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Et si le changement climatique venait tout droit de Belgique?

December 2, 2018 - Brussels, Belgium : Demonstrators hold signs as they march in the main Brussels quarter during a ÕClaim the ClimateÕ march in Brussels, Sunday, Dec. 2, 2018. Demonstration takes place ahead of United Nations Climate Change Conference (COP24), in Katowice, Poland, from 03 December to 14 December. (Thierry Monasse/Polaris) © PHOTO NEWS / PICTURES NOT INCLUDED IN THE CONTRACTS ! only BELGIUM ! *** local caption *** 06382663

En 2018, la Belgique compte un peu plus d’onze millions d’habitants, une paille à l’échelle des 7.5 milliards de la population mondiale. Sauf que l’union fait la force, et que ce dimanche, l’élan populaire dans les rues de Bruxelles a envoyé un message très fort: le changement, c’est ici, maintenant. De là à croire que la Belgique pourrait donner l’exemple au reste de la planète, il n’y a qu’un pas, que la marche pour le climat donne très envie de franchir.

Malgré la météo maussade et la torpeur inhérente au dimanche, ils étaient pas moins de 65 000 à s’être réunis dans les rues de la capitale ce 2 décembre. Des manifestants de tous les âges et de tous les milieux sociaux, unis par un objectif des plus importants: exiger du gouvernement belge qu’il tienne ses promesses. En effet, ainsi que le souligne Nicolas Van Nuffel, le président de la Coalition Climat, « depuis 2014, les émissions de CO2 ont augmenté en Belgique suite à un manque de volonté politique et de coopération. Il est temps de passer à la vitesse supérieure, de plus en plus de personnes font entendre ce message ». 65 000 personnes, en l’occurence, ce dimanche, auxquelles s’ajoutent les 40 440 citoyens réunis au sein d’une ASBL pour porter plainte contre l’Etat belge.

Lancée le 1er décembre 2014, L’Affaire Climat a envoyé une mise en demeure à la Région flamande, la Région wallonne, la Région de Bruxelles-Capitale et l’Etat fédéral en exigeant qu’ils respectent leurs engagements – à savoir la réduction, d’ici 2020, de 40% des émissions de gaz à effet de serre en Belgique par rapport à celles émises en 1990. Après 3 ans de retards judiciaires, la Région flamande ayant utilisé tous les recours possibles pour que le procès se tienne en néerlandais et en français, les débats ont été lancés et l’ASBL attend que le jugement soit prononcé, et s’il lui est favorable, que les autorités belges s’engagent par écrit à prendre toutes les mesures nécessaires pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre de 40% d’ici à 2020 et d’au moins 80% d’ici à 2050.

Nous demandons à nos gouvernements de tenir leurs promesses. Ils ne l’ont pas fait jusqu’à présent, et les écosystèmes, vous, moi, nos enfants et petits-enfants sommes en danger. En tant que société, nous devons envisager un avenir sans énergies fossiles, à la fois comme étant le défi de notre siècle et un horizon d’opportunités.

Un combat qui galvanise la population belge, puisqu’ils sont près de 40 500 à avoir signé la procuration en ligne disponible sur le site internet de L’Affaire Climat. Ce dimanche, en marge du lancement de la 24e Conférence des Nations Unies sur le Changement Climatique à Katowice, en Pologne, 65 000 personnes sont quant à elles descendues dans les rues de la capitale belge pour exiger du gouvernement une politique climatique plus ambitieuse au niveau national, mais aussi international, avec un réchauffement limité à maximum 1.5 degrés comme l’exige l’accord de Paris. Parce que l’union fait la force, les Belges en savent quelque chose, et si les efforts individuels ont évidemment toute leur importance, un ménage zéro déchets ou l’installation d’un nichoir à insectes ne font pas le poids face à des mesures gouvernementales qui ne placent pas le changement climatique au coeur des préoccupations.

Les meilleurs slogans du rassemblement pour le climat à Bruxelles

La goutte qui fait déborder le vase

Ainsi que le proclamait très justement un des nombreux panneaux brandis à Bruxelles ce dimanche, « quitte à être une goutte, autant être celle qui fait déborder le vase ». Or pour les citoyens belges, la coupe (remplie notamment par la fonte des glaces et la montée des océans) est pleine, et le moment pour agir est maintenant. Cri de ralliement?

Le climat n’attend pas.

Et pourtant, en Belgique, un plan national pour le climat se fait attendre depuis 2012, et avec lui, une stratégie inclusive à court et à long terme pour avoir un impact de taille sur le plan (inter)national. Car la Belgique est notamment une des régions du monde les plus polluées en dioxyde d’azote, tellement, qu’on le voit depuis l’espace. En cause, la densité du trafic routier belge, et le grand nombre de voitures roulant au diesel. Selon un rapport publié en 2017 par le Climate Change Performance Index, la Belgique a l’honneur funeste d’être le 32e pays le plus polluant au monde, et ce, alors même qu’elle n’arrive que 78e au rang des pays les plus peuplés au monde. Un statu quo honteux, que de plus en plus de citoyens, la coalition Climate Express en tête, sont déterminés à inverser.

Le climat change et nous le sentons tous. Dans nos villes nous étouffons à cause de l’air sale, chaque année nous dépensons des millions d’euros pour dédommager les agriculteurs pour les dégâts causés par la sécheresse et cet été a battu le record en terme de chaleur.

Un record qui fait peur, en témoignent les panneaux brandis dans la capitale ce 2 décembre, dont un, glaçant, porté par un enfant: « quand je serai grand, je voudrais être vivant ». Et pour ce faire, plus question de demander du changement poliment, il est temps d’exiger. Les félicitations du Premier Ministre suite au rassemblement de dimanche? « On le remercie, mais ce n’est pas ce qu’on attend d’un Premier ministre, rappelle Nicolas Van Nuffel, président de la Coalition Climat. Ce qu’on attend, c’est que maintenant il réunisse les ministres-présidents des régions et que la Belgique rejoigne la liste des pays, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Allemagne… tous les pays qui nous entourent et qui disent qu’on doit respecter l’accord de Paris et qu’on doit rester sous 1,5 degrés de réchauffement ». L’excuse de la ministre fédérale de l’Environnement Marie Christine Marghem, qui accuse la Flandre de freiner systématiquement les ambitions climatiques du Sud du pays? Inacceptable, d’autant que la Flandre vient de ratifier un plan climat à l’horizon 2035. Pour Jean-Marc Nollet, le nouveau co-président d’Ecolo, « dans un pays normal, avec un gouvernement normal, face au succès d’une telle mobilisation citoyenne, le gouvernement devrait recevoir les organisateurs, modifier son agenda et revoir fondamentalement ses choix« . Et s’il en profite pour tacler le gouvernement MR-N-VA au passage, nous, on a envie d’y croire.

Parce que l’importance du rassemblement populaire de ce dimanche a envoyé un message percutant, et pas seulement aux dirigeants. Fini, de s’autoriser à sourire d’un air gentiment moqueur en se convaincant que l’écologie, les engagements climatiques, ce n’est jamais qu’un truc de baba cool et de rêveurs utopiques. Les dizaines milliers de visages de la marche ont montré que le changement climatique était l’affaire de tout un chacun et qu’il était grand temps de relever ses manches. Si la marche a l’effet escompté, et que le gouvernement belge prend des engagements, il y aura de quoi se réjouir, et espérer que l’exemple fasse tache d’huile. Mais déjà là, l’heure est aux réjouissances, parce que chaque personne venue marcher ce dimanche a donné l’exemple, et rappelé aux Belges que chacun d’entre eux était acteur du changement. L’union fait la force, proclame notre devise. Et si en 2018, l’union faisait le changement climatique? Les rassemblements de Mai 68 ont modifié en profondeur la société, l’élan populaire du printemps arabe a permis de renverser des régimes tyranniques… En reliant la Gare du Nord au Cinquantenaire, le rassemblement de ce dimanche a mis en marche une ère de changement. Fini, d’attendre des mesures de la part des gouvernement, il faut les exiger. Parce que le réchauffement climatique n’attend pas, lui.

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