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Au Salvador, la double peine en cas de fausse couche - Getty Images

Au Salvador, une fausse couche pourrait vous coûter 30 ans de prison

Kathleen Wuyard

Non, ce n’est pas une fake news, et si c’est une blague, elle est de très (très) mauvais goût: au Salvador, ainsi qu’une jeune femme vient de l’apprendre à ses dépens, une fausse couche peut être punie de 30 ans (!) de prison.

C’est que le Salvador fait partie des pays, aux côtés de Malte et du Suriname par exemple, dans lesquels l’avortement est purement et simplement interdit, quelles que soient les raisons (médicales, psychologiques...) et sans la moindre exception autorisée, même en cas de grossesse résultant d’un viol ou de menace sur la vie de la mère. Plus pervers encore? La loi, déjà ultra stricte, punit également les mères qui subissent une fausse couche, ainsi que le démontre l’histoire tragique d’Esme (prénom d’emprunt) une jeune Salvadorienne dont le procès et la condamnation ont choqué l’opinion publique internationale.

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Il faut dire qu’on serait choqué à bien moins: pour rappel, il y a deux ans, la jeune femme, réalisant que quelque chose ne va pas, appelle les urgences. Sauf que le temps que les services de secours arrive, elle fait une fausse couche et perdu son bébé. Un événement traumatique auquel vient s’ajouter un traumatisme encore plus grand: dans la foulée, Esme est dénoncée à la police pour « homicide », puisqu’elle a perdu son foetus. Une accusation qui lui a valu de passer les deux années écoulées derrière les barreaux à attendre son procès, à l’issue duquel on a appris cette semaine que la jeune femme avait reçu une sentence de 30 ans de prison.

Quand la fausse couche est un crime

Une peine hallucinante, qui aurait pu être encore plus longue car au Salvador, l’interruption de grossesse (qu’elle soit volontaire ou non, donc) est considérée comme un « homicide aggravé », une qualification qui s’accompagne de sanctions allant jusqu’à 50 ans de prison. Oui, cinquante ans pour une fausse couche, et non, vous ne rêvez pas, même si ici, on navigue plutôt en plein cauchemar.

L’avocate d’Esme, Karla Vaquerano, a d’ores et déjà annoncé qu’elle ferait appel de la décision et de la peine de sa cliente, mais dans un pays encore dominé par une Eglise omniprésente, il y a peu de chances qu’Esme voie une issue favorable à cette procédure. Seul espoir? Que l’ampleur de la dénonciation internationale de la condamnation fasse intervenir le président Nayib Bukele en sa faveur, en lui accordant une forme de grâce, par exemple. À l’heure d’écrire ces lignes, une dizaine de femmes sont actuellement emprisonnées au Salvador suite à des urgences obstétriques, les détenues étant accusées d’avoir en réalité voulu mettre fin à leur grossesse plutôt que subi une complication ou une fausse couche.

Ainsi que l’a dénoncé Paula Avila-Guillen, avocate internationale spécialisée dans les droits humains et directrice exécutive du Centre pour l’égalité des femmes, «la condamnation d’Esme est un retour en arrière dévastateur pour les progrès réalisés dans la criminalisation illégale des femmes souffrant d’urgences obstétricales au Salvador». Et l’avocate de souligner que «tous les Américains devraient avoir les yeux rivés sur le Salvador en ce moment pour comprendre exactement ce qu’implique un avenir sans l’arrêt «Roe v. Wade».

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