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© A woman looks on as she sits near children at a camp for Ethiopian refugees of the Qemant ethnic group in the village of Basinga in Basunda district of Sudan's eastern Gedaref region on August 10, 2021. (Photo by ASHRAF SHAZLY / AFP) (Photo by ASHRAF SHAZLY/AFP via Getty Images)

Amnesty International dénonce le viol des femmes comme arme de guerre en Ethiopie

Kathleen Wuyard

Dans l’Etat du Tigré, en Ethiopie, les combats font rage depuis l’automne dernier après que le premier ministre ait envoyé l’armée pour destituer les autorités régionales. Dans l’arsenal des troupes, des pratiques barbares dénoncées par Amnesty International: le viol et l’exaction de centaines de femmes et de jeunes filles.


À l’origine du conflit, la rébellion du Front de Libération du Peuple du Tigré (FLPT), désireux de mettre fin au système politique ethnocentré en vigueur en Ethiopie depuis les années 90 et devenu séparatiste suite aux élections de 2021. Après une offensive du FLPT contre des bases de la défense en novembre dernier, il a été décidé en urgence de suspendre les autorités de la région et d’y envoyer l’armée. Et c’est là que les exactions dénoncées par Amnesty International auraient commencé.

D’après un rapport glaçant publié ce mercredi, elles seraient des centaines de femmes et de jeunes filles à avoir subi des viols comme arme de guerre en Ethiopie. « Des militaires et des miliciens se sont livrés à des viols, des viols en réunion, de l’esclavage sexuel, des mutilations sexuelles et d’autres formes de torture, souvent accompagnés d’insultes à caractère ethnique et de menaces de mort, à l’encontre de femmes et de filles tigréennes » dénonce ainsi Amnesty International, qui s’est entretenue avec des professionnels de la santé mais aussi 63 victimes pour rédiger ce rapport.

Le viol comme arme de guerre en Ethiopie


Parmi celles-ci, Letay, 20 ans et originaire de Baaker, qui a indiqué à Amnesty International qu’elle avait été agressée à son domicile en novembre 2020 par des hommes armés qui s’exprimaient en amharique et portaient un mélange d’uniformes militaires et de vêtements civils.

Trois hommes sont arrivés dans la pièce. C’était le soir, il faisait déjà nuit […] Je n’ai pas crié ; ils m’ont fait comprendre par des gestes que je ne devais pas faire de bruit, sinon ils me tueraient. Ils m’ont violée l’un après l’autre […] J’étais enceinte de quatre mois ; je ne sais pas s’ils s’en sont rendu compte. Je ne sais pas s’ils se sont rendu compte que j’étais une personne » – Letay.


Selon Amnesty, l’hôpital d’Adigrat aurait recensé 376 cas de viol entre le début du conflit et le 9 juin dernier, des chiffres potentiellement bien en-deçà de la réalité, de nombreuses victimes ayant indiqué à Amnesty International qu’elles ne s’étaient pas rendues dans un centre de santé. Et ce, alors même que « les victimes continuent de souffrir de complications physiques et psychologiques. Beaucoup ont signalé des traumatismes physiques, tels que des saignements persistants, des maux de dos, l’incapacité de se mouvoir ou encore des fistules. Certaines sont porteuses du VIH depuis leur viol. Le manque de sommeil, l’anxiété et la détresse émotionnelle sont courants chez les victimes et les membres de leur famille ayant assisté aux violences ».

 

« À la souffrance et au traumatisme s’est ajouté le fait que les victimes n’ont pas bénéficié d’un soutien suffisant. Il faut qu’elles puissent accéder aux services dont elles ont besoin et auxquels elles ont droit – y compris les soins médicaux, notamment de santé mentale, un soutien aux moyens d’existence et une aide psychosociale – qui sont les aspects essentiels d’une intervention axée sur les victimes », a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International. L’organisation ayant d’ailleurs écrit au Premier ministre éthiopien, au procureur général de l’Éthiopie et à la ministre éthiopienne des Femmes, des Enfants et des Jeunes, ainsi qu’au ministre érythréen de l’Information et à un haut conseiller du président Isaias Afwerki, afin de recueillir leur réaction aux conclusions préliminaires de son enquête – et n’ayant reçu aucune réponse au moment de la publication du rapport.

Photos de femmes éthiopiennes dans un camp de réfugiés: Getty Images

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