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Témoignage: 9 lecteurs racontent leur coming out

La rédaction


Que ce soit suite à une impulsion ou à un plan élaboré stratégiquement, chacun vit son coming out différemment. Neuf personnes LGBT+ nous racontent comment elles ont osé exprimer qui elles étaient vraiment.

Jorik, 26 ans

Jorik, 26 ans

Jorik, 26 ans

« Sud de la France, 2013. Avec ma sœur et trois amis, j’explore les
environs de notre maison de vacances. Nous voyageons ensemble pour
célébrer la fin de nos études secondaires. C’est un été spécial :
le dernier avant la majorité, le premier du reste de nos vies.
C’est aussi l’été au cours duquel j’ai décidé d’être totalement
moi-même. Pendant notre promenade, nous tombons sur une rivière…
L’eau qui y ondule paisiblement contraste avec ce qui bouillonne en
moi. Alors que notre petit groupe se fraye un chemin à travers les
rochers lisses et l’eau douce, j’essaye de sortir enfin ces mots
qui butent sur le bout de ma langue depuis si longtemps. Je demande
à mon ami de rester avec moi un moment, alors que les autres
escaladent un rocher. Je suis à deux doigts de lui révéler qui je
suis vraiment. Naître une seconde fois Mes larmes
salées se mélangent à l’eau douce. ‘ J’aime les hommes. Je suis
homo.’ Je ne sais pas encore qui aura le premier rôle du film de ma
vie (s’il ressemble à Timothée Chalamet, ça m’arrange ! ) mais je
sais déjà que ce moment restera l’une des scènes les plus
marquantes. Faire son coming out, c’est naître une seconde fois.
C’est un point de basculement pour chaque cœur qui bat sous
l’arc-en-ciel. Ce moment, vous ne le vivez pas une seule fois. Vous
l’expérimentez plusieurs fois, avec vos meilleurs amis. Avec vos
parents, votre famille, vos collègues. C’est être soi-même sans
compromis. C’est un moment que chacun vit différemment. Je rêve
d’un avenir où il ne faudrait même plus devoir ‘sortir du
placard’.»

Julie, 27 ans

Julie, 27 ans

Julie, 27 ans

« Ma petite amie actuelle est la première femme avec qui j’ai été
en couple. Quand j’ai commencé cette relation, ça m’a surprise
moi-même. Je viens d’un environnement assez conservateur et ça n’a
pas été facile pour moi d’accepter d’être lesbienne. Après 6 mois
de relation avec ma copine, j’ai décidé d’avouer mon homosexualité
à une amie. J’ai longtemps attendu le bon moment pour le dire. Je
lui ai finalement confié un soir en revenant d’une soirée. Ce que
les gens sous-estiment souvent, c’est que ce n’est pas parce que
vous le dites une fois que vous ne portez plus ce fardeau sur vos
épaules. Il y a plusieurs coming out : il faut le dire à ses
parents, ses frères, ses amis, ses collègues et ainsi de suite. Ça
fait maintenant 9 ans que j’ai fait mon premier coming out et le
faire devient de plus en plus facile. Mais c’est longtemps resté
difficile à mes yeux. »

Lou, 31 ans

Lou, 31 ans

Lou, 31 ans

« J’ai fait mon coming out l’année dernière, en octobre. J’avais
depuis longtemps la sensation que quelque chose clochait. Après ma
rupture avec mon ex, j’ai eu beaucoup de temps pour réfléchir aux
raisons qui faisaient que je ne me sentais pas bien dans ma peau.
En entendant des témoignages de plusieurs personnes queer, les
pièces du puzzle ont commencé à s’assembler. J’ai d’abord demandé à
ma meilleure amie si elle pourrait m’appeler ‘ Lou ’ et utiliser le
pronom ‘ il ’. Un nouveau nom Elle n’était pas
surprise. Elle savait depuis longtemps que j’étais malheureuse et
que je n’avais jamais supporté mes seins, par exemple. Le dire à
mon ex fut plus compliqué. L’une de ses premières réactions a été
de dire que je resterai toujours une femme jusqu’à ce que je sois
en transition médicale et que ce serait traumatisant pour nos
enfants. Cela m’a beaucoup blessée. Depuis, il se rend petit à
petit compte que ce n’est pas juste une phase et il m’appelle
désormais par mon nouveau nom. Je ne sais pas encore comment les
enfants vont m’appeler. Je les laisserai décider eux-mêmes quand
ils seront plus grands. Au début, j’avais envie de me confronter
aux autres, en allant au café par exemple. Des gens que je ne
connaissais même pas me posaient des questions incroyablement
personnelles. Dans quelles toilettes vais-je aller ? Qu’est-ce que
j’ai entre les cuisses ? Au début, j’ai joué le jeu, puis j’ai
décidé qu’il était plus sain de m’entourer de personnes qui
m’acceptent pleinement et comprennent mon histoire. »

Eric, 25 ans

Eric, 25 ans

Eric, 25 ans

« Ma sœur m’a un jour surpris avec un garçon et l’a dit à ma mère,
qui a mal réagi, car elle est très croyante. Elle a même appelé mon
cousin qui voulait que je me fasse guérir par dieu. Je n’avais que
16 ans et j’ai décidé de ne pas me battre. Je me suis dit que je
n’étais pas bisexuel, que c’était juste une phase. Et puis, j’ai
finalement fait mon coming out. À mes 21 ans, alors que j’étais en
couple avec une femme, j’ai rencontré un homme. Ça a duré 9 mois
entre nous avant que j’ose enfin le présenter à mes parents. Mon
père et mes sœurs ont bien réagi, mais pour ma mère, je voulais
faire les choses autrement. Nous étions ensemble au marché de Noël
et je lui ai annoncé mon homosexualité en présence de mon copain et
de mon équipe de handball qui était déjà au courant. J’avais un peu
bu pour me donner du courage, et je lui ai donc présenté son
nouveau gendre. Elle a dit qu’elle ne pourrait jamais accepter mon
orientation, mais qu’elle continuerait à m’aimer. »

Uwi, 28 ans

Uwi, 28 ans

Uwi, 28 ans

« Quand j’avais 17 ans, mes parents ont remarqué par eux-mêmes que
j’étais gay. L’un de mes amis venait souvent chez nous et il est
finalement devenu mon amoureux. Ma sœur avait déjà fait son coming
out donc pour moi, ce n’était pas une étape très grave. Sur le
moment, j’étais bien sûr stressé, mais quand j’y repense avec du
recul, tout s’est très bien passé. Mais à ce moment-là, je ne
savais pas que je devrais faire un second coming out plus tard.
Quand j’avais 24 ans, j’ai commencé à entendre parler pour la
première fois de la non-binarité. Journal intime en
ligne
Et je me suis beaucoup reconnu dans les témoignages
des autres. Mon groupe d’amis est très ouvert, donc ce fut assez
facile de leur parler de mes doutes à propos de mon identité. Mais
vu que j’écrivais sur mon genre sur Instagram, je n’ai pas jugé
nécessaire de dire à mes parents ce qu’il en était. Ils pouvaient
le lire. À un moment, j’ai écrit un post pour expliquer comment je
m’identifiais désormais. Et c’est là que j’ai reçu un coup de fil
de mes parents qui me demandaient si ce qu’ils avaient lu était
vrai. (rires) »

Elyne, 28 ans

Elyne, 28 ans

Elyne, 28 ans

« Un jour, une nouvelle fille a rejoint mon équipe d’animateurs
Patro. Au début, je ne l’aimais pas. Elle était trop bruyante,
prenait trop de place et j’aimais ma team comme elle était. Mais
après quelques mois, nous avons commencé à mieux nous entendre et
de fil en aiguille, elle est devenue l’une de mes meilleures amies.
Elle flirtait beaucoup avec les mecs et adorait faire la fête. Et
je sentais que ces histoires de cœur ne m’enchantaient pas. J’étais
même peut-être un peu jalouse. Lorsqu’on se faisait la bise, je
ressentais quelque chose de différent pour elle que pour mes autres
amies. Après un certain temps, j’ai réalisé que ce que je
ressentais était plus que de l’amitié. C’était complètement nouveau
pour moi, je n’avais jamais ressenti ça avant. Peur de leur
réaction
J’ai parlé de mes doutes à ma meilleure amie, qui
s’est directement donné le rôle de Cupidon et a essayé de nous
mettre ensemble. Mais je n’étais pas prête pour ça, je devais
d’abord accepter d’être amoureuse d’une fille. Est-ce que cela
signifiait que j’étais lesbienne ? Et comment mes autres amis et ma
famille allaient-ils réagir ? Malgré ces questionnements, je n’ai
jamais vraiment eu peur qu’on ne m’accepte pas. Lors d’un camp,
j’ai osé avouer mes sentiments à cette fille, mais il ne s’est rien
passé. J’en ai parlé à ma mère, car ça me rendait triste. J’avais
besoin de son soutien. Elle a été très compréhensive ; elle était
désolée que je sois si triste. J’ai fini par le dire à d’autres
amis quelque temps plus tard. Très vite, je me suis sentie à l’aise
avec qui j’étais et exprimer mon homosexualité ne m’a plus jamais
paru effrayant. »

Glenn, 22 ans

Glenn, 22 ans

Glenn, 22 ans

« Je me suis souvent demandé si je devais dire à mes parents que
j’étais homo. Comment le faire ? Quand ? J’en venais toujours à la
conclusion que ce n’était pas le bon moment. Mais quand j’avais 15
ans, mon cousin plus âgé a fait son coming out. Il l’a dit à mes
grands-parents, et quand nous leur avons rendu visite, ils nous
l’ont dit. Je me suis dit que c’était le timing idéal pour faire le
mien. D’un côté, cela semblait beaucoup plus facile puisqu’un
membre de la famille était déjà sorti du placard, mais de l’autre,
certains oncles et tantes avaient mal réagi, ce qui rendait la
tâche plus ardue. C’était à double tranchant. Quand je suis rentré
chez moi, je l’ai dit à ma mère puis plus tard, à mon père. Ils ont
tous les deux bien réagi et mon père m’a même confié qu’il avait
déjà expérimenté des choses avec des hommes, plus jeune, mais que
ce n’était pas son truc. Je suis tombé des nues et son ouverture
d’esprit m’a surpris. »

Margot, 22 ans

Margot, 22 ans

Margot, 22 ans

« Quand j’y repense, je savais que j’aimais les filles depuis l’âge
de 11 ans. Mais quand je suis arrivée en secondaire j’ai essayé de
mettre mes sentiments confus de côté et de rentrer dans le moule.
Mais en deuxième secondaire, j’ai finalement eu le déclic. Dans mon
équipe de basket, il y avait une fille qui parlait ouvertement de
son orientation et j’ai réalisé que moi aussi je ne tomberais
jamais amoureuse d’un garçon. J’avais peur de le dire à ma famille,
même si je savais que mes parents ne réagiraient pas mal. J’avais
quand même peur qu’ils ne veuillent rien entendre. Parler
par lettre
J’écrivais beaucoup à l’époque et j’ai commencé
à écrire sur le fait que je me sentais bizarre et que je tombais
amoureuse de filles. Je savais que je n’oserais jamais me
confronter directement à mes parents et leur dire que j’étais
lesbienne. Je ne trouve toujours pas qu’il s’agit d’un joli mot,
mais à l’époque, je le trouvais carrément horrible. J’ai donc écrit
une lettre à mes parents pour exprimer tout ce que j’avais ressenti
ces derniers mois. Une lettre… ça me semblait être la solution pour
me sentir en confiance. Je n’allais pas être confrontée à leurs
expressions et ça leur donnerait le temps d’y penser. Je pourrais,
pour ainsi dire, me cacher derrière ma lettre. Pourtant, il m’a
fallu des mois avant d’oser la déposer dans la chambre de mes
parents. Peu de temps après, ils m’ont aussi répondu par lettre et
quelques jours plus tard, ils sont venus m’en parler. Ils ont
demandé comment je me sentais et m’ont dit que ça ne changeait rien
pour eux. Je suis convaincue que c’était la meilleure façon pour
moi de leur annoncer mon homosexualité. »

Thomas, 26 ans

Thomas, 26 ans

Thomas, 26 ans

« J’avais 12 ans quand j’ai commencé à me dire que j’étais
différent. Je n’étais pas attiré par les filles, mais par les
garçons. Je viens d’un petit village où je ne connaissais pas
d’homosexuel. Quand j’étais en secondaire, j’ai essayé de sortir
mon orientation de mon esprit. Je pensais que si je me disais que
je n’aimais pas les garçons, ce sentiment disparaîtrait. J’ai même
eu une relation avec une fille pour m’auto-persuader. L’acceptation
est l’aspect le plus important de mon coming out. Vers 17 ans, je
suis tombé amoureux d’un garçon qui venait de révéler son
homosexualité. C’est la première fois où je me suis permis de me
sentir amoureux. Juste avant les vacances de Noël, j’ai rompu avec
ma petite amie. La veille de Noël, j’ai envoyé un SMS à ma
meilleure amie pour lui dire que j’aimais les hommes. Le nouvel An
arrivait et j’avais envie de commencer l’année en étant vraiment
moi-même. Je pense que c’est l’un des messages le plus excitant que
j’ai envoyé de ma vie. »

Leurs conseils pour le vivre au mieux:


Le conseil de Julie : « Vous allez devoir aussi le dire à des personnes que vous voyez très peu dans votre vie. Ne vous tracassez pas. La plupart des gens ne se soucient pas de savoir si vous êtes avec un homme ou une femme et ne réagiront pas étrangement. »

Le conseil de Lou : « Si quelqu’un se confie à vous, écoutez-le et soyez compréhensif. Ne le questionnez pas et ne le jugez pas. Vous aidez beaucoup une personne trans en l’appelant avec son nom le plus vite possible et en utilisant les pronoms corrects. Cela fait une énorme différence. »

Le conseil d’Eric : « N’ayez pas peur d’être honnête. Ça paraît souvent plus grave et compliqué dans votre tête que ce que ça ne l’est en réalité. La plupart des gens sont ouverts d’esprit. Par exemple, j’avais peur de le dire à mon équipe de handball, alors que les joueurs ont tous réagi positivement… En me lançant quelques vannes quand même (rires). »

Le conseil d’Uwi : « Vous pouvez faire votre coming out sans savoir totalement qui vous êtes. Votre identité évolue constamment, tout comme votre image. »

Le conseil d’Elyne « Dites-le d’abord à une personne avec qui vous vous sentez bien. Votre premier coming out est souvent le plus effrayant, mais une fois cette première étape passée, tout devient plus facile. »

Le conseil de Glenn : « Ne vous précipitez pas. Prenez votre temps. Dites-le si vous voulez le dire et parce que vous êtes prêt, pas parce que vous pensez que vous devez le faire. Faites-le quand vous vous sentez bien. »

Le conseil de Margot : « De nombreux parents élèvent leur enfant avec l’idée qu’ils vont tomber amoureux d’une personne du sexe opposé. Je trouve que les parents devraient directement dire à leurs enfants qu’ils ont le droit de ressentir des choses pour des filles autant que pour des garçons. Cela permettrait aux enfants de ne pas avoir le sentiment de s’écarter de la norme en grandissant. »

Le conseil de Thomas : « Si vous avez l’impression qu’une personne de votre entourage doute de sa sexualité ou de son identité, essayez de la mettre en confiance. Elle vous ouvrira alors son cœur lorsqu’elle se sentira prête. Donnez-lui le temps et continuez de la soutenir. Ne lui demandez pas brutalement s’il ou elle est gay : c’est une question qui se pose avec tact. »

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