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Une technicienne en échographie livre un témoignage poignant sur l’avortement

Kathleen Wuyard

Alabama, Géorgie, Ohio, Missouri... Outre-Atlantique, les jours se suivent et les Etats qui interdisent ou restreignent grandement l’avortement se rassemblent. Un contexte anxiogène, qui a poussé une technicienne en échographie américaine à témoigner.


Un témoignage poignant, percutant, émouvant, forcément. Comment pourrait-il en être autrement: après tout, c’est de vie et de mort qu’on parle, et d’une liberté fondamentale: celles qu’ont les femmes de disposer de leur corps. Technicienne en échographie depuis plusieurs décennies, et elle-même basée au Kansas, un Etat du Midwest où le droit à l’avortement est (pour le moment) protégé, Sena Garven remet les pendules à l’heure, avec un texte d’une grande justesse, qui rappelle toute la complexité de l’IVG.

Ce qui vient de se passer en Alabama, mais aussi dans l’Ohio, le Missouri, la Géorgie, le Mississippi, l’Arkansas ou encore le Kentucky est énorme, et de la pire manière possible. Interdire l’avortement, à n’importe quel stade de la grossesse, peu importe les raisons, n’est pas raisonnable, et encore moins acceptable.


Un avis personnel qui ne regarde qu’elle? Oui, sauf qu’en plusieurs décennies de carrière, Sena Garven en a vu, des femmes enceintes et des interruptions (in)volontaires de grossesse. “Je suis une technicienne d’échographie. Mes collègues et moi, on passe nos journées entourées de femmes enceintes, et chaque jour, je regarde des bébés à tous les stades de la grossesse. Je travaille également dans une unité spéciale, où on voit des grossesses à risques, et des mamans à divers stades de santé physique et mentale.

Si vous pensez qu’interdire l’avortement est une bonne chose, je suis la bonne personne pour vous expliquer pourquoi ce n’est pas vrai.


Et Sena de lister, sans pathos ni pincettes, quelques uns des cas auxquels elle a été confrontés durant sa carrière. La maman dont le bébé s’était développé sans crâne, son cerveau flottant simplement dans le liquide amniotique. “Mais le foetus avait un battement de coeur, donc sa maman n’aurait pas pu avorter légalement”.

La femme souffrant d’une forme si grave d’hémophilie, que l’accouchement serait probablement mortel pour elle et son bébé. La femme violée par un ami qui avait tenu à la raccompagner “pour être certain qu’elle rentre en sécurité”. La femme vivant une grossesse extra-utérine avec le risque que le bébé, en grandissant, mette sa vie en danger. La fillette de 13 ans, qui ne savait pas comment se protéger d’une grossesse, mais dont le corps n’est pas assez développé pour la supporter.


Le point commun entre tous ces destins croisés? “Aucune de ces femmes ne pourrait avorter sous les nouvelles lois”.

Personne ne devrait pouvoir décider ce qui arrive dans le corps d’un autre, même pas pour sauver une vie. Il faut une permission écrite avant de pouvoir prélever les organes d’un cadavre. Peu importe la gravité de la situation, personne ne peut être forcé à donner son sang. Alors personne ne devrait pouvoir décider ce qu’une femme fait de son corps, un point c’est tout.


Et d’ajouter que ces mesures “ne sont pas une célébration de la vie. Il s’agit simplement de contrôler les femmes”. Un témoignage qui fait d’autant plus réfléchir que si l’avortement est désormais considéré comme un meurtre dans certains Etats, alors les fausses couches pourraient être punies en tant qu’homicides involontaires. Le spectre de “La Servante écarlate” n’est pas loin.

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