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Izabela victime de la loi anti-IVG en Pologne DR Getty Images

La Pologne endeuillée par le décès d’Izabela, victime de la loi sur l’IVG

Kathleen Wuyard

Elle s’appelait Izabela, elle avait 30 ans et elle est morte peu de temps après le bébé qu’elle portait le 30 septembre dernier. Une tragédie que l’avocate de sa famille attribue directement à la nouvelle loi régissant l’avortement en Pologne.

Passée malgré une déferlante de manifestantes à l’automne dernier, la loi, qui est entrée en vigueur en janvier 2021, a interdit l’IVG en cas de malformation grave du foetus, interdisant en pratique tout avortement en Pologne, sauf viol, inceste ou si la vie de la mère est en danger. Or justement, dénonce Maître Jolanta Budzowska, celle d’Izabela l’était, mais les médecins ont préféré adopter une « attitude attentiste » plutôt que de provoquer un avortement et tenter de sauver au moins la vie de la future maman.

Ainsi que le rapporte l’AFP dans une dépêche reprise par nos confrères de « La Libre »,

Les médecins ont attendu la mort du foetus. Le foetus est mort, la patiente est morte. Choc septique ».

Ce samedi, les rues de la Pologne ont à nouveau été le théâtre de manifestations rassemblant des dizaines de milliers de personnes, venues pour dénoncer la mort d’Izabela mais aussi les dangereuses conséquences de la nouvelle loi sur l’avortement, leurs pas ayant résonné du slogan « pas une de plus ».

Photo by Beata Zawrzel/NurPhoto via Getty Images

« J’espère que je n’aurai pas de septicémie sinon je ne m’en sortirai pas (…) C’est horrible, ma vie est en danger et je dois attendre » aurait écrit Izabela à sa mère depuis son lit d’hôpital. La jeune polonaise, mariée depuis dix ans, était déjà maman d’une petite fille de 9 ans. Dans un rapport publié il y a trois semaines, Amnesty International dénonçait le fait qu’en « limitant l’accès à ce droit humain fondamental (l’avortement NDLR), la Pologne limite également le droit à la santé de millions de personnes ».

L’avortement n’étant pas légal en toutes circonstances, les avortements sont clandestins, donc dangereux, voire mortels ».

Et Amnesty d’appeler la Pologne à « mettre un terme aux efforts visant à restreindre les droits sexuels et reproductifs et à affaiblir les protections des femmes. Les autorités polonaises doivent également s’engager à protéger les défenseurs des droits des femmes et les militantes et militants qui font l’objet de menaces et d’attaques continues depuis la décision d’octobre 2020″. Un appel qui risque bien de rester sans réponse, la Pologne étant actuellement en plein processus de repli qui la voit notamment mener actuellement une guerre juridique à l’Union européenne pour contester la primauté du droit européen sur le droit national.

La Pologne en perte de repères

Pas dit qu’elle soit particulièrement disposée à écouter les recommandations d’une organisation supranationale – ni même les réclamations des militant•e•s de son propre pays: dans son dernier rapport, Amnesty International rapportait également les récriminations de « militantes et militants qui déclarent que le gouvernement abuse d’une rhétorique et de campagnes médiatiques qui les dénigrent et dénigrent leur travail, qui favorisent la désinformation et la haine, pouvant par conséquent mettre en danger leur sécurité ». Et de prendre en exemple Marta Lempart, cofondatrice du mouvement de manifestations Ognopolski Strajk Kobiet (Grève des femmes de toute la Pologne), « qui est désormais victime de menaces de mort répétées pour avoir mené des manifestations en faveur de l’avortement légal et pour les droits des femmes ».

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