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© Democrats vs republicans are facing off in a ideological duel on the american flag. In American politics US parties are represented by either the democrat donkey or republican elephant

Tout ce que vous devez savoir pour comprendre l’élection présidentielle aux USA

Kathleen Wuyard

Si les Etats-Unis peuvent parfois sembler bien lointains, l’élection présidentielle de ce mardi 3 novembre nous concerne pourtant tous, nos démocraties étant intimement liées au pays de l’Oncle Sam. Le Coronavirus a monopolisé votre attention ces derniers mois et vous n’avez pas bien suivi ce qui se passait? Petit cours de rattrapage à J-1 du suffrage.

Une élection, deux (fois deux) candidats


Contrairement à nos élections, où il y a parfois tellement de candidats et de partis qu’on en a le tournis dans l’isoloir, les Etats-Unis sont fermement adaptes du bipartisme. Concrètement, ce 3 novembre, les électeurs américains n’auront donc à choisir qu’entre deux candidats: Joe Biden, représentant du parti Démocrate, et l’actuel locataire de la Maison Blanche, Donald Trump, le candidat Républicain. Deux candidats, ou plutôt, deux binômes, puisqu’aux States, on est sommé d’annoncer son vice-président de choix durant la campagne: pour Joe Biden, il s’agit de Kamala Harris, et Trump, lui, a choisi Mike Pence, vice-président actuel.

Démocrates vs Républicains


Autre différence avec l’échiquier politique belge, où les partis vont de l’extrême-droite à l’extrême-gauche avec à peu près toutes les couleurs politiques représentées entre les deux, outre-Atlantique, le choix est plus limité, surtout qu’il n’est pas tout à fait correct de comparer les Démocrates aux socialistes et les Républicains aux libéraux, même s’il y a de l’idée. Fait surprenant, vu leurs positions actuelles: à l’origine, le parti démocrate, créé en 1828, représentait le Sud esclavagiste, tandis que le parti républicain, créé 26 ans plus tard, a fait de la lutte contre l’esclavage un de ses premiers chevaux de bataille. À l’heure actuelle, porté par une vague extrêmement conservatrice qui souffle sur la droite américaine depuis la présidence de Barack Obama, le parti s’est éloigné de la défense des minorités.

Concrètement: le parti républicain, surnommé GOP, pour Grand Ole Party, est représenté par un éléphant et sa couleur est le rouge. Ses valeurs principales sont la défense de la religion et du capitalisme, sans oublier des politiques conservatrices, entre opposition à l’avortement et au mariage gay. Le parti démocrate, de son côté, est symbolisé par un âne et sa couleur est le bleu. Ses combats principaux sont la défense des minorités et du droit à l’avortement, mais aussi une volonté de tempérer le capitalisme débridé qui règne en maître dans le pays par des programmes sociaux. Si le parti se présente comme étant de centre-gauche, il est souvent qualifié de “socialiste” par les républicains, ce qui n’a l’air de rien en Belgique, mais qui est tout sauf une insulte anodine dans un pays où le spectre du Reaganisme et de la chasse aux communistes plane encore. Contrairement aux Républicains, fervents défenseurs du 2nd amendment de la Constitution, qui légalise le port d’armes, les Démocrates sont favorables à un contrôle accru de celui-ci, sans remettre le 2e amendement en cause pour autant.

Les candidats 2020

* Côté républicain *


Le Président sortant, Donald Trump, se présente avec son vice-président actuel, Mike Pence. Imprévisible et fier de l’être, Donald Trump a parfois tant changé d’avis sur certains sujets qu’il est difficile d’épingler ses prises de position politiques, même si certaines, telles que sa défense de la construction d’un mur séparant les Etats-Unis et le Mexique, pour « repousser les immigrants », son soutien au port d’armes sans conditions sans oublier, bien sûr, son mépris de la menace présentée par le Covid, sont claires comme de l’eau de roche. Parmi les faits notables de sa présidence, on notera donc la construction du mur, son absence de condamnation de la manifestation de suprémacistes blancs à Charlottesville, en 2017, lors de laquelle une femme a été tuée, la signature d’un décret interdisant le financement fédéral d’ONG pratiquant l’avortement ou encore une réforme des impôts supprimant la taxe sur les héritages en dessous de 10 millions de dollars et faisant passer la taxe sur les profits de 35 à 15%.

Si pour lui, le réchauffement climatique est un « canular total » (sic), et qu’il affirme être « pro-vie », en ce qui concerne les droits des personnes LGBT, il se montre plus ouvert d’esprit que la plupart des républicains, ayant notamment marqué son opposition à un amendement constitutionnel qui aurait permis aux États de réinterdire le mariage homosexuel. Ceci étant, en juin dernier, l’administration Trump a entériné un projet de règlement qui supprime les protections accordées aux patients transgenres contre la discrimination par les médecins, les hôpitaux et les compagnies d’assurance maladie, dernière étape dans un plan d’envergure visant à préciser la définition juridique de la discrimination sexuelle outre-Atlantique, afin que celle-ci n’inclue pas de protections pour les personnes transgenres.

Quant à Mike Pence, républicain proche du mouvement ultra-conservateur et libertarien Tea Party, il se décrit, dans l’ordre, comme étant « chrétien, conservateur et républicain », il a soutenu l’invasion de l’Irak en 2003 et s’est opposé à la fermeture de Guantanamo Bay. Contrairement à Donald Trump, toutefois, il concède que l’homme a une influence sur le climat, et lorsque le locataire de la Maison Blanche a voulu interdire l’entrée des Etats-Unis aux musulmans, il a condamné cette mesure « insultante et contraire à la Constitution ». Chrétien fervent et partisan de l’abstinence, Mike Pence a tenté de rendre obligatoire l’incinération des foetus avortés, et considère l’homosexualité comme un « effondrement sociétal ».

* Côté démocrate *


Sénateur depuis les années 70 et colistier de Barack Obama, avec lequel il a remporté les élections de 2008 et 2012, Joe Biden est considéré comme un démocrate modéré aux positions plutôt centristes. Bien que catholique pratiquant (en 2008, il est d’ailleurs devenu le premier vice-président catholique de l’histoire des Etats-Unis), il ne s’oppose pas au droit à l’avortement, et il a changé progressivement d’avis sur le mariage gay, jusqu’à s’y déclarer favorable lors de la campagne de 2012. Favorable à un contrôle renforcé de la vente des armes à feu aux States, il est également opposé à la peine de mort, et il a affirmé durant la campagne présidentielle de 2020 que s’il emportait l’élection, il renverserait certaines réglementations du gouvernement Trump sur l’immigration, en commençant par renforcer le soutien américain aux immigrants et aux demandeurs d’asile. Clin d’oeil aux fans de « The Office »: Joe Biden est né à Scranton, en Pennsylvanie.

Sa colistière, Kamala Harris, déchaîne les passions depuis l’annonce de sa nomination, qui pourrait faire d’elle la première vice-présidente noire d’origine indienne. Fréquemment écorché par les médias, son prénom se prononce Ko-mala et signifie « lotus » en hindou. Procureure générale de Californie devenue Sénatrice en 2017, elle est engagée contre le réchauffement climatique et a déclaré en interview que son objectif serait que 100% de l’électricité des Etats-Unis provienne de sources d’énergie renouvelables. Egalement engagée en faveur d’un contrôle accru de la circulation des armes à feu ainsi que de l’établissement de San Francisco en tant que ville hospitalière pour les réfugiés, Kamala Harris a refusé de défendre l’interdiction du mariage gay lorsqu’elle était procureure générale, et s’est prononcée en faveur des directives de l’administration Obama protégeant les étudiants transgenre. Croyante elle aussi, elle a souligné que ça ne l’empêchait pas de croire au fait que les femmes doivent disposer librement de leur corps, et donc, avoir accès à l’avortement.

Mais au fait, pourquoi on est concerné•e•s?


On vous le concède, la situation politique en Belgique est déjà suffisamment un foutoir compliquée pour qu’il nous reste un peu d’espace mental à consacrer aux élections d’autres pays, surtout quand ils se trouvent sur un autre continent, séparé de nous par l’Atlantique. Sauf que vu le nombre d’accords internationaux qui lient l’Europe et les Etats-Unis, l’élection présidentielle du 3 novembre nous concerne directement. Par exemple, lors de son mandat, Trump a décidé, entre autres, de se retirer de l’accord de Paris relatif au climat, ce qui a un impact sur la propagation des gaz à effets de serre qui ne restent pas confinés au dessus des States.

Sans compter que tout au long de sa présidence, les (ultra-)conservateurs ont gagné du terrain dans ce qui était encore il n’y a pas si longtemps le « leader of the free world », menaçant notamment le droit à l’avortement. À l’heure où certains pays européens, la Pologne en tête, durcissent les mesures et enlèvent aux femmes un droit chèrement acquis, quel impact sur les démocraties européennes si les States renversent Roe v. Wade et interdisent à nouveau l’avortement? Espérons que nous n’aurons jamais à le savoir.

L’élection présidentielle en pratique


Si plus de 93 millions d’électeurs avaient déjà voté de manière anticipée ce dimanche 1er novembre, dont des dizaines de millions par courrier interposé, contrairement à ce qui se passe en Europe, le nom du président ne sera pas connu dès ce mardi soir, les Américains votent non pas pour choisir un président mais bien pour la mise en place d’un collège électoral. La couleur du vainqueur, rouge ou bleu, devrait toutefois être connue.

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