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Témoignage: “J’ai changé d’avis sur l’avortement le jour où je suis tombée enceinte”

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Audrey, 38 ans, est maman de deux enfants, de 10 et 8 ans. Un petit troisième ne faisait pas partie de ses plans mais elle est tombée enceinte par surprise pendant le confinement. Un événement qui a bousculé sa façon de penser.

“D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu envie d’avoir trois enfants. Moi-même issue d’une famille de cinq, je trouvais que ça faisait joyeuse tribu. En 2009, j’ai eu mon premier enfant, un garçon, suivi deux ans et demi plus tard de sa petite sœur. Même si tout s’est toujours très bien passé, que mes enfants étaient plutôt faciles, je n’ai pas toujours très bien vécu ma maternité: je me suis souvent sentie privée de liberté, chaque déplacement s’apparentait à un déménagement et la majorité de la charge mentale les concernant reposait sur mes épaules. La question d’un troisième ne s’est donc plus vraiment posée.

Nous avions un garçon, une fille et c’était très bien comme ça. Je n’ai, malgré tout, jamais eu envie de fermer la porte à l’éventualité d’un troisième. Je me suis dit qu’à l’approche de la quarantaine, nous aurions peut-être envie d’une petite cerise sur le gâteau.

Méthode naturelle

Depuis quelques années, je ne prends plus aucune contraception, convaincue que ces produits font du tort à mon corps. J’utilise donc une appli qui semblait plutôt fiable. Le jour bleu foncé indique le jour de l’ovulation, les jours bleus qui précèdent et qui suivent représentent la période d’ovulation et les jours blancs sont, a priori, safe et on peut avoir des rapports sans se protéger. J’ai toujours encodé rigoureusement mes cycles et jusque-là, jamais de mauvaise surprise à déplorer. Jusqu’à ce mardi 14 avril, en plein confinement…

Des règles perturbées

Mon cycle précédent, en mars, avait été bizarre. J’avais eu des pertes de sang qui s’apparentaient à des spottings. Je ne m’étais pas inquiétée, j’avais entendu à la radio qu’à cause du stress engendré par le Coronavirus et le confinement, de nombreuses femmes avaient leur cycle perturbé. En avril rebelote, des petites pertes intermittentes. À aucun moment je ne pense à une grossesse. On a toujours été prudents, il n’y a pas de raison. Mais je dois quand même me rendre à l’évidence: ma poitrine a fortement grossi et, pour mes deux enfants, ça avait été un signe annonciateur.

Un test (vraiment?) positif

Le mardi 14 avril, alors qu’on vient de regarder un programme débile à la télé avec les enfants et qu’ils viennent de monter, je me décide à faire un test de grossesse. Je suis un peu stressée mais j’ai encore eu des pertes de sang le matin-même donc je suis relativement confiante aussi.

Quelques secondes plus tard, le résultat apparaît là, sous mes yeux, deux petites barres roses: je suis enceinte.

C’est la douche froide, un sentiment de panique m’envahit. Des milliers de questions me passent par la tête. Mon mari attend dans le salon. Il accueille la nouvelle de façon assez stoïque. D’un naturel optimiste, il me dit « ça va aller » et me rassure mais je ne dors quand même pas de la nuit.

Nos enfants sont déjà grands, 10 et 8 ans, de plus en plus autonomes, on retrouve une certaine forme de liberté et puis je viens enfin de finir de revendre tout le matériel de puériculture. Et là, on va devoir tout recommencer à zéro. En ai-je le courage?

En même temps, je me suis toujours dit que je ne pourrais pas avorter. Je ne suis pas contre, mais moi, je ne pourrais jamais faire « ça ». Je pense alors que les grands seraient fous de joie, que ça apporterait un nouveau souffle dans notre famille, qu’on doit prendre cette nouvelle comme un cadeau, que je lui ferais une belle chambre, que maintenant que je bosse près de la maison, tout serait plus facile… En gros, je suis paumée et ce n’est pas la phrase que m’a dite mon mari au réveil, en venant se blottir contre moi, qui m’aide: « Je ne sais pas si j’ai vraiment envie d’un troisième enfant ».

Conseil d’amie

Dès le lendemain, j’appelle en urgence une gynéco et lui expose ma situation par téléphone. Elle se montre rassurante et me donne rendez-vous deux jours plus tard. Le jeudi soir, je brave le confinement pour aller confier ce qui m’arrive à une amie. Jusque-là, je n’en ai parlé à personne. J’ai trop peur de me laisser influencer mais malgré tout, j’ai besoin de partager ça avec quelqu’un d’autre que mon mari.

Je suis enceinte mais je crois que je n’ai pas très envie de le garder”,

voilà comment j’ai annoncé la nouvelle à cette copine. Durant toute notre conversation, elle se montre d’une bienveillance incroyable et prononce les mots qu’il faut. Elle me dit: « Audrey, on sait tous que cet enfant ne manquera de rien et mais en as-tu vraiment envie? ». Et là, ça m’apparaît comme une évidence, la réponse est clairement non.

Non je n’ai pas envie de me replonger là-dedans, je n’ai pas envie de revivre une grossesse, la fatigue, me ré-équiper complètement, ré-allaiter, être privée de cette liberté retrouvée et prolonger de 10 ans la présence d’un enfant à la maison. Je ne vais pas le garder, ma décision est quasi certaine.

Première écho

Le rendez-vous chez la gynécologue arrive enfin. Mon mari m’accompagne. Après quelques échanges, on passe à l’examen. Je n’ose pas regarder l’écran de peur de m’attacher. Ça fait déjà trois jours que j’ai fait une scission entre mon corps et mon esprit. Je ne me regarde plus dans le miroir, je ne me touche pas le ventre.

La médecin m’insère la sonde et me dit, après quelques secondes:

je crois qu’on est sur une grossesse non-évolutive, je ne vois pas de petit cœur battre ».

Elle ne peut pas me le confirmer à 100% mais c’est un véritable soulagement. Tout à coup, je me sens libérée d’un poids immense. Je me dis que la nature est sacrément bien faite et qu’elle a choisi pour moi.

Deux prises de sang viendront confirmer le diagnostic: cette grossesse était non-évolutive. La petite poche n’a pas grandi et était même déjà en train de se racrapoter.

Ma position sur l’avortement a changé

Avant de vivre cette histoire, j’avais des convictions, des idées bien arrêtées par rapport à l’avortement. Je n’étais pas contre, ça non, mais je me disais que je serais incapable de faire « une chose pareille », que la vie humaine est un miracle et que ça revenait à « tuer » un être en devenir, que les femmes qui tombaient enceintes par accident étaient des inconscientes, qu’on ne pouvait pas regretter la naissance d’un enfant même s’il n’était pas désiré à la base et que donc, si ça m’arrivait, je le garderais, et j’en passe…

Cet événement m’a appris qu’on peut avoir un avis et une opinion sur certaines choses, tant qu’on ne les a pas vécues et bien cet avis n’a aucun intérêt!

Je ne comprends pas que des hommes puissent avoir leur mot à dire sur la question de l’avortement. Je ne parle pas du conjoint, qui est évidemment concerné par la grossesse non désirée (même si, pour moi, il ne peut ni forcer sa femme à avorter, ni à garder l’enfant, si elle ne le souhaite pas), mais je vise tous ces hommes politiques qui remettent sans cesse en question ce droit fondamental!

Ils ne savent pas ce que c’est que de tomber enceinte et de ne pas désirer poursuivre une grossesse, et ils ne le sauront jamais.

J’ai 38 ans donc pas encore trop vieille pour avoir encore un enfant, j’ai deux enfants donc ce n’est pas comme si j’en avais déjà 6, j’ai un boulot stable avec des horaires normaux, une relation épanouie avec mon mari depuis 19 ans, j’ai une armée de gens autour de moi pour m’aider si nécessaire, nous avons une situation financière confortable et une bonne santé.

Toutes les conditions étaient réunies pour accueillir un nouvel enfant dans de bonnes conditions. Mais je n’en avais aucune envie et je trouve que cette seule raison suffit à interrompre une grossesse.”

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