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Témoignage: elles travaillent en connexion avec la nature

Dimitry Zub @ Pexels
Dimitry Zub @ Pexels

Passer des journées entières derrière un écran? Très peu pour elles… Ces lectrices ont tenté l’expérience avec un même résultat, l’envie de tout quitter pour suivre leur instinct et travailler au cœur de la nature.

En raison de la crise du Coronavirus, Colette, 31 ans, a abandonné son travail de coach pour un métier dans le jardinage.

« J’ai grandi en plein air. Mes parents ont un hectare de bois autour de leur maison et j’ai toujours adoré jouer dehors. J’étais une petite fille qui passait son temps à construire des cabanes et à travailler dans le potager avec son grand-père. J’ai eu une enfance couverte de boue (rires). Même si je vis en ville depuis quelques années, j’ai gardé la main verte et j’ai toujours aimé que mon job soit plutôt physique. Dans ma carrière, j’ai travaillé en tant que coach auprès d’étudiants et en entreprises. Il y a 2 ans, j’ai aussi suivi un cours d’aménagement paysager en cours du soir, avec l’idée d’avoir une meilleure vision des espaces verts, mais aussi peut-être, un jour, de commencer un métier dans ce domaine-là.

Puis vint le Corona, et mon travail de coach s’est transformé en travail de bureau. Toutes les visites que je faisais auprès des entreprises ont été interrompues pour être remplacées par un job derrière un ordinateur accompagné d’appels téléphoniques et de réunions toute la journée. Ce n’est pas l’idée que je me faisais d’un job de rêve.

En été, j’ai un peu aidé des amis à entretenir leur jardin et tout à coup, j’ai compris que c’est là que je pourrais m’épanouir. J’ai franchi le pas en septembre. J’ai demandé mon numéro de TVA et je me suis lancée, à côté de mon job, auprès d’entrepreneurs de jardin quelques heures par semaine. Depuis le mois de décembre, j’ai commencé à mi-temps en tant qu’employée dans une grande entreprise de jardinage. J’ai enfin pu dire au revoir à mon travail de bureau. Comme nous étions en hiver, je pouvais analyser un peu plus les choses comme voir comment mon corps allait gérer ce travail physique, mais aussi comment je pouvais me créer une clientèle et voir si c’est rentable.

La main à la pâte

Mes proches étaient tous d’accord pour dire que ce métier était fait pour moi. Mes parents me soutiennent pleinement, même si cela ne correspond pas directement à ma formation académique. C’est un job physique, mais j’ai de la force. Ce n’est pas un mythe qu’en tant que jardinier, il faut raser les haies pendant des heures ou se promener avec des sacs de 50 kg. Le secret pour tenir physiquement c’est de varier les tâches et d’avoir une bonne condition physique. Les gens sont parfois étonnés d’entendre ce qu’est mon métier, mais il ne s’agit pas que de couper ou entretenir des arbres. La moitié de la Belgique possède un jardin de ville ou une terrasse qui doivent également être aménagés et entretenus. Les fournisseurs pensent parfois que je suis la secrétaire ou l’assistante d’un jardinier, mais heureusement quand j’explique ce que je fais, les gens sont enthousiastes.

Faire du bien à la planète et aux gens

Pour moi, travailler avec la nature est la combinaison parfaite entre utiliser ma tête – où planter? quoi? quand? comment? – et me vider l’esprit. Les pieds dans le sol et la tête au vent, c’est une pure thérapie. Le soir, je suis fatiguée, mais heureuse. En jardinage, vous voyez immédiatement les résultats de votre travail, c’est concret. Vous pouvez faire quelque chose de beau avec n’importe quoi, même à partir d’une petite terrasse au huitième étage, et rendre les gens heureux tout en faisant quelque chose de bien pour la planète. C’est du win-win. J’ai eu la chance de pouvoir commencer au sein d’une entreprise qui, en plus, m’a très vite accueillie dans son équipe. Personne ne me voit comme une femme faible ou inefficace. J’aime mettre la main à la pâte et me donner à fond. Le petit plus, en étant une femme, c’est que je suis douée pour traiter avec les clients, j’aime leur expliquer comment s’occuper de leur jardin. Mes ex-collègues vont bien sûr me manquer, mais je me suis déjà rendu compte que je pouvais garder contact sans pour autant mettre ma passion de côté. »

Inès, 34 ans, rêvait d’un endroit où les gens peuvent renouer avec eux-mêmes et avec la nature.

« Après 10 ans de travail en tant que thérapeute en psychiatrie légale (avec des personnes qui ont commis des infractions pénales à cause d’un trouble mental, ndlr), j’ai failli tomber en burn out. J’étais fatiguée, surmenée, je ne me souvenais de rien. Mon cou était coincé, mon dos tout raide et le verdict de mon médecin sans appel: mon corps indiquait que j’étais à bout de force. J’avais eu deux enfants très proches l’un de l’autre, j’étais frustrée au travail, en partie à cause de toutes les règles dans lesquelles je me sentais prise au piège. Après chaque séance de thérapie, je devais passer une heure à rédiger des rapports: du temps que je ne pouvais pas consacrer à mes patients. Ce métier ne correspondait plus à mes idéaux. Mon grand-père était agriculteur. Nous habitions à côté de chez lui sur un domaine avec une grande forêt, un étang, un potager. Il élevait des oiseaux, des poulets et des cailles.

Il n’y avait pratiquement pas de télévision et, enfant, je passais beaucoup de temps à jouer ou à me promener dans les champs. Je jouais avec des petits rongeurs ou des lapins pour m’occuper.

Après mes études, je suis restée en ville, j’aimais la dynamique d’une ville agitée. Il y a quelques années, j’ai eu la chance que quelqu’un fasse don d’un jardin au centre psychiatrique où je travaillais. J’y ai vu l’opportunité de l’utiliser comme jardin thérapeutique et j’y passais deux matinées par semaine avec mes patients. Être dans la nature et y travailler a une influence très positive sur moi. J’étais plus concentrée auprès de mes patients et je les sentais aussi plus enclins à ­parler. On arrivait à se focaliser sur leurs besoins, leurs envies et leurs talents. J’ai renoué avec l’enfant qui adorait le plein-air et qui était ancré en moi et en 2017 j’ai osé exprimer mon rêve à mon mari: je souhaitais faire de la thérapie en plein air.

Une maison sur 2emain.be

À l’époque, nous vivions encore dans une maison avec un petit jardin de ville. Un jour, je me suis retrouvée sur le site 2emain.be, et je suis tombée sur la petite pépite qui allait devenir notre maison en pleine nature. La maison n’était pas extraordinaire, mais le cadre était parfait: un jardin sauvage avec deux étangs, de nombreux rosiers, de beaux arbres quadragénaires, un potager et une véranda. Le jour-même, nous avons fait une offre. J’ai démissionné en septembre 2019, mais j’ai d’abord opté pour la sécurité d’un emploi dans l’éducation. Maman de trois enfants en bas âge, je ne pouvais pas me consacrer tout de suite à 100 % à mon rêve. Et puis, vint le Coronavirus. Je n’ai pas eu d’autre choix que de patienter chez moi pendant des mois. Mais ce confinement a été le coup de pied dont j’avais besoin: pourquoi travailler entre quatre murs alors que je sais que cela ne me rendra jamais heureuse?

Au début du confinement, j’étais toujours perplexe quant à la façon dont je divertirais trois enfants à la maison, mais avec des bottes et une maison en pleine campagne, nous avons été les plus heureux du monde. Nous profitions de la nature, nous avions plus d’énergie, nous nous sentions plus libres.

Dehors, vous sympathisez avec les saisons, les oiseaux, le vent, les nuages, le bruissement des feuilles. Je remarque que cela me rend aussi très créative. Cette vie me convient vraiment. L’été et l’automne derniers, j’ai organisé des camps en plein air pour les enfants, où je transmets l’amour de la nature comme mon grand-père l’a fait avec moi. J’aimerais faire de la thérapie en plein air et des moments de feu de camp entre femmes. Pour partager un moment où elles peuvent être elles-mêmes, se connecter et retrouver leurs forces. Le deuxième confinement a tout mis sur pause, mais je travaille en coulisse, m’occupe des questions administratives, réfléchis et travaille dans mon jardin. Et l’an prochain, je m’investirai à fond pour ma propre entreprise! »

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