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Stop aux listes de naissance intempestives DR Getty Images

FAUT QU’ON PARLE: stop aux listes de naissance sur les réseaux sociaux

Kathleen Wuyard

Non contents d’avoir été pris d’assaut par les vôtres, les réseaux sociaux sont désormais envahis des listes de naissance de futurs parents qui les (ou plutôt nous) prennent visiblement pour une tirelire géante.

Et un peu pour des con·ne·s, aussi, si on veut être sincère et balancer du lourd dès les prémices de ce billet d’humeur. Parce que bon, vraiment?! Justement, tous les futurs parents présents dans vos amis Facebook sont systématiquement inondés de demandes afin de pouvoir sponsoriser financièrement l’arrivée de leur futur bébé contribuer à leurs listes de naissance? Vraiment?!

Car au-delà de la pratique en elle-même, sur laquelle on va tout de même revenir, c’est peut-être bien ça le plus irritant dans cette nouvelle tendance: la manière dont elle est mise sur le tapis, ou plutôt, nos feeds. Plutôt qu’une approche franche et directe (parce que soyons honnêtes, un bébé, ça coûte -très- cher) il s’agit toujours d’adopter une variation sur le thème de « bon, allez, puisque vous insistez vraiment ».

Face au nombre de gens qui nous ont dit qu’ils avaient envie de contribuer à l’arrivée de notre mini-nous, on a décidé de publier notre liste de naissance ici » écrivent-ils toujours presque à la virgule près.

Et faisant fi du fait que cette démarche qui se veut subtile n’a pas de sens. Parce qu’à moins d’avoir un millier, allez, même une centaine d’amis proches, pourquoi ne pas simplement envoyer la liste de naissance à celles et ceux qui la demandent? Admettons même que dix personnes l’aient demandé, c’est si compliqué que ça de faire une réponse individuelle à chaque personne qui, rappelons-le, vous sollicite pour savoir où et comment elle peut vous faire un cadeau? Voire même, de faire une réponse générique et de la copier-coller, si vraiment l’effort est insoutenable?

Navrés les futurs parents, mais on voit aussi clair dans votre jeu qu’à travers de l’eau de roche. Si vous voyez ce qu’on veut dire.

« À vot’ bon coeur »

À chaque nouveau post, difficile pour les fans de « Sex & the City » de ne pas repenser à la superbe de Carrie qui, lasse de contribuer à tous les mariages et autres listes de naissance de ses potes, et furieuse que l’une d’entre elles, à qui elle a déjà fait moult cadeaux de la sorte, l’ait spoliée, dépose une liste dans un magasin de chaussures de luxe, parce que même sans bague de fiançailles ni gros ventre, elle le vaut bien aussi. Mesquin? Peut-être, ou peut-être qu’il s’agit simplement d’une subversion du caractère hyper transactionnel qu’ont pris certains grands moments de vie, la naissance d’un bébé en tête.

Fût un temps, pas si lointain que ça, où si on offrait un cadeau aux heureux parents, c’est parce qu’on s’adonnait à la pratique de « rendre visite ». Laquelle, outre le fait que son nom, de manière regrettable, était le même qu’en cas de décès et de passage au funérarium, était certes quelque peu contraignante pour toutes les parties impliquées. Avec, tant du côté des visiteurs que des visités, une pression de dingue: surtout, ne pas manquer le créneau à l’hôpital pour ne vexer personne d’une part, et de l’autre, devoir être sociable alors qu’on tombe de fatigue, en plein post-partum, avec des couches pour adultes sur les fesses. Une problématique à laquelle l’arrivée d’Internet et des listes de naissance en ligne a grandement mis fin, pour le meilleur et pour le pire.

Tactique payante

Car là où, avant, par définition, vous n’alliez pas rendre visite à l’hôpital à la cousine de la soeur de votre ancienne collègue, parce que franchement ça aurait été hyper bizarre, tout à coup, vos ami·e·s Facebook trouvent ça normal de partager leurs listes à leurs centaines d’amis, dont certain·e·s qu’ils connaissent à peine. Une tactique qui peut sembler astucieuse, parce que sur un malentendu, comme ça, des gens qui n’auraient jamais fait de cadeau normalement se sentent obligés de participer, et quitte à se répéter, un bébé, ça coûte cher. Mais faut-il vraiment en arriver là pour autant?

Et surtout, où s’arrête-t-on dans la monétisation de nos relations? Nul doute inspiré par la déferlante de listes de naissance ou de mariage, car certain·e·s futur·e·s marié·e·s s’y adonnent aussi, Facebook propose désormais d’organiser des collectes à l’occasion des anniversaires. Une intention qui peut sembler louable, puisque c’est pour la bonne cause après tout, mais à quand le partage de liens vers nos paniers en ligne « face au nombreuses personnes qui m’ont demandé ce que je voulais pour mon anniversaire »? Ou bien tant qu’à faire, à la Carrie Bradshaw, des célibataires qui postent des listes compensatoires en réponse à toutes leurs dépenses pour les mariages/bébés des autres? Notez que si on en arrive là, l’argument du « je le fais parce que plein de gens me l’ont demandé » sera directement beaucoup plus difficile à justifier.

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