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« Pourquoi pas nous? » Deux couples se confient sur leur désir insatisfait d’avoir des enfants

La rédaction

Faire des enfants s’avère parfois plus difficile que prévu, malgré un désir immense de porter la vie. Environ un couple sur sept se voit confronté à des problèmes de fertilité. Après des années de tentatives, Seya, 29 ans et Dana, 31 ans ne sont toujours pas parvenues à fonder une famille.

Seya, 29 ans, et Michel, 29 ans, aspirent à avoir un enfant, mais ils ont le sentiment que le temps s’est arrêté depuis cinq ans.


« Il y a cinq ans, j’ai épousé Michel, mon amour d’enfance avec qui j’étais depuis douze ans. Comme beaucoup de couples, nous avons cessé toute contraception ­immédiatement après notre mariage et nous espérions ouvrir un nouveau chapitre de notre vie. Nous n’avions que 24 ans à l’époque, mais nous souhaitions devenir parents jeunes.

Après neuf mois d’essai, nous avons commencé à douter et nous nous sommes tournés vers un médecin. Il m’a dit que mon corps avait besoin de temps pour se réguler après l’arrêt de la pilule, au moins un an. Il m’a ­aussi ­rappelé que nous étions jeunes et que nous devions ­continuer d’essayer.


Nous sommes rentrés à la maison, mais je sentais qu’il se passait autre chose dans mon corps. Mes règles n’étaient pas régulières et elles ­s’accompagnaient de douleurs intenses à l’estomac. Mon médecin n’avait pas pris ces éléments au sérieux. De nature ­obéissante, j’ai tout de même écouté ses conseils et je n’ai consulté un gynécologue que trois mois plus tard. Michel a alors dû remettre un échantillon de sperme, et il s’est avéré qu’il était de bonne qualité. On m’a prescrit du ­Clomid, un agent ovulatoire, pour ­réguler mon cycle, et tout à coup, nos vies se sont ­remplies de visites chez le gynécologue pour faire des échographies, voir comment les follicules grandissaient et quand j’ovulerais. Mais rien de tout cela n’a aidé. Les ­hormones m’empêchaient d’être moi-même et neuf mois plus tard, mon corps m’a laissé tomber. J’ai vécu un burn out, je ne savais plus rien faire.

D’essais en tentatives


Après m’être accordé trois mois de pause et de repos, j’ai contacté mon gynécologue pour reprendre la procédure. Il m’a annoncé que je ne pourrais reprendre le traitement qu’en mars, alors que nous étions en octobre. C’était une gifle. Je me suis énervée et mon médecin a fini par me transférer à un centre de fertilité où j’ai obtenu une consultation en décembre. Un mois plus tard, j’ai subi une intervention chirurgicale pour voir s’il n’y avait pas de ­problème avec mon utérus et mes trompes de Fallope, mais ce n’était pas le cas. Je suis alors passée aux ­injections de Menopur, un traitement de l’infertilité, et peu de temps après, j’ai entendu parler de l’endométriose et du syndrome des ovaires polykystiques. Selon le médecin spécialiste de la fertilité, mes symptômes n’étaient pas suffisants pour pouvoir ­déterminer si mon infertilité était réellement liée à cette maladie. J’ai subi une intervention et mes lésions endométriosiques ont été détruites. Après neuf mois d’essai ­supplémentaires, nous avons pu passer à l’insémination, qui a également échoué.

Pas de cœur qui bat


Nous sommes ensuite passés à la FIV. Lors la première tentative, nous avons recueilli entre cinq et dix ovocytes, mais un seul a tenu. Vu le grand nombre d’ovocytes, un transfert n’était pas possible  immédiatement. J’ai dû attendre que mon cycle démarre tout seul.

En septembre 2019, je suis ­finalement tombée enceinte, mais le cœur du fœtus ne s’est jamais mis à battre. À huit semaines de grossesse, j’ai subi un curetage…


Je ne pouvais mentalement pas supporter que mon corps fasse le travail d’évacuation. Peu de temps après, la crise du Coronavirus a éclaté et nous avons dû attendre avant de retenter le coup, car les personnes dans la trentaine et âgées de plus de 40 ans avaient la priorité. Pour le ­moment, nous en sommes à notre deuxième cycle de FIV et 21 ovocytes ont été prélevés, dont deux ont été ­congelés. Il y a deux ­semaines, nous avons tenté un ­transfert de notre premier embryon dans mon utérus, mais il a malheureusement échoué.

Rester patients


Un avenir sans enfants n’est pas une option pour nous. Pas pour le moment en tous cas. Nous utiliserons les six tentatives remboursées et, par la suite, nous sommes ­également prêts à payer le prix plein pour un certain nombre de tentatives. Mais nous ne sommes pas ­millionnaires et nous ne pourrons pas enchaîner les ­tentatives à l’infini. Je remarque aussi que mon corps se ­détériore. À cause de toutes ces hormones, j’ai pris 15 kilos, que je n’arrive plus à perdre. Mes bras et mon ventre sont régulièrement bleus à cause des injections que je dois m’administrer, ce qui me donne parfois l’impression d’être une droguée. Pour Michel, je pourrais continuer jusqu’à mes 45 ans. Ce sera donc à moi de signaler quand c’en est assez. Nous avons déjà discuté d’approches alternatives, comme l’adoption ou la gestation pour autrui, mais ­Michel n’est pas en faveur de l’adoption et je ne veux pas ­impliquer une mère porteuse dans notre projet d’enfant. Vous imaginez… voir une autre femme porter son enfant ? Ce serait trop difficile pour moi.

Michel et moi avons le sentiment que nous n’avons rien accompli en cinq ans ; que nous sommes restés immobiles. Heureusement, notre couple en ressort plus fort. Pour le même prix, on aurait pu se séparer.


Nous rêvons toujours de fonder une famille avec deux enfants, mais si, pour une raison ­quelconque, nous devons arrêter tout ce processus et ne jamais enfanter, je pense que nous opterons pour une vie complètement différente de celle d’aujourd’hui. En ­partant vivre à l’étranger par exemple. Avant même que j’arrête la pilule, nous avions rénové notre maison et ­aménagé deux chambres d’enfants. Je ne pense pas ­pouvoir supporter d’être confrontée à ces pièces vides ­encore et encore, pour le reste de ma vie. »

En tant que couple homosexuel, Dana, 31 ans, et Inez, 28 ans, savaient qu’avoir des enfants ne serait pas simple. Mais elles n’auraient ­jamais pensé être toujours sans enfant après cinq ans d’essai.


Dana « J’ai rencontré Inez il y a presque huit ans sur mon lieu de travail. À l’époque, je travaillais comme gardienne d’enfants et je venais parfois à la garderie où Inez était ­employée. Dès notre première rencontre, ça a été le coup de foudre. Nous avons emménagé ensemble rapidement et abordé le sujet des enfants dans la foulée. Il était clair que nous en désirions toutes les deux et que nous ne ­voulions pas attendre très longtemps avant d’en avoir. »

Inez « Je sais que je suis lesbienne depuis mes 15 ans et aussi que je veux des enfants. Mais tomber enceinte n’a jamais été important pour moi. Dana, par contre, avait ce souhait. Donc assez naturellement, nous avons décidé que ce serait elle qui porterait nos ­enfants. Mais pour cela, nous avions besoin d’un coup de pouce extérieur. »


Dana « En mars 2015, nous avons lancé la procédure pour un don de sperme anonyme. Nous avons eu un entretien d’admission avec un médecin spécialiste de la fertilité et un psychologue. En août, nous avons obtenu le feu vert du comité d’éthique. Tous les examens préliminaires ­montraient de bons résultats, mais mes règles tardaient à venir. »

Inez « On a prescrit des médicaments à Dana pour ­déclencher ses règles, et deux mois plus tard, nous avons pu commencer l’insémination artificielle, durant laquelle le sperme du donneur est introduit dans l’utérus au moyen d’un tube très fin. »

Dana « En novembre et décembre, nous avons fait une deuxième et une troisième tentative. C’est très dur, car vous n’avez aucun contrôle. En janvier, par exemple, un kyste a été détecté et nous avons été obligées de sauter un cycle. Et la tentative qui a suivi n’a pas abouti. »

Inez « Au début de notre processus de traitement ­d’infertilité, nous étions convaincues que tout se passerait bien. Lors des premières tentatives, nous étions encore euphoriques… Mais après plusieurs déceptions, il devient difficile de garder espoir. Nous nous armions d’avance contre les mauvaises nouvelles. »

De l’insémination à l’ICSI


Dana « Les mauvaises nouvelles ont commencé à tomber après la quatrième tentative. Je devais prendre des ­médicaments pour réguler mon cycle, donc je me rendais ­régulièrement chez le gynécologue pour des contrôles. Cette fois-là, il semblait beaucoup plus silencieux que d’habitude, en regardant l’échographie… Il m’a dit qu’il soupçonnait une endométriose et qu’une IRM était nécessaire. »

Inez « Nous avons dû attendre six semaines pour cette IRM, et entre-temps, Dana s’est retrouvée aux urgences tant elle avait mal au ventre… »

Dana « L’IRM a dévoilé toutes sortes d’adhérences. J’ai été transférée à un autre hôpital, mais je n’ai pu avoir un ­rendez-vous avec un spécialiste que six mois plus tard. À l’annonce de cette nouvelle, j’ai broyé du noir… Ça a été une période très difficile. Nous ne pouvions rien faire d’autre qu’attendre, alors que cela faisait déjà si ­longtemps que nous avions envie d’un bébé… »


Inez « En juillet 2017, soit six mois plus tard, Dana a subi une opération et nous avons décidé de faire une pause pour digérer les deux années écoulées. Nous avons repris le processus début 2018 et avons fait deux autres inséminations avant de pouvoir passer à l’ICSI (injection ­intra-cytoplasmique de spermatozoïde). »

Dana « L’ICSI est difficile, mais nous n’avions pas d’autres choix. Finalement, trois ovocytes ont été préparés, mais nous n’avons pas eu le résultat escompté. »

Changer les rôles


Inez  « On nous demandait souvent pourquoi on ­n’échangeait pas nos rôles, pourquoi on continuait ­d’essayer avec un corps qui ne voulait pas… Mais ce n’est pas si simple. »

Dana  « Cinq ans après le début ce ­processus, on se ­retrouve en effet dans la situation où c’est Inez qui va ­devoir porter le bébé, car on m’a récemment ­diagnostiqué un syndrome des antiphospholipides. »

Inez « L’année dernière, Dana s’est retrouvée aux ­urgences à cause de graves problèmes de santé et on a découvert qu’elle souffrait d’embolie pulmonaire. Elle l’a échappé belle… J’ai failli me retrouver veuve à 27 ans. »

Dana « Il s’agit d’une maladie auto-immune qui ­augmente le risque de thrombose. Le syndrome explique pourquoi, malgré toutes les tentatives, je ne suis jamais tombée ­enceinte. Mais cela signifie aussi que je ne dois plus jamais essayer de concevoir un enfant, car cela ­comporte beaucoup trop de risques. »

Inez « Il y a des risques de naissance prématurée, de ­décès de l’enfant ou de la mère lors de l’accouchement… »

Dana « On a donc pris la décision de changer de rôle, mais ça a été douloureux. »

Continuer tant qu’on peut


Inez « Après avoir reçu ce diagnostic, nous avions trois ­options : mener une vie sans enfants, choisir l’adoption ou que je prenne le relais. Nous avons rapidement opté pour la dernière, mais ce scénario ne va pas de soi pour autant.

Inez « Pour Dana, ce changement s’accompagne d’une sorte de processus de deuil, car, d’une part, elle doit faire face à l’idée qu’elle ne sera jamais enceinte et d’autre part, elle doit vivre avec l’idée qu’elle pourrait me voir enceinte. »


Dana « Sans oublier qu’on a dû recommencer à zéro, alors qu’on essaie d’avoir un enfant depuis cinq ans. On va voir si le processus se déroule plus facilement, mais ­malheureusement, Inez semble avoir une faible réserve ovarienne, ce qui signifie qu’elle risque d’entrer en ­ménopause plus tôt que la moyenne. »

Inez « Pour le moment, j’ai eu quatre inséminations et je pense que nous continuerons aussi longtemps que notre compte bancaire le permettra. Mais ce désir d’enfant n’est pas bon marché. Vous avez droit à six tentatives remboursées, mais désormais, nous payons le sperme du donneur entièrement de notre poche, et cela coûte beaucoup plus cher qu’il y a cinq ans. À l’époque, on payait 200 euros par échantillon. Aujourd’hui, nous en sommes à 330 euros. »

Dana « Ces dernières années ont été difficiles, tant pour moi que pour Inez. Les traitements médicaux de ­l’infertilité ne doivent pas être sous-estimés. On voulait devenir mères jeunes, et heureusement que nous avons commencé le processus tôt. Cela fait cinq ans qu’on ­essaye… Imaginez une femme de 30 ans qui prend la ­décision d’avoir un enfant et constate à cet âge-là qu’elle souffre de troubles de la fertilité. Nous aurions bien sûr préféré que les choses se passent différemment. J’espère que la chance sera bientôt de notre côté et que nous pourrons accueillir notre bébé en 2021. »

Inez « J’espère aussi, même si je pense que nous serons alors confrontées à neuf mois ­d’incertitudes. Beaucoup de choses peuvent mal tourner pendant une grossesse. Je ne me sentirai pas 100 % soulagée tant que nous ne tiendrons pas notre bébé dans nos bras. »

Et si réaliser votre désir d’avoir des enfants était (beaucoup) plus difficile que prévu ?


« Nous parlons de problèmes de sous-fertilité ou de fertilité lorsqu’il faut plus d’un an pour tomber ­enceinte, explique L. Godderis de l’association « Je veux un bébé » (www.jeveux1bébé.be). « Ces troubles sont beaucoup plus courants qu’on ne le pense. Pour un couple sur sept ou huit, enfanter ­relève du défi. ­Plusieurs raisons peuvent expliquer cela. Parfois, c’est la qualité du sperme de l’homme qui est en jeu : le nombre de spermatozoïdes peut, entre autres, être inférieur à la moyenne. Chez les femmes, on recense de nombreuses causes ­sous-jacentes, allant des anomalies anatomiques aux problèmes ­hormonaux.

Eans certains cas, ni l’homme ni la femme ne souffrent de problèmes médicaux. Et ce qui fait obstacle à la grossesse se cache ailleurs.


Si un couple essaie d’enfanter ­pendant plus d’un an sans y parvenir, on vérifie d’abord si tout se passe correctement. Il y a un moment optimal pour avoir des rapports sexuels et ­augmenter les chances de ­grossesse. Nous remarquons que tout le monde n’en est pas conscient. De la même façon, il n’est pas pertinent d’avoir des rapports sexuels trois fois par jour, car cela a un impact sur la qualité des ­spermatozoïdes. Pendant cette période, vous devriez être sexuellement actifs tous les deux jours. Ce sont des règles de base, des éléments ­d’éducation sexuelle à mettre en place dès le début. Et si cela ne conduit pas à une ­grossesse, d’autres pistes ­seront explorées pour identifier les causes de cette hypofertilité et des ­solutions seront proposées : insémination ­artificielle, fécondation in vitro, ICSI…

L’Impact d’un désir inassouvi

L’impact d’un désir insatisfait d’enfanter est grand. Lorsqu’une grossesse échoue, cela s’accompagne souvent de stress, même si les couples sont encore plein d’espoir au début du traitement de fertilité. Et si l’espoir fait vivre, il se transforme vite en désespoir après trois ou quatre tentatives ratées. Chaque couple a le droit d’être remboursé pour six ­traitements de fertilité. Une fois ce quota passé, la pression augmente et de nombreuses questions se posent : comment les choses vont-elles se passer maintenant? Doit-on s’acharner? Tout cela peut avoir un impact négatif considérable sur la santé mentale du couple. C’est pourquoi il est primordial de rester unis face à cette épreuve. Les couples qui partagent leurs sentiments et leurs expériences et parlent sincèrement de la manière dont ils ­envisagent l’avenir en sortent généralement plus forts. Mais certains n’y parviennent pas, perdent la connexion qui les unit et finissent par rompre.

Apporter son soutien

Peut-on encore parler des enfants ou vaut-il mieux éviter ce sujet? Tout dépend de la manière dont vous abordez la question. Prenez le temps de réfléchir ­exactement à ce que vous ­souhaitez dire et à ce que ce ­message aura comme impact sur un couple pour qui enfanter ­relève du combat. Si vous avez vous-même la chance d’être ­enceinte et que vous ­souhaitez l’annoncer à votre ­meilleure amie, aux prises avec des troubles de fertilité, veillez à deux choses : d’une part, vous assurer que votre amie sera capable de partager votre bonheur ­malgré sa ­situation, et d’autre part, oser lui faire part de vos propres doutes pour lui montrer que vous ­comprenez, à votre échelle, ses craintes et ses ­insécurités. Soyez là les uns pour les autres, dans les bons comme dans les mauvais moments. Osez ­ouvrir le dialogue avec des mots bienveillants et ne laissez pas le silence s’installer entre vous.

Mais ­choisissez avec soin les messages que vous ­véhiculez. ‘ Je connais un couple qui, ­pendant ­longtemps, n’y arrivait pas. Aujourd’hui, ils attendent un enfant ’… Bien que plein d’espoir, ce genre de message est souvent mal venu. Alors essayez d’être un bon ami avant tout, et n’assumez pas le rôle d’un thérapeute. »

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