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Bon enfant, la cérémonie du CEB? DR Flair Canva

Un prof torpille les cérémonies de remise de CEB

Kathleen Wuyard

Même sans être parent, vos réseaux sociaux ont probablement été remplis de photos de jeunes diplômés en toge et chapeau comme aux States. Sauf que les diplômés en question n’ont pas fini l’unif’ mais plutôt simplement obtenu leur CEB.

Un rite de passage, certes, mais comme celui de la fin de la maternelle: un prolongement logique du parcours scolaire obligatoire en Belgique. Sauf que désormais, le CEB, ou plutôt son obtention, est traitée avec autant de cérémonie que les remises de diplômes dans le supérieur. Mignon? Certains parents (et élèves) ravis vous répondront sans hésiter que « oui ». Mais ainsi que le dénonce Guillaume Grignard, enseignant et lui même en possession d’un doctorat en sciences politiques, donc plutôt calé niveau diplômes, le fait de célébrer de la sorte la remise du CEB ne rend pas forcément service à celles et ceux qui en bénéficient.

Bon enfant, la cérémonie du CEB?

Rebondissant sur un reportage de la RTBF montrant de jeunes élèves coiffés d’un chapeau semblable à celui porté par les étudiants diplômés en Master à l’université, il s’interroge: « est-ce qu’on se rend compte du délire et du chemin long et difficile qui attend cette génération? ». Et de souligner, ainsi que nombre de membres de la Gen Z et des précédentes se le sont probablement dit, que « c’est un diplôme normal, « de base », personne ne fêtait ça quand j’avais douze ans ». Et pour Guillaume Grignard, le fêter aujourd’hui envoie un dangereux message trompeur aux jeunes.

Il s’agit d’une formalité, d’un passage normal, on sacralise l’ordinaire (...) Leur envoyer le signal qu’il s’agit d’un travail exceptionnel fourni affaiblit leur véritable capacité à travailler dur et de manière approfondie » – Guillaume Grignard.

Et l’enseignant d’ajouter que dans le contexte actuel, il ne faut pas s’étonner des difficultés rencontrées plus tard dans le parcours scolaire... Un point de vue que partage également Bruno Humbeeck, psychologue spécialiste de l’enfance, qui critique lui aussi cette ritualisation très photogénique, certes, mais tout sauf nécessaire.

Mettre en scène des enfants qui ont réussi leur CEB comme on ritualise les proclamations universitaires en les affublant d’une toge et en les coiffant d’une toque académique, c’est un peu comme une façon de déplacer le carnaval en plein mois de juin. Cela peut être amusant mais c’est incontestablement absurde et cela contribue encore à ajouter de la confusion au sens que l’on donne à cette évaluation quand on en fait un instrument de filtrage anticipé ou de distinction précoce » – Bruno Humbeeck.

Et de s’interroger lui aussi: « quel sens peut-on, en effet, donner à l’idée d’habiller des enfants d’une douzaine d’années d’un costume associé à une réussite universitaire au sein d’une promotion qui attendait, par là, affirmer son prestige ? ». Revenant sur l’historique du port de la toge, qui vient, contrairement aux idées reçues, d’Europe médiévale et non des USA, il souligne encore qu’entre « affirmation du prestige de l’école, émancipation vis-à-vis d’une forme d’obéissance, changement de statut, reconnaissance de l’appartenance à une corporation... Rien de tout cela évidemment n’est en jeu dans la réussite d’un CEB puisqu’il n’est question que d’enfants transformés en élèves par la magie de l’école qui resteront des élèves au delà de la réussite (ou de l’échec) du CEB et n’accéderont même pas par leur entrée en école secondaire au statut d’étudiant ». Et de mettre en garde:

Confondre le statut d’élève avec celui d’étudiant, ce n’est pas qu’une question de cosmétique sémantique, c’est littéralement une manière de mettre en place les conditions d’un épouvantable flou pédagogique qui emmêle les techniques didactiques utilisées lors de l’enseignement secondaire avec celles dont on fait davantage l’économie en enseignement supérieur. Les enfants qui viennent de passer leur CEB ont encore besoin d’être considérés comme des élèves parce qu’ils ont évidemment toujours besoin d’adultes pour les accompagner dans leurs apprentissages et qu’il ne peut être question de les considérer comme capables d’apprendre systématiquement et complètement par leurs propres moyens ».

En conclusion, pour Bruno Humbeeck: « tout ce cérémonial carnavalesque associé à la réussite du CEB est un peu ridicule dans la forme qu’il prend. Cela pourrait juste prêter à sourire si l’épreuve certificative, dans la manière dont il est présenté, ne produisait pas à priori déjà autant de dégâts en générant dans la communauté éducative un stress inapproprié et surtout, maintenant que les résultats ont été donnés sous forme de statistiques inhumaines, auprès des 15% qui n’ont pas acquis le droit de se pavaner dans une toge, de lancer une toque et de participer à ce carnaval inapproprié ».

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