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L'Espagne lance un congé en cas de règles douloureuses - DR Flair Canva

L’Espagne lance un congé menstruel en cas de règles douloureuses

Kathleen Wuyard

Celles qui le subissent le savent: loin des clichés, les règles douloureuses sont un véritable fléau, qui peut s’avérer handicapant au possible. Raison pour laquelle l’Espagne vient de voter l’octroi d’un congé de trois jours à celles qui en souffrent.

« Oula, elle est réglée elle ». Si en 2022, fort heureusement, les variations autour du thème disparaissent enfin de la culture pop et du langage populaire, il semblerait que le mal soit fait et que tout qui cherche un aménagement pour cause de règles douloureuses soit condamnée à faire face à incrédulité et sourires narquois. Parce que bon, « ce n’est jamais que des règles », donc « ça ne peut pas faire si mal », si? Si, et l’Espagne envoie un message fort en le reconnaissant officiellement.

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Ainsi que le note l’équipe de « VICE France », qui a relayé l’info en francophonie, le pays vient en effet d’adopter une position historique, en soumettant pour approbation un plan de réforme prévoyant que les femmes souffrant de règles douloureuses auront droit à trois jours de congé par mois pour y faire face.

Règles douloureuses et règle discriminante?

Une décision appuyée par la Société espagnole de gynécologie et d’obstétrique, qui souligne qu’environ un tiers des femmes souffrent de dysménorrhée, soit des douleurs importantes durant la période des règles. Et Angela Rodriguez, secrétaire d’État espagnole à l’égalité des chances, de rappeler que « si une personne souffre par ailleurs d’une maladie entraînant ces symptômes, une incapacité temporaire de travail est accordée. Il devrait en être de même avec les menstruations, de sorte qu’une femme ayant des règles très douloureuses puisse rester à la maison ».

Une reconnaissance qu’on aimerait voir appliquée aussi en Belgique, à l’image d’autres pays qui ont ouvert la voie à l’Espagne. Au Japon, un congé menstruel est en effet prévu pour les travailleuses depuis... 1947, tandis que la Corée du Sud, la Zambie ou encore Taïwan en proposent également une version. Mais la mesure ne fait pas l’unanimité, même parmi les femmes: en 2014 déjà, quand la mesure avait été discutée en Grande-Bretagne, l’entrepreneuse et blogueuse Marie Donzelle avait rédigé un billet argumentant que « rien que dans l’idée d’un droit accordé à un seul des deux genres et qui de surcroît renverrait celui-ci à sa physiologie, je vois se profiler une inquiétante régression des principes de l’égalité ». Et d’ajouter qu’en légitimant une douleur réelle, ce type de congés risque potentiellement aussi de légitimer les clichés qui y sont associés.

Je n’ai strictement aucune envie de voir confortée au travers de la reconnaissance d’une incapacité à travailler des femmes qui ont leurs règles, la foule des préjugés ordinaires sur l’irritabilité, l’émotivité et in fine la faiblesse prétendument intrinsèque d’un sexe qui serait, malgré lui, dépendant de ses aléas hormonaux et poserait des problèmes spécifiques au monde du travail ».

Un avis partagé par la journaliste américaine Katy Waldman, qui rappelle que dans la plupart des pays d’Asie où il est en vigueur, le congé menstruel l’est moins pour le confort des femmes que comme une forme de renvoi à leur rôle de mère, la croyance locale voulant que celles qui ne se reposent pas durant leurs règles auront plus de mal à enfanter.

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