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Pendant ce temps, le Liban meurt de faim (et on est tous concernés)

BEIRUT, LEBANON - 2016/03/06: An old lady is opening her shop in a refugee camp in the south of Beirut. Lebanon host over a million of refugees that had fled from the neighboring country seeking safety. In the refugee camps they face issues such as daily harassments, domestic violence, lack of sanitary assistance and education, food and water shortage and housing issues. (Photo by Susanna D'Aliesio/SOPA Images/LightRocket via Getty Images)

Pendant que la planète toute entière semble se déchirer sur le port obligatoire ou non du masque et que les vacanciers angoissent sur la couleur de leur destination (« déconné, on est passés de l’orange au rouge »), au Liban, une crise sans précédent se joue, dans une relative indifférence. Et pourtant, la situation du pays est un avertissement qu’il ne faudrait pas négliger.

« Cette crise, on ne l’a jamais vécue. Nous avons tous vécu la guerre ici. Même pendant la guerre, on n’a pas eu ça. On mangeait très bien, on buvait très bien. Entre guillemets, parce que c’était dur. Mais par rapport à maintenant, c’est impensable pour nous ce que le Liban vit » confie Paul Abou Naoum, prêtre de la paroisse maronite, à nos confrères de la RTBF. La crise à laquelle il fait référence? Connu il n’y a pas si longtemps encore comme « la Suisse du Moyen-Orient », le pays est au bord de l’effondrement complet, entre hyperinflation, effondrement de la monnaie locale, graves pénuries alimentaires et passage de la moitié des Libanais sous le seuil de la pauvreté. Ajoutez à ça la crise du Coronavirus, qui n’a évidemment pas épargné le Liban, et vous obtenez une situation catastrophique sans précédent.

Hors de contrôle

Tant et si bien que vendredi 10 juillet, la Haut-Commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, Michelle Bachelet, a tiré la sonnette d’alarme, mettant en garde contre une situation qui « devient rapidement hors de contrôle » et affirmant que certains Libanais risquent de mourir de faim. Depuis fin 2019, la livre libanaise a perdu 80% de sa valeur, les licenciements se sont multipliés et les comptes en banque des Libanais sont bloqués. Résultat: répondre aux besoins les plus élémentaires, comme se nourrir, devient extrêmement compliqué voire impossible.

Fin juin, une équipe de photographes de l’AFP avait ainsi immortalisé des Libanais posant devant leurs frigos vides pour dénoncer les pénuries dont ils sont victimes. Des clichés d’autant plus percutants qu’ils sont réalisés pour la plupart en clair obscur, la majorité des habitants du pays n’ayant plus l’électricité. Dans une tribune publiée dans les pages du Washington Post, le Premier ministre libanais, Hassane Diab, mettait lui aussi en garde contre la gravité de la situation actuelle au Liban.

De nombreux Libanais ont arrêté d’acheter de la viande, des fruits ou encore des légumes et pourraient bientôt rencontrer des difficultés à acheter du pain. Human Rights Watch et la Banque mondiale ont toutes deux prévenu que plus de la moitié des ménages libanais ne pourraient plus s’approvisionner en denrées alimentaires d’ici la fin de l’année ».

Et d’expliquer la position plus que préoccupante du pays par trois crises consécutives: « d’abord, et en raison d’une mauvaise gestion et d’une corruption qui remontent à des décennies, il y avait un dramatique manque d’investissement dans le secteur agricole », suivi d’une « crise économique et financière sans précédent qui mène le pays à faire défaut sur le paiement de sa dette extérieure » puis de la crise de la Covid-19.

« Aidez-nous à vous aider »

Et si le Liban est à des milliers de kilomètres de la Belgique et de ses préoccupations actuelles, il ne faudrait pas minimiser pour autant l’impact que la crise libanaise pourrait avoir sur l’Europe, ainsi que le rappelle encore Hassane Diab. « Les Etats-Unis et l’Union européenne doivent mettre en place un fonds d’urgence pour aider le Moyen-Orient et éviter une sévère crise alimentaire. À défaut de quoi, la famine pourrait déclencher une nouvelle vague d’émigration vers l’Europe et déstabiliser encore plus la région ». Appelé au chevet du pays en avril dernier, le Fonds Monétaire International (FMI), est bloqué dans des pourparlers qui semblent rester obstinément au point mort, le gouvernement refusant d’adopter les réformes réclamées par la population, poussant Jean-Yves Le Drian, à s’exclamer « Aidez-nous à vous aider, bon sang! ». En attendant, un refrain glaçant résonne dans les rues de Beyrouth, Tripoli, Saïda et ailleurs: « c’est la faim qui nous tuera, pas le Coronavirus ». Interviewé par le Telegraph, Martin Keulertz, assistant à l’université de Beyrouth, met en garde: pour lui, le pays se dirige droit vers une réplique de la famine de 1915, qui a emporté la moitié des habitants du pays en trois ans. Et de rappeler, lui aussi, l’importance pour l’Europe de ne pas fermer les yeux sur la crise libanaise: « cela coûtera bien moins cher de sauver notre pays que de permettre à un pays qui a rendu service aux européens en absorbant énormément de réfugiés de s’effondrer ».

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