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Sexe après la grossesse - Getty

Le sexe après la grossesse: réinventer sa vie intime après bébé

Laurane

Entre les nuits trop courtes, les couches à changer et le quotidien bouleversé, la sexualité peut avoir des difficultés à retrouver une place au sein du couple après la grossesse. L’arrivée d’un enfant chamboule tout. Comment trouver un nouvel équilibre dans cette folle aventure? C’est le sujet du livre de Camille Bataillon, sexologue spécialisée en périnatalité, qui nous propose de réinventer notre vie intime après bébé.

Des ébats endiablés du début à l’envie de faire de Morphée notre seul amant, la sexualité trouve de moins en moins sa place dans la vie de couple quand on devient parent. La naissance d’un enfant engrange des changements sur plusieurs plans: physiologique, logistique, psychologique, relationnel et sexuel. Est-ce donc si étonnant de placer le sexe en dernier sur la to-do list? Pas vraiment.

Julie, 35 ans, maman depuis deux ans, ne comprend pas pourquoi sa libido s’est évanouie: « j’ai l’impression que mon désir a disparu. L’envie n’y est plus comme avant du tout. Mon accouchement a tout changé. Mes intérêts, ma tête, mon esprit sont complètement ailleurs. Mon cerveau est dédié à mon enfant. Pourtant, je m’étais promis de garder ma vie de femme, mais je me rends compte que c’est plus fort que moi. »

Une réalité à laquelle de nombreuses personnes confrontées, mais qui n’est pas immuable. La preuve, certaines relations continuent de fleurir et de s’épanouir même quand on a une famille nombreuse. Et si le secret était de réinventer sa vie intime plutôt que d’essayer de la retrouver? L’approche proposée par Camille Bataillon, sexologue, se veut douce et bienveillante.

« Je ne voulais pas l’appeler ‘retrouver sa vie intime après bébé’ parce que ça signifierait qu’on a perdu quelque chose et qu’il faut tout mettre en place pour revenir comme avant. Avec la grossesse et l’accouchement, le couple doit repenser son organisation, sa manière de fonctionner et de voir la sexualité. Réinventer, parce que c’est aussi à ce moment-là que la question de la sexualité va se poser. Les couples consultent souvent un·e sexologue pour la première fois après l’arrivée d’un premier enfant. Ils abordent une problématique sexuelle en la reliant à la grossesse, mais je remarque en consultation que le problème était souvent déjà présent avant. Cette période est donc un tremplin pour repenser la sexualité et ses fonctionnements . »

Et même dans le cas où la sexualité était déjà au beau fixe, il va sans dire qu’un accouchement et la présence d’un nouveau petit être dans le couple vont bouleverser le couple. Il y a donc des ajustements à faire. « Ce n’est pas figé, même si certaines choses changent, on peut y apporter des améliorations. Réinventer sa vie de couple se fait constamment, au quotidien, et en conscience. On peut voir ce moment comme une opportunité et non pas comme une contrainte. » Une démarche qui peut être très amusante, contrairement à l’idée qu’on s’en fait. La sexologue l’explique avec une belle métaphore: « le couple, c’est comme un potager. Il est plein de bons légumes, mais ils ne repoussent pas à l’infini si on n’y replante pas des graines de temps en temps. J’entends beaucoup de couples habitués à ce jardin bien garni qui confient avoir été y puiser tout ce qu’il y avait et puis s’étonner du fait que la spontanéité a disparu. Ils arrivent alors en consultation en disant qu’il n’y a plus de sexualité dans le couple, mais ils n’ont pas pris la peine de nourrir leur couple érotique avec des moments de tendresse et d’intimité. » Mais repenser sa vie intime commence d’abord par soi-même. En témoigne Julie, dédiée à son bébé, qui s’est délaissée petit à petit: « c’est certain que je fais passer mon compagnon après mon enfant, mais moi aussi, je passe bien plus tard. Je ne prends plus soin de moi et n’ai pas de moment pour moi. C’est très, très rare que je puisse me bichonner. »

LE BIEN-ÊTRE INTIME COMMENCE PAR SOI-MÊME

Avant même d’ajouter sur votre liste mentale qu’il faut prendre soin de votre couple (coucou la charge mentale!), et si vous preniez un peu de temps pour vous? Repenser la logistique débute par là; s’organiser au sein du couple pour que chaque parent ait un moment à lui. « C’est un apprentissage de pouvoir se penser en tant que parent, mais aussi en tant que femme, explique Camille Bataillon. Il passe par le fait de s’habituer à ce corps qui a changé, aux sensations qui sont différentes, à l’emploi du temps qui est bouleversé. Ces changements s’apprivoisent pas à pas. Avant même de penser la vie intime du couple, on peut investir sa vie intime avec soi-même, pour se reconnecter à soi. Souvent, les personnes me répondent qu’elles ont sauté cette étape-là pour se concentrer sur leur relation. Elles ne s’autorisent pas à le faire, ne parviennent pas à dégager du temps. On se rend compte pourtant que c’est une phase très importante, voire essentielle. » Parmi les pistes pour se réapproprier cette nouvelle image corporelle, Camille Bataillon propose la photographie, que ça soit à travers des selfies ou via la photothérapie. « J’observe aussi une certaine mise à distance après la grossesse. On préfère ne pas voir, ne pas toucher ce corps différent. Or, le toucher est thérapeutique et peut se faire très progressivement. Plus on s’expose à une zone du corps difficile à regarder, plus on s’y familiarise et donc plus on l’accepte ». Une étape compliquée mentalement, d’autant plus quand l’accouchement a laissé des séquelles et s’est révélé traumatisant. « En parler fait du bien, il ne faut pas hésiter à se faire aider. Un accompagnement en douceur permettra d’y aller à votre rythme et de déposer votre vécu sans jugement auprès d’un·e professionnel·le. »

LA SEXUALITÉ DE CÔTÉ, POURQUOI PAS?

De même que l’on prend parfois congé au boulot ou qu’on s’offre des vacances, on devrait pouvoir s’accorder une pause dans la sexualité sans culpabiliser. Une pause qui est d’ailleurs nécessaire (selon les indications données par les professionnel·les de la santé, et qui varient d’une personne à l’autre) mais qu’on peut volontairement prolonger. « Dans la temporalité d’un moment pour soi puis avec l’autre, il n’y a pas de temps défini ou de règles à suivre, ça dépend d’une personne à l’autre. La sexualité ne doit pas devenir une injonction. On remarque à travers les témoignages qu’un désintérêt pour la sexualité peut se manifester. En creusant un peu, ce sont surtout des personnes qui ne veulent plus de la même sexualité qu’avant la grossesse. Raison pour laquelle quand j’accompagne des couples, je leur propose de la repenser selon leurs désirs à ce moment-là. Généralement, il y a quand même des désirs et des envies, mais qui n’ont pas la possibilité de s’exprimer dans cette configuration-là. On a tendance à les éteindre. »

RÉINVESTIR SON COUPLE

Qu’a-t-on envie de mettre dans notre vie intime? Là encore, pas de recette miracle. La sexologue précise bien qu’elle pourrait donner des exemples généraux, mais que ce sont des choix très personnels et propres aux individus. « Les envies varient aussi selon le moment, rien n’est figé. Et le facteur temps prend beaucoup de place lors de la naissance d’un enfant. » Les parents sont épuisés, dédiés à leur progéniture et tentent de fonctionner au mieux pour que tout roule. « Repenser la logistique est l’une des premières choses dont on parle en consultation sexologique périnatalité. L’idée est d’analyser comment on peut planifier dans l’agenda des moments d’intimité. Encore une fois, ces moments dépendront de chaque membre du couple et de ce qu’ils ont envie d’y mettre. Mais il ne faut pas attendre d’avoir un créneau libre, il est préférable de dégager du temps pour soi et pour le couple en amont sinon le risque est de ne jamais en trouver. Là encore, le fait de se donner la permission va être capital. De nombreuses personnes trouvent cela extrêmement difficile. »

CHANGER DE CASQUETTE

Devenir parent demande de s’approprier une nouvelle posture qui implique de grandes responsabilités, à commencer par la vie d’un enfant. À l’image des figures religieuses, il n’est pas rare d’observer une difficulté à sortir de cette posture de madone pour s’autoriser à rester un être érotique et sexué. « Les mamans ne se voient plus que comme des mamans. La mère sacrée n’est plus un être érotique », explique la sexologue. Un phénomène qui n’est pas forcément genré, certains pères éprouvant également des difficultés à sortir de leur rôle de papa respectable avec des belles valeurs pour s’accorder un moment intime peut-être plus coquin. « Vis-à-vis de la femme, il y a une dualité entre ‘je suis femme sexuelle’ ou ‘je suis une mère sainte’. La mère, c’est sacré, on n’y touche pas. C’est une réflexion que les hommes peuvent tout aussi bien avoir, en référence à leur propre mère qui est aussi sacrée. Si je ne touche pas ma mère, je ne touche pas ‘la mère’. De même, de nombreuses personnes me confient en consultation qu’à la vue de leur partenaire, elles éprouvent des difficultés à l’érotiser. Il peut être difficile de trouver une flexibilité entre ces casquettes. Alors qu’on peut tout à fait être mère et avoir une sexualité épanouie, être père et amant. Cette conciliation entre les deux spectres peut se travailler pour y apporter plus de souplesse. Transformer son regard sur l’autre est possible, notamment en prévoyant des moments dédiés au couple, rien qu’à deux, sans enfant, pour sortir du rôle de parent et réinvestir la sphère conjugale érotique.

DE LA TENDRESSE ET DE L’INTIMITÉ

« La tendresse et la connexion corporelle peuvent être difficiles à relancer quand il n’y a plus eu de contacts pendant la grossesse par exemple, mais aussi si elles ne sont présentes que pendant la sexualité. Encore une fois beaucoup de couples ont le réflexe de passer de rien à tout en zappant les étapes intermédiaires », explique Camille Bataillon. Il n’est donc pas rare que l’un·e des partenaires se braque et évite la sexualité.

« Il est essentiel de mettre de la tendresse, du toucher dans le couple et dans l’intimité en dehors de la sexualité pour que la connexion émotionnelle et corporelle soit plus fluide pendant l’amour. Par contre, certains couples disent que la tendresse est très présente mais pas la sexualité. On revient alors aux casquettes expliquées précédemment, et le regard érotique qu’on pose sur notre partenaire. »

HOT DATE

Prendre le temps de se donner rendez-vous, de retrouver le plaisir de se préparer, de se bichonner en vue de passer un moment en amoureux·ses, voilà l’un des conseils donnés par Camille dans son livre. « Les rendez-vous font partie des choses qu’on peut planifier, justement dans cette idée de réinvestir la sphère conjugale du couple, de créer des moments, des rendez-vous amoureux avec une perspective d’érotisme, de contacts érotiques, de bien-être sensuel et pourquoi pas sexuel. C’est tout l’attrait des hot dates. » Ces moments rien qu’à vous vous permettent de changer de casquette dans un cadre qui invite à retrouver son couple, sans être un parent pendant un instant.


Réinventer sa vie intime après bébé
par Camille Bataillon, éd. Kiwi.

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