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Heartstopper - DR Netflix

« ‘Heartstopper’ est la série dont j’aurais eu besoin en grandissant »

Kathleen Wuyard

Depuis sa sortie sur Netflix, « Heartstopper », une série chroniquant la passion secrète d’un adolescent, Charlie, pour son meilleur ami, suscite pléthore d’éloges en ligne. Touchante, tendre... mais aussi nécessaire.

Ainsi que le souligne Alexandre Lopez-Vela, chargé de communication pour la Fédération Prisme et auteur engagé (et très drôle) à ses heures perdues, « Heartstopper » est en effet bien plus qu’un simple divertissement: la série apporte à toute une génération une représentation qui a cruellement manqué aux ados qui découvraient leur sexualité (et leur homosexualité) au début des années 2000.

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« Au fil de ma vie (surtout durant mon enfance et mon adolescence), je n’ai jamais vraiment
connu de représentations positives de ma sexualité. Je ne me suis jamais retrouvé dans les
descriptions que les médias faisaient de l’homosexualité. Par conséquent, c’était assez
compliqué de trouver des référents ou des modèles qui me parlaient. Depuis quelques années, les représentations de la communauté LGBTQIA+ ne cessent d’augmenter dans les médias et je dois bien admettre que je suis ravi que cela se produise pour toutes ces personnes qui, comme moi à l’époque, cherchent à s’identifier aux personnes qui se trouvent dans leur écran.

Ceci étant dit, je ne m’attendais pas à être aussi ému et aussi impliqué dans ce teen drama que Netflix me proposait la semaine passée. De plus, je ne suis pas sûr que le millennial sur le déclin que
je suis soit le public cible de cette série à la base. En effet, « Heartstopper » est une série avec des adolescents et est conçue pour ce public. La série, basée sur les comics de l’autrice queer Alice Oseman (elle produit aussi la série), raconte l’histoire de Charlie Spring, un élève un peu geek, qui tombe amoureux d’un autre camarade de classe, Nick Nelson. Nick est la star de l’équipe de rubgy de l’école et semble complètement hétéro. Les deux jeunes garçons deviennent amis et tombent amoureux » résume Alexandre.

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La représentation ne s’arrête pas là, car la série met en scène un jeune couple d’adolescentes lesbiennes et une jeune fille de couleur transgenre, qui vient d’être transférée dans un lycée pour filles après avoir été harcelée pendant le début de sa transition. Cette représentation est importante, cela nous permet de nous identifier et d’être visibles ».

« Cela nous permet aussi de mettre des mots et des visages sur nos quotidiens. De raconter
notre histoire, mais aussi de parler des challenges et des difficultés que nous traversons lorsque l’on ne rentre pas dans la case “hétéro cisgenre”. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes, des millennials surtout, ont été éblouies et touchées par cette histoire » souligne encore le jeune Liégeois, pour qui il est important de rappeler que pour les personnes LGBTQIA+, le ressenti ne s’arrête toutefois pas là.

Cependant, je lisais aussi énormément que derrière ce sentiment de douceur, il y avait aussi un sentiment de deuil… le deuil de quelque chose qu’ils n’ont jamais connu… comme la reconnaissance de la part de leur entourage hétérosexuel, l’amour, ou la représentation dans les médias de leurs quotidiens. Grandir dans les années 90 et dans le début des années 2000, c’était accepter que nos quotidiens n’étaient que très rarement racontés dans les médias. Et s’ils l’étaient, nous étions bien souvent montré-es par d’énormes stéréotypes et préjugés ».

Des préjugés dont il a malheureusement été victime, comme nombre de ses pairs. « A l’école, je devais subir les moqueries de la plupart des mecs hétéros qui composaient mon école, et les réalités des personnes LGBTQIA+ n’étaient jamais abordées en classe. Lorsque je suis entré à l’université, à 18 ans, c’est là que j’ai fait mon coming out officiel, car j’avais l’impression que les personnes qui m’avaient harcelé à l’école n’auraient plus aucun pouvoir sur moi. De plus, ce qui était réellement effrayant et blessant pour moi dans l’adolescence, c’était cette sensation de solitude constante… car j’avais l’impression que personne n’était capable de comprendre ce qui se passait en moi. La représentation culturelle LGBTQIA+ était presque inexistante à ce moment-là, ce qui aggravait profondément ma solitude ».

Dans la culture populaire, on trouvait soit des caricatures unidimensionnelles (dé)sexualisées, soit des histoires de tragédie (avec des histoires qui nous parlent d’HIV/SIDA ou de personnes LGBTQIA+ qui ne trouvent jamais l’amour). Ce qui manquait, c’était des personnes homosexuelles qui vivaient pleinement et qui s’aimaient, trouvaient l’acceptation au sein des communautés dans lesquelles elles évoluaient, affrontaient des défis comme tout le monde et cherchaient à les surmonter. C’est pour cette raison que Heartstopper est si important ».

« Les jeunes LGBTQIA+ ont maintenant des séries et des films (pas encore assez si vous voulez mon humble avis) avec des personnages attachants qui font face à des difficultés, mais qui ont aussi la possibilité d’être heureux-euses. Cette série peut vraiment représenter une bouée de sauvetage pour tous ces jeunes. Ce qui est aussi assez réconfortant dans cette série, c’est la représentation de l’adolescence. Néanmoins, elle ne fait pas toujours l’unanimité auprès des personnes qui ont vu la série. Ces personnes qualifient « Heartstopper » de trop niaise ou de trop cucul. Je peux comprendre cette critique, car certains passages le sont. Je pense simplement que nous sommes tellement habitué-es à voir des teen shows ou des films avec des adolescent-es qui ont des comportements d’adultes que nous oublions ce que c’est d’être un vrai ado. Alors, je
ne dis pas que nous sommes tous et toutes niais-es pendant cette période nos vies.
Certain-es vont dans les excès très jeunes, et c’est ok. Malgré tout, pour beaucoup
l’adolescence, ce n’était pas la drogue, le sexe et l’alcool. Pour beaucoup, l’adolescence,
c’était les soirées bowlings, les cinémas entre ami-es, les milkshakes que l’on dégustait
ensemble, ou encore les couvres-feu. Je trouve cela tellement rafraichissant d’avoir cette image représentée dans une série Netflix, et qui colle bien plus à nos quotidiens d’ado » affirme encore Alexandre.

Je me demande si toutes les personnes impliquées dans cette série se rendent bien compte de l’impact de ce qu’elles ont créé. Elles ont offert un réconfort à ceux qui en ont souvent le plus besoin. Pas mal du tout… pour une série sur l’adolescence, le passage à l’âge adulte et l’amour. En tout cas, de mon côté, ça m’a donné envie de prendre la main à cet ado qui est encore en moi et de lui dire que tout finira par s’arranger ».

« J’aimerais pouvoir lui dire que les moqueries et les insultes prendront moins de place dans sa vie. J’aimerais pouvoir lui dire qu’il est parvenu à s’entourer de personnes bienveillantes qui aiment chaque facette de sa personnalité. J’aimerais lui dire qu’il connaîtra l’amour… sous toutes ses formes et qu’il
apprendra à grandir avec celles-ci. J’aimerais surtout lui dire qu’il trouvera quelqu’un qui
parviendra à l’aimer pour ce qu’il est et non pas pour ce qu’il prétend être. Oui… pas mal du tout pour une série qui parle d’adolescence, du passage à l’âge adulte et de l’amour ».

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