Home Lifestyle Société Au Québec, #MeToo fait tomber les célébrités locales de leur piédestal

Au Québec, #MeToo fait tomber les célébrités locales de leur piédestal

PARIS, FRANCE - 02/14/2019: Actress, host and Quebec television columnist, Maripier Morin poses during a portrait session in Paris, France on 02/14/2019. (Photo by Eric Fougere/Corbis via Getty Images)

Alors que la tempête #MeToo semble s’être abattue sur le reste de la planète il y a déjà belle lurette, au Québec, une nouvelle vague de dénonciations a déclenché des remous dans les hautes sphères du pouvoir, et mis à mal l’image de nombreuses célébrités locales.

De ce côté de l’Atlantique, le nom de Maripier Morin est relativement inconnu, mais au Québec, l’actrice et animatrice aux plus de 550 000 abonnés sur Instagram est une véritable star. Révélée en 2006 par “Occupation Double”, une téléréalité visant à former un couple parmi de nombreux candidats, la native de Rivière-du-Loup, bourgade paisible de 29 000 habitants, se fait rapidement remarquer pour sa plastique impeccable mais aussi pour son caractère drôle et piquant. Très vite, la jeune femme multiplie les apparitions à la télévision avant d’enchaîner les contrats pour ses propres émissions et de se retrouver à la tête d’un véritable empire médiatique ainsi que d’une légion de fans dévoués, Maripier faisant partie des personnalités les plus appréciées du Québec. Jusqu’à ce qu’une série d’accusations sur Instagram ne vienne tout chambouler.

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Dans une série de posts, la chanteuse canadienne Safia Nolin accuse en effet Maripier de l’avoir agressée sexuellement en 2018 dans un bar de Montréal. Confiant traverser à l’époque un chagrin d’amour et être psychologiquement fragile, la jeune femme relate des flatteries qui tournent rapidement aux remarques prédatrices, type “je vais te mettre dans une cage et te nourrir”, accompagnées d’attouchement. Un comportement qui n’est pas moins dangereux ou dérangeant parce qu’il est le fait d’une femme et non d’un homme, ainsi que le témoignage de Safia le rappelle.

C’est pas parce que la personne est une femme que c’est pas du harcèlement sexuel”.

Dès la publication des accusations de Safia Nolin, Maripier Morin avait publié des excuses publiques sur son compte Instagram, avant de diffuser un communiqué aux médias dans lequel elle faisait son mea culpa.

“Je ne cherche pas à excuser mes gestes et mes paroles, je cherche plutôt à comprendre et, surtout, à trouver l’aide dont j’ai besoin”, expliquait-t-elle. Et de confier entamer une thérapie “avec des professionnels de la santé qui sauront m’aider” dans la foulée. Des excuses publiques qui n’ont pas convaincu puisque la jeune femme a non seulement vu ses émissions retirées des ondes mais a aussi perdu la majorité de ses contrats publicitaires et autres engagements publics dans la foulée. Et elle n’est pas la seule pour qui ces derniers jours ont été mouvementés.

“Mutisme ridicule”

Sur WordPress, “Dis Son Nom” diffuse ainsi une liste d’abuseurs et abuseurs potentiels, rassemblant des centaines de noms à l’heure d’écrire ces lignes, dont celui de Maripier Morin, donc, mais aussi du comédien Martin Thibodeau, l’entraîneur sportif Alec Vanier, l’humoriste et animateur Dave Gaudet ou encore le chanteur Bernard Adamus, inconnu au bataillon ici mais véritable star là-bas, et tombé en même temps que le président de sa maison de disques, Eli Bissonnette, accusé d’avoir fermé les yeux sur les agissements du chanteur. Qui a pour sa part, lui aussi, choisi de présenter des excuses publiques plutôt que de nier les faits.

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Affirmant que son mutisme serait “ridicule voire même de très mauvaise foi”, il admet avoir “créé un monstre” et concède que ses excuses “ne changeront rien aux faits”. Comme pour Maripier, ses excuses publiques ne l’auront toutefois pas empêché de subir des conséquences professionnelles, le chanteur ayant été remercié par sa maison de disques. Une situation qui suscite la colère dans les commentaires de sa publication d’excuses, un Instagrammeur interpellant ainsi les détracteurs de Bernard Adamus:

Mon Dieu !! Regardez-vous le nombril avant de lancer des roches aux autres… À tous ceux qui lui crachent des commentaires, vous autres, vous êtes aussi clean que le Pape… Il a fait des excuses publiques maintenant foutez lui la paix et laissez-le…”.

Trois petits tours d’excuses puis les accusations s’en vont? Si la rhétorique peut sembler simpliste, passée la première vague d’accusations, nombreuses sont les voix à s’élever pour défendre les personnalités accusées, ou du moins, regretter la violence dont elles sont aujourd’hui victimes.

La présomption d’innocence en question

Dans un billet d’opinion rédigé pour “Le Journal de Montréal” en réponse à la disgrâce de Maripier Morin, Sophie Durocher se demande ainsi s’il est bien nécessaire de “tuer une mouche avec un bazooka”.

Mais pourquoi dépouiller Maripier Morin jusqu’au dernier souffle ? À quel moment dira-t-on : « C’est assez, maintenant tu as été suffisamment flagellée, excommuniée » ? (…) Pourquoi  a-t-on remplacé notre système de justice par des procès expéditifs, sans preuve, sans jugement, mais avec une sentence exemplaire ?”

Une question qui fâche, du Québec aux States en passant par la France, où la question de la présomption d’innocence est sur toutes les lèvres depuis la récente nomination au poste de ministre de l’Intérieur de Gérald Darmanin, actuellement sous le chef d’une plainte pour viol. Au Québec, l’auteure engagée Martine Delvaux a ainsi publié sur Facebook qu’il est temps “qu’on arrête de brandir la présomption d’innocence. Que les dénoncés, plutôt, fassent la preuve qu’ils ne l’ont pas fait”, tandis que “Dis Son Nom” affirme sa volonté de ne donner “aucune information sur le contexte de pourquoi les personnes sont sur la liste. Nous nous fions aux témoignages des personnes survivantes”. Libérer la parole des un.e.s au mépris de la présomption d’innocence des autres? À la suite de la déferlante #MeToo qui a bousculé la région, la question fait des remous au Québec. Et alors que les détracteurs se déchaînent, en ligne, une pétition intitulée “Justice pour Maripier Morin” et réclamant le retour de l’animatrice sur les ondes a déjà recueilli plus de 75 000 signatures, “sachant que Maripier Morin n’a pas été condamnée ou poursuivie en justice et que l’erreur est humaine”.

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