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Témoignage: 9 lecteurs racontent leur coming out

Que ce soit suite à une impulsion ou à un plan élaboré stratégiquement, chacun vit son coming out différemment. Neuf personnes LGBT+ nous racontent comment elles ont osé exprimer qui elles étaient vraiment.

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Jorik, 26 ans
Julie, 27 ans
Lou, 31 ans
Eric, 25 ans
Uwi, 28 ans
Elyne, 28 ans
Glenn, 22 ans
Margot, 22 ans
Thomas, 26 ans
Jorik, 26 ans
Jorik, 26 ans

« Sud de la France, 2013. Avec ma sœur et trois amis, j’explore les environs de notre maison de vacances. Nous voyageons ensemble pour célébrer la fin de nos études secondaires. C’est un été spécial : le dernier avant la majorité, le premier du reste de nos vies. C’est aussi l’été au cours duquel j’ai décidé d’être totalement moi-même. Pendant notre promenade, nous tombons sur une rivière… L’eau qui y ondule paisiblement contraste avec ce qui bouillonne en moi. Alors que notre petit groupe se fraye un chemin à travers les rochers lisses et l’eau douce, j’essaye de sortir enfin ces mots qui butent sur le bout de ma langue depuis si longtemps. Je demande à mon ami de rester avec moi un moment, alors que les autres escaladent un rocher. Je suis à deux doigts de lui révéler qui je suis vraiment.

Naître une seconde fois

Mes larmes salées se mélangent à l’eau douce. ‘ J’aime les hommes. Je suis homo.’ Je ne sais pas encore qui aura le premier rôle du film de ma vie (s’il ressemble à Timothée Chalamet, ça m’arrange ! ) mais je sais déjà que ce moment restera l’une des scènes les plus marquantes. Faire son coming out, c’est naître une seconde fois. C’est un point de basculement pour chaque cœur qui bat sous l’arc-en-ciel. Ce moment, vous ne le vivez pas une seule fois. Vous l’expérimentez plusieurs fois, avec vos meilleurs amis. Avec vos parents, votre famille, vos collègues. C’est être soi-même sans compromis. C’est un moment que chacun vit différemment. Je rêve d’un avenir où il ne faudrait même plus devoir ‘sortir du placard’.»

Julie, 27 ans
Julie, 27 ans

« Ma petite amie actuelle est la première femme avec qui j’ai été en couple. Quand j’ai commencé cette relation, ça m’a surprise moi-même. Je viens d’un environnement assez conservateur et ça n’a pas été facile pour moi d’accepter d’être lesbienne. Après 6 mois de relation avec ma copine, j’ai décidé d’avouer mon homosexualité à une amie. J’ai longtemps attendu le bon moment pour le dire. Je lui ai finalement confié un soir en revenant d’une soirée. Ce que les gens sous-estiment souvent, c’est que ce n’est pas parce que vous le dites une fois que vous ne portez plus ce fardeau sur vos épaules. Il y a plusieurs coming out : il faut le dire à ses parents, ses frères, ses amis, ses collègues et ainsi de suite. Ça fait maintenant 9 ans que j’ai fait mon premier coming out et le faire devient de plus en plus facile. Mais c’est longtemps resté difficile à mes yeux. »

Lou, 31 ans
Lou, 31 ans

« J’ai fait mon coming out l’année dernière, en octobre. J’avais depuis longtemps la sensation que quelque chose clochait. Après ma rupture avec mon ex, j’ai eu beaucoup de temps pour réfléchir aux raisons qui faisaient que je ne me sentais pas bien dans ma peau. En entendant des témoignages de plusieurs personnes queer, les pièces du puzzle ont commencé à s’assembler. J’ai d’abord demandé à ma meilleure amie si elle pourrait m’appeler ‘ Lou ’ et utiliser le pronom ‘ il ’.

Un nouveau nom

Elle n’était pas surprise. Elle savait depuis longtemps que j’étais malheureuse et que je n’avais jamais supporté mes seins, par exemple. Le dire à mon ex fut plus compliqué. L’une de ses premières réactions a été de dire que je resterai toujours une femme jusqu’à ce que je sois en transition médicale et que ce serait traumatisant pour nos enfants. Cela m’a beaucoup blessée. Depuis, il se rend petit à petit compte que ce n’est pas juste une phase et il m’appelle désormais par mon nouveau nom. Je ne sais pas encore comment les enfants vont m’appeler. Je les laisserai décider eux-mêmes quand ils seront plus grands. Au début, j’avais envie de me confronter aux autres, en allant au café par exemple. Des gens que je ne connaissais même pas me posaient des questions incroyablement personnelles. Dans quelles toilettes vais-je aller ? Qu’est-ce que j’ai entre les cuisses ? Au début, j’ai joué le jeu, puis j’ai décidé qu’il était plus sain de m’entourer de personnes qui m’acceptent pleinement et comprennent mon histoire. »

Eric, 25 ans
Eric, 25 ans

« Ma sœur m’a un jour surpris avec un garçon et l’a dit à ma mère, qui a mal réagi, car elle est très croyante. Elle a même appelé mon cousin qui voulait que je me fasse guérir par dieu. Je n’avais que 16 ans et j’ai décidé de ne pas me battre. Je me suis dit que je n’étais pas bisexuel, que c’était juste une phase. Et puis, j’ai finalement fait mon coming out. À mes 21 ans, alors que j’étais en couple avec une femme, j’ai rencontré un homme. Ça a duré 9 mois entre nous avant que j’ose enfin le présenter à mes parents. Mon père et mes sœurs ont bien réagi, mais pour ma mère, je voulais faire les choses autrement. Nous étions ensemble au marché de Noël et je lui ai annoncé mon homosexualité en présence de mon copain et de mon équipe de handball qui était déjà au courant. J’avais un peu bu pour me donner du courage, et je lui ai donc présenté son nouveau gendre. Elle a dit qu’elle ne pourrait jamais accepter mon orientation, mais qu’elle continuerait à m’aimer. »

Uwi, 28 ans
Uwi, 28 ans

« Quand j’avais 17 ans, mes parents ont remarqué par eux-mêmes que j’étais gay. L’un de mes amis venait souvent chez nous et il est finalement devenu mon amoureux. Ma sœur avait déjà fait son coming out donc pour moi, ce n’était pas une étape très grave. Sur le moment, j’étais bien sûr stressé, mais quand j’y repense avec du recul, tout s’est très bien passé. Mais à ce moment-là, je ne savais pas que je devrais faire un second coming out plus tard. Quand j’avais 24 ans, j’ai commencé à entendre parler pour la première fois de la non-binarité.

Journal intime en ligne

Et je me suis beaucoup reconnu dans les témoignages des autres. Mon groupe d’amis est très ouvert, donc ce fut assez facile de leur parler de mes doutes à propos de mon identité. Mais vu que j’écrivais sur mon genre sur Instagram, je n’ai pas jugé nécessaire de dire à mes parents ce qu’il en était. Ils pouvaient le lire. À un moment, j’ai écrit un post pour expliquer comment je m’identifiais désormais. Et c’est là que j’ai reçu un coup de fil de mes parents qui me demandaient si ce qu’ils avaient lu était vrai. (rires) »

Elyne, 28 ans
Elyne, 28 ans

« Un jour, une nouvelle fille a rejoint mon équipe d’animateurs Patro. Au début, je ne l’aimais pas. Elle était trop bruyante, prenait trop de place et j’aimais ma team comme elle était. Mais après quelques mois, nous avons commencé à mieux nous entendre et de fil en aiguille, elle est devenue l’une de mes meilleures amies. Elle flirtait beaucoup avec les mecs et adorait faire la fête. Et je sentais que ces histoires de cœur ne m’enchantaient pas. J’étais même peut-être un peu jalouse. Lorsqu’on se faisait la bise, je ressentais quelque chose de différent pour elle que pour mes autres amies. Après un certain temps, j’ai réalisé que ce que je ressentais était plus que de l’amitié. C’était complètement nouveau pour moi, je n’avais jamais ressenti ça avant.

Peur de leur réaction

J’ai parlé de mes doutes à ma meilleure amie, qui s’est directement donné le rôle de Cupidon et a essayé de nous mettre ensemble. Mais je n’étais pas prête pour ça, je devais d’abord accepter d’être amoureuse d’une fille. Est-ce que cela signifiait que j’étais lesbienne ? Et comment mes autres amis et ma famille allaient-ils réagir ? Malgré ces questionnements, je n’ai jamais vraiment eu peur qu’on ne m’accepte pas. Lors d’un camp, j’ai osé avouer mes sentiments à cette fille, mais il ne s’est rien passé. J’en ai parlé à ma mère, car ça me rendait triste. J’avais besoin de son soutien. Elle a été très compréhensive ; elle était désolée que je sois si triste. J’ai fini par le dire à d’autres amis quelque temps plus tard. Très vite, je me suis sentie à l’aise avec qui j’étais et exprimer mon homosexualité ne m’a plus jamais paru effrayant. »

Glenn, 22 ans
Glenn, 22 ans

« Je me suis souvent demandé si je devais dire à mes parents que j’étais homo. Comment le faire ? Quand ? J’en venais toujours à la conclusion que ce n’était pas le bon moment. Mais quand j’avais 15 ans, mon cousin plus âgé a fait son coming out. Il l’a dit à mes grands-parents, et quand nous leur avons rendu visite, ils nous l’ont dit. Je me suis dit que c’était le timing idéal pour faire le mien. D’un côté, cela semblait beaucoup plus facile puisqu’un membre de la famille était déjà sorti du placard, mais de l’autre, certains oncles et tantes avaient mal réagi, ce qui rendait la tâche plus ardue. C’était à double tranchant. Quand je suis rentré chez moi, je l’ai dit à ma mère puis plus tard, à mon père. Ils ont tous les deux bien réagi et mon père m’a même confié qu’il avait déjà expérimenté des choses avec des hommes, plus jeune, mais que ce n’était pas son truc. Je suis tombé des nues et son ouverture d’esprit m’a surpris. »

Margot, 22 ans
Margot, 22 ans

« Quand j’y repense, je savais que j’aimais les filles depuis l’âge de 11 ans. Mais quand je suis arrivée en secondaire j’ai essayé de mettre mes sentiments confus de côté et de rentrer dans le moule. Mais en deuxième secondaire, j’ai finalement eu le déclic. Dans mon équipe de basket, il y avait une fille qui parlait ouvertement de son orientation et j’ai réalisé que moi aussi je ne tomberais jamais amoureuse d’un garçon. J’avais peur de le dire à ma famille, même si je savais que mes parents ne réagiraient pas mal. J’avais quand même peur qu’ils ne veuillent rien entendre.

Parler par lettre

J’écrivais beaucoup à l’époque et j’ai commencé à écrire sur le fait que je me sentais bizarre et que je tombais amoureuse de filles. Je savais que je n’oserais jamais me confronter directement à mes parents et leur dire que j’étais lesbienne. Je ne trouve toujours pas qu’il s’agit d’un joli mot, mais à l’époque, je le trouvais carrément horrible. J’ai donc écrit une lettre à mes parents pour exprimer tout ce que j’avais ressenti ces derniers mois. Une lettre… ça me semblait être la solution pour me sentir en confiance. Je n’allais pas être confrontée à leurs expressions et ça leur donnerait le temps d’y penser. Je pourrais, pour ainsi dire, me cacher derrière ma lettre. Pourtant, il m’a fallu des mois avant d’oser la déposer dans la chambre de mes parents. Peu de temps après, ils m’ont aussi répondu par lettre et quelques jours plus tard, ils sont venus m’en parler. Ils ont demandé comment je me sentais et m’ont dit que ça ne changeait rien pour eux. Je suis convaincue que c’était la meilleure façon pour moi de leur annoncer mon homosexualité. »

Thomas, 26 ans
Thomas, 26 ans

« J’avais 12 ans quand j’ai commencé à me dire que j’étais différent. Je n’étais pas attiré par les filles, mais par les garçons. Je viens d’un petit village où je ne connaissais pas d’homosexuel. Quand j’étais en secondaire, j’ai essayé de sortir mon orientation de mon esprit. Je pensais que si je me disais que je n’aimais pas les garçons, ce sentiment disparaîtrait. J’ai même eu une relation avec une fille pour m’auto-persuader. L’acceptation est l’aspect le plus important de mon coming out. Vers 17 ans, je suis tombé amoureux d’un garçon qui venait de révéler son homosexualité. C’est la première fois où je me suis permis de me sentir amoureux. Juste avant les vacances de Noël, j’ai rompu avec ma petite amie. La veille de Noël, j’ai envoyé un SMS à ma meilleure amie pour lui dire que j’aimais les hommes. Le nouvel An arrivait et j’avais envie de commencer l’année en étant vraiment moi-même. Je pense que c’est l’un des messages le plus excitant que j’ai envoyé de ma vie. »

Leurs conseils pour le vivre au mieux:

Le conseil de Julie : « Vous allez devoir aussi le dire à des personnes que vous voyez très peu dans votre vie. Ne vous tracassez pas. La plupart des gens ne se soucient pas de savoir si vous êtes avec un homme ou une femme et ne réagiront pas étrangement. »

Le conseil de Lou : « Si quelqu’un se confie à vous, écoutez-le et soyez compréhensif. Ne le questionnez pas et ne le jugez pas. Vous aidez beaucoup une personne trans en l’appelant avec son nom le plus vite possible et en utilisant les pronoms corrects. Cela fait une énorme différence. »

Le conseil d’Eric : « N’ayez pas peur d’être honnête. Ça paraît souvent plus grave et compliqué dans votre tête que ce que ça ne l’est en réalité. La plupart des gens sont ouverts d’esprit. Par exemple, j’avais peur de le dire à mon équipe de handball, alors que les joueurs ont tous réagi positivement… En me lançant quelques vannes quand même (rires). »

Le conseil d’Uwi : « Vous pouvez faire votre coming out sans savoir totalement qui vous êtes. Votre identité évolue constamment, tout comme votre image. »

Le conseil d’Elyne « Dites-le d’abord à une personne avec qui vous vous sentez bien. Votre premier coming out est souvent le plus effrayant, mais une fois cette première étape passée, tout devient plus facile. »

Le conseil de Glenn : « Ne vous précipitez pas. Prenez votre temps. Dites-le si vous voulez le dire et parce que vous êtes prêt, pas parce que vous pensez que vous devez le faire. Faites-le quand vous vous sentez bien. »

Le conseil de Margot : « De nombreux parents élèvent leur enfant avec l’idée qu’ils vont tomber amoureux d’une personne du sexe opposé. Je trouve que les parents devraient directement dire à leurs enfants qu’ils ont le droit de ressentir des choses pour des filles autant que pour des garçons. Cela permettrait aux enfants de ne pas avoir le sentiment de s’écarter de la norme en grandissant. »

Le conseil de Thomas : « Si vous avez l’impression qu’une personne de votre entourage doute de sa sexualité ou de son identité, essayez de la mettre en confiance. Elle vous ouvrira alors son cœur lorsqu’elle se sentira prête. Donnez-lui le temps et continuez de la soutenir. Ne lui demandez pas brutalement s’il ou elle est gay : c’est une question qui se pose avec tact. »

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