne m’étais dit auparavant que j’étais alcoolique, bien que tout le monde autour de moi en était très conscient. Mes potes me taguaient sur des publications du genre « on a tous une pote qui aime trop le vin », c’était toujours moi ». À partir de là, Priscilla pose un mot sur sa consommation: alcoolisme.

On nous fait croire que l’alcoolisme consiste à boire dès le matin, en quantité astronomique. Personnellement, je n’ai jamais bu le matin donc j’aurais pu penser que je n’étais pas concernée. Mais à partir du moment où il y une addiction, c’est pourtant bien ce que c’est.

« Ça m’arrivait souvent pendant la journée d’attendre avec impatience de me poser avec mon verre de vin pour me détendre ». Et quand on lui demande si cette envie qui s’est transformée en besoin était une réponse à de l’anxiété, Priscilla nous répond: « j’ai beaucoup de mal à me déconnecter et à arrêter de réfléchir. Ça m’aidait à apaiser mon mental. Ce n’était pas tout à fait de l’anxiété mais plutôt de l’hyperactivité. Mon petit verre de vin m’aidait à la mettre en pause ». Une tactique bien connue des personnes qui ont des pensées en arborescence et/ou un quotidien stressant mais qui peut vite conduire à une addiction. Tout prétexte est alors bon pour sortir, rendre l’alcool social et mettre en place des stratagèmes qui justifient de boire sans questionner notre consommation.

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Dans son livre, Claire Touzard conte sans filtre son quotidien aussi pétillant qu’une coupe de champagne. « Quand on boit on est festif, irrévérent, drôle », dit-elle. Mais c’est quand on arrête de boire qu’on réalise à quel point l’alcool ronge notre vie. Et même si Priscilla juge son témoignage extrême en comparaison au sien, elle ne peut s’empêcher d’y voir des similitudes et craint de glisser vers un terrain dangereux. Ce sont ces détails qui sonnent le glas de sa consommation. Du jour au lendemain, elle décide d’arrêter de boire. C’était il y a 7 mois.

La sobriété comme mode de vie

« Je ne me souviens même plus du jour où j’ai arrêté. Ça n’a jamais été difficile bizarrement. C’était l’été, on se rendait beaucoup en terrasse entre amis mais je trouvais quelque chose d’assez jouissif à dire que je ne buvais pas. Et c’est non sans fierté que je commandais mon eau pétillante. D’ailleurs, quand mes amis disaient ‘ah non, elle ne boit pas’, je trouvais ça trop cool d’être devenue cette personne ». Côté symptômes, rien à signaler. Priscilla ne déclare aucun effet secondaire à son arrêt de l’alcool, pas même de difficulté à entretenir sa vie sociale. « J’ai l’impression qu’il y a eu une conscientisation générale sur notre consommation d’alcool pendant le confinement. Ce qui amène les gens à accueillir la sobriété comme une chose à revendiquer. J’ai vécu à Londres et je sais qu’avant la crise sanitaire, on m’aurait certainement fait des remarques. Là-bas, si tu ne bois pas, tu es vite considéré·e comme chiant·e, comme si quelque chose n’allait pas. Maintenant, c’est différent, les mentalités ont changé et il y a moins de jugement social ».

D’ailleurs Priscilla nous assure « mieux tenir » qu’avant. Elle est désormais capable de faire plusieurs soirées d’affilée, toute la nuit si elle s’y amuse, « parce que boire, ça fatigue beaucoup au final ». « Je peux tenir jusque 5h du matin tranquille, et même rentrer en voiture ». Et si son fameux petit verre de vin ne lui manque pas spécialement, il lui arrive tout de même de saliver devant un rayon de bouteilles ou de se rappeler la détente rapidement produite après quelques gorgées. Mais elle n’en achète plus, pour ne pas être tentée et craint même sa réaction si elle buvait de l’alcool.

Il y a peu de temps, j’étais à Paris pour un dîner et on m’a proposé un dessert à base de crème alcoolisée. J’ai refusé de le manger, tout en me disant que c’était un peu extrême mais je dois bien avouer que j’ai même eu peur d’y goûter parce que j’étais convaincue que ça allait faire remonter des choses, relancer l’addiction ».

Une transition vers un esprit plus sain

« Plusieurs facteurs ont fait de l’année dernière une année transformative pour moi. Donc je ne peux pas savoir avec certitude si c’est grâce à l’arrêt de l’alcool que tout a changé. Mais c’est clair que je suis beaucoup plus attentive à mes besoins maintenant. Avant, je sortais pour boire, pour me bourrer la gueule et faire la fête. Désormais, je me pose à chaque fois la question de savoir si j’ai envie d’y être, si je m’amuse ou si j’ai envie de rentrer. Paradoxalement, mon anxiété sociale a également beaucoup diminué.

Je conseillerai ce livre à n’importe qui, au final. Ne fut-ce que pour conscientiser notre rapport à l’alcool. C’est un problème sociétal qu’on sacralise, qu’on offre en cadeaux et qui fait partie de toutes les occasions. Aujourd’hui, je suis hyper fière de moi. Je n’aurais jamais cru que c’était si facile d’arrêter et tous les bienfaits que ça a dans ma vie ». Et quand on lui demande si elle pense reboire un jour, Priscilla nous répond: « j’aimerais bien pouvoir boire une petite coupe à l’occasion, une fois par an, sans craindre de retomber dans l’addiction mais ce n’est pas une envie prégnante pour le moment ».

Sans alcool, Claire Touzard, aux Editions Flammarion

Ne restez pas seul.e face à votre addiction: de nombreux services de soutien sont mis à disposition gratuitement, par exemple Télé Accueil (107), Infor Drogues (02 227 52 52), Ecoute Cannabis, (0 980 980 940), Alcooliques Anonymes (078/ 15 25 56), SOS Jeux (0800/35 777) ou encore Tabac Stop (0800/111 00).

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