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Vasectomie DR Flair Canva

FAUT QU’ON PARLE: une vasectomie ne diminue pas la virilité, au contraire

Kathleen Wuyard

À quelles réactions s’attendait-il, Théo Rivière, en annonçant sa vasectomie sur Twitter? Probablement pas au torrent d’insultes qui a déferlé en commentaire de sa photo. Une vague de haine qui rappelle qu’en 2022, il y a encore beaucoup (trop?) de chemin à faire.

Petit rappel pour celles et ceux qui n’écoutaient pas au fond de la classe: quand un homme subit une vasectomie, on ne lui coupe pas les couilles. Ni le pénis. Pas que ces deux organes soient forcément indissociables du fait d’être un Homme, un Vrai (avec majuscules pour souligner). Ni qu’ils soient le réceptacle de la virilité, laquelle, visiblement, tient à bien plus fragile que ça, mais on va y revenir.

Lire aussi: Et si la vasectomie était la preuve ultime de virilité?

Une vasectomie, donc. Concrètement, il s’agit d’une opération mineure de stérilisation masculine, qui consiste à bloquer et/ou couper les canaux qui transportent les spermatozoïdes à partir des testicules. Certaines variations de l’opération sont réversibles, mais aucune d’entre elles n’empêchent l’éjaculation, dont les spermatozoïdes ne représentent qu’une toute petite proportion, soit 2% environ. En résumé, l’homme qui choisit de subir cette opération a toujours son service trois pièces, avec lequel il peut toujours éjaculer, simplement, sa semence n’est plus féconde, pour le dire avec une comparaison imagée. Cela peut être un choix qu’il fait en solitaire, parce qu’il sait qu’il ne veut pas d’enfants (et pas d’accident) ou bien qu’il en a déjà eu et qu’il n’en veut plus. C’est parfois aussi un choix qui se fait en couple, soit pour éviter les fameux accidents susmentionnés, soit pour prendre sur lui la charge contraceptive et permettre à sa tendre moitié, si elle est de sexe féminin, d’arrêter de se bourrer d’hormones pour assurer la contraception.

Dans tous les cas, pardonnez notre français, mais quelle que soit la raison qui motive la décision, au final, il y a un homme qui prend ses couilles en main et qui décide d’agir. Encore une fois, on préfère être prudentes avec les clichés éculés, mais nous, pour le coup, on trouve ça plutôt viril comme attitude. Sauf que visiblement, notre avis est loin d’être partagé.

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« Sous-homme », « individu à mettre hors d’état de nuire », « castré comme un chien », « plus de couilles », voire même, en Capslock sinon ce n’est pas drôle, « SELECTION NATURELLE ». Des commentaires, on vous le donne en mille, tous écrits par des internautes de sexe masculin, pour qui la vasectomie d’un des leurs est apparemment un motif d’insulte et de mépris. Pourquoi? La logique nous échappe.

Déjà parce que contrairement à ce qu’on pratique sur les chiens, il ne s’agit ici pas de castrer qui que ce soit. Au risque de se répéter, la procédure, qui dure un quart d’heure tout au plus, implique « simplement » de sectionner des canaux, à l’aide d’une aiguille pas plus épaisse qu’un cheveu, qui plus est. N’en déplaise à la flopée de commentateurs qui semblent croire dur comme fer au fait que cela implique littéralement d’ôter les gonades, la vasectomie les laisse donc intactes. Et même si ce n’était pas le cas, où serait le problème? Ça tiendrait donc à ça, la masculinité, un sachet fripé qui pendouille avec un cervela rosâtre posé par-dessus? On en est toujours là au XXIe siècle, vraiment les hommes des cavernes?

La vasectomie excite les casse-couilles

Et puis l’argument du sous-homme parce qu’il n’est plus fécond, on croit rêver, non? C’est ça être un vrai mâle, pouvoir engrosser des femelles, pour utiliser une formulation adaptée à l’évolution de la réflexion? Vous nous excuserez, mais pour nous, il n’y a pas plus viril que d’être suffisamment bien dans sa peau pour savoir que cette virilité, justement, elle ne tient pas à 2% (!) d’éjaculat. Tout comme, même en respectant l’image séculaire de l’homme en tant que prince protecteur, on voit difficilement ce qui colle mieux au cliché que d’accepter de passer sur le billard pour protéger la femme de sa vie de tous les effets secondaires pas toujours fifou de la majorité des méthodes contraceptives.

À vrai dire, on pourrait presque affirmer que si on rencontrait un mec bien dans sa peau (de couilles) qui nous expliquait par A + B pourquoi il a décidé de subir une vasectomie, ça nous ferait bander. Mais on ne voudrait pas risquer de chatouiller la virilité fragile de certains spécimens...

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