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TÉMOIGNAGE: elles sont accros au shopping en ligne

La rédaction

Parce que c’est chouette. Parce qu’on le mérite. Il y a toujours une raison pour faire du shopping. Depuis le confinement, nous sommes nombreux·ses à dépenser encore plus d’argent. Comment l’expliquer? Et quand peut-on parler de dépendance?

Aurélie, 32 ans, a appris dès le plus jeune âge que le shopping était synonyme de plaisir


« Ma maman est une femme très belle, pleine d’assurance et tirée à quatre épingles. J’ai toujours eu un manque de confiance en moi et je l’admirais énormément. Parfois, elle m’emmenait quand elle faisait du shopping. J’ai vu comment elle s’illuminait en essayant tous ces beaux vêtements. Elle marchait comme si elle faisait un défilé, comme si elle pouvait conquérir le monde. Le shopping était son passe-temps préféré. Parfois, elle dépensait trop d’argent et elle me faisait un clin d’œil et me disait que c’était ‘notre petit secret’ et que papa n’avait pas besoin de savoir. Je la voyais parfois cacher des affaires au fond de son armoire. Et quand papa lui ­demandait si elle portait encore une nouvelle robe, elle répondait offusquée qu’elle l’avait depuis des années, mais qu’il ne l’avait jamais remarquée. Je trouvais ça tout à fait normal. Pour être honnête, mes amies me racontaient le même genre d’histoires. Et je réalise maintenant que je fais exactement comme ma maman. Sauf que contrairement à elle, je n’achète pas parce ça me rend heureuse. Au contraire, mes achats compulsifs me rendent encore plus malheureuse.

Je souffre d’un manque terrible de confiance en moi. C’est peut-être ça qui a ­déclenché mon addiction. Chaque fois que je me sens laide, stupide ou inférieure, je cherche quelque chose qui peut me rendre ­‘meilleure’.


Vêtements, maquillage, shampooing, parfum… Tout ce qui pourrait me rendre plus belle, plus cool ou plus sûre de moi. Je me rends compte que c’est ridicule, mais sur le moment, je ne peux pas m’en empêcher. Et puis je me sens envahie par un sentiment de

dégoût. Celui d’avoir cru à tous ces arguments de vente et d’avoir entrer mon code bancaire sans réfléchir. Ma dépendance s’est ­aggravée jusqu’à avoir trois cartes de crédit différentes pour pouvoir payer mes achats. J’ai atteint les 20.000 euros de dettes à une ­vitesse fulgurante. Au bout d’un moment, j’ai reçu des appels des banques auxquelles j’ai promis que je rembourserais quelques centaines d’euros tous les mois. Mais évidemment, j’ai continué à accumuler de plus en plus de dettes. Je savais que la situation devenait hors de contrôle, mais je ne pouvais plus m’arrêter. Mon ­problème a été révélé au grand jour quand mon copain était au supermarché avec un caddie plein de courses et que toutes ses cartes ont été refusées. J’ai finalement été voir quelqu’un. Petit à petit, je sors du trou. Nous travaillons surtout sur mon amour-propre car c’est le nœud de mon problème.»

Shirley, 22 ans, remarque qu’elle fait beaucoup plus d’achats en ligne depuis la crise de la Covid-19


« À bien y penser, j’ai toujours vécu le shopping comme une forme de réconfort. Quand je me sens triste, je fais du shopping pour me sentir mieux. Quand je suis en colère, j’en fais pour m’en débarrasser. Je trouve toujours une raison d’aller dans la rue commerçante. Quand j’étais encore en kot, je pouvais parfois dépenser tout mon budget shopping durant le blocus. ­J’appelais ma mère et elle me ­versait un petit supplément sur mon compte. Elle n’a jamais fait d’histoires avec ça car après tout, j’ai toujours eu des bons points. Mon comportement d’achat s’est considérablement dégradé depuis le confinement. Je trouve que ça ne sert à rien d’être en kot alors que je n’ai que des cours en ligne, je suis donc retournée à la maison.

Mais je n’ai pas grand-chose à faire. Je ne vois plus mes amis et je ne sors quasi jamais. Je tourne en rond. Et oui, je me donne du ­réconfort en faisant du shopping.


En ce moment, les boutiques en ligne sont mes meilleures amies. Parfois, je surfe sur un site parce que je m’ennuie ou parce que je me sens seule. Mais je peux aussi faire du shopping parce que je suis contente (comme quand le vaccin a été annoncé et que j’ai acheté trois nouvelles tenues de festival). Les choses commencent à devenir incontrôlables. En plus, je n’ai plus de job étudiant avec la fermeture de l’horeca. J’ai déjà dépensé mes économies en vêtements et en chaussures. Je n’achète pas cher et souvent d’occasion via Vinted, mais c’est une excuse pour acheter encore plus. Mes parents le remarquent à peine, car ils ne sont généralement pas à la maison quand le livreur est à la porte. »

Anissa, 29 ans, lutte contre les achats compulsifs depuis qu’elle a perdu son bébé pendant sa grossesse


« Après un an d’essai, mon petit ami et moi n’avions toujours pas eu de test de grossesse positif. J’avais peur que ce soit de ma faute. Le stress et le doute me pesaient. C’est là que j’ai commencé à faire des excès. Mon copain n’y voyait pas de mal. Au contraire, il trouvait ça bien car j’achetais surtout des affaires pour bébé. Il se disait que je restais optimiste, que je gardais espoir. En ­réalité, j’étais rongée par la peur. J’ai acheté des kilos de ­vêtements, des bacs remplis de jouets, même des caisses de couches à ­langer. J’avais déjà deux sacs de chaussures, de toutes les tailles jusqu’aux ­primaires. Juste ‘pour être prête’. Après des examens chez le gynéco, il s’est avéré que je pourrais tomber enceinte de façon naturelle, mais les chances étaient minimes. Ça a été un coup dur. Le soir-même, j’ai commandé pour 1000 € d’articles pour bébé. J’avais déjà appris à ne pas tout faire livrer à la maison, mais à la poste. Cette fois-là, j’ai dû faire cinq allers-­retours pour tout ramener. Je ­faisais en sorte de choisir des heures de livraison où je savais que mon compagnon n’était pas là. À la maison, je stockais tout au ­grenier. Après un an de parcours PMA, je suis tombée enceinte. Avec mon copain, on a choisi des affaires pour la chambre du bébé (j’avais déjà deux berceaux) et j’ai passé des soirées à concevoir le faire-part. Après dix semaines, nous avons perdu notre bébé. J’étais dévastée.

Mon addiction est devenue incontrôlable. Je passais mon temps à pleurer. Mon ­médecin m’a prescrit plusieurs ­semaines de congé maladie. J’étais à la ­maison tous les jours, seule avec mon ­chagrin. Je ne voulais plus penser à ce deuil. C’est pourquoi j’ai passé de plus en plus de temps dans les magasins.


Dès que j’achetais quelque chose, je me sentais moins vide. Et puis je le méritais. J’ai acheté des choses pour moi. Des sacs de vêtements, chaussures, maquillage, parfum, ­shampooing… Puis, je n’ouvrais même plus mes colis. Je ne ­ressentais plus de bonheur. Je suis passée à des marques plus luxueuses, des choses que je m’étais toujours refusées. ­Heureusement mon copain est intervenu. Après avoir dépensé toutes mes économies et la moitié de notre compte épargne ­commun, il a remarqué les ­transactions. On a reçu des rappels de factures impayées. Il m’a confrontée et j’ai craqué. Il était très contrarié, mais il a compris. Depuis lors, j’ai commencé une thérapie. Je vais mieux, même si je rechute encore parfois. »

Vous êtes accro au shopping?

  • Demandez l’aide d’un·e thérapeute.
  • Parlez-en. Si votre entourage est au courant, il sera à même de vous aider et de vous soutenir dans votre traitement.
  • Protégez-vous. Désabonnez-vous des newsletters des sites en ligne et évitez les rues commerçantes Collez un autocollant « pas de pub » sur votre boîte aux lettres.
  • Protégez votre compte bancaire. Faites bloquer votre carte de ­crédit. Donnez vos cartes de banque à une personne de votre entourage, car si vous n’avez que du cash sur vous, vous ne pourrez pas trop dépenser. Si vous avez un compte commun avec votre partenaire, qu’il·elle vous en bloque l’accès temporairement.


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