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« Rupture(s) »: 6 choses que le livre de Claire Marin nous a apprises sur les séparations

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Dans son livre « Rupture(s) », la philosophe Claire Marin revient sur le sujet si douloureux et si commun qu’est la rupture, pour tenter de comprendre si les séparations nous façonnent plus qu’elles ne nous détruisent, sans pour autant en donner la réponse.

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Les ruptures font partie de la vie

« Notre vie n’est faite que de ruptures ». Ce sont les mots qui introduisent le livre de Claire Marin. Selon l’auteure — et l’idée est super intéressante — nous serions la somme des différentes ruptures vécues au cours de notre vie. Les séparations, les flagrantes, les latentes, nous feraient devenir la personne que nous sommes aujourd’hui. Nous ne quitterions pas l’autre, pour « devenir nous-même », comme on en a parfois l’impression, mais simplement pour devenir la personne qui nous sommes à un moment X. Ce qui nous amène au second point…

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Une rupture ne nous rend pas nécessairement plus fort

C’est sans doute ce qui est le moins agréable à lire. Là où l’idée qu’une séparation nous apprend des choses peut agir comme remède à la tristesse, Claire Marin nous offre une approche bien moins bisounours: « parfois, nous n’apprenons rien d’un échec ». Selon l’auteure, il existe une illusion dans le fait de penser qu’une rupture nous révèle à nous-même. Car ce « soi » n’existe peut-être pas. Pour l’auteure, nous serions composés d’identités multiples qui se révéleraient au fur et à mesure des ruptures. Et nous devrions apprendre à nous réjouir de cette personnalité en patchwork.  « Parfois, on demande à la rupture une certaine forme de magie qui est complètement illusoire » expliquait-elle au journal Libération. « On aimerait y voir l’occasion d’une vie neuve, d’une page blanche, de donner une valeur rétrospective à un échec en le transformant en savoir, en richesse, en expérience » écrit-elle. « Et l’échec n’est souvent rien d’autre que lui-même, pauvre, décevant, un pur raté ». Et c’est avec cette idée de destinée qu’il faut apprendre à vivre. Ça fait mal, oui, mais on applaudit l’honnêteté de la philosophe, qui vient contrebalancer avec les pensées bienveillantes et si simplistes de pas mal de bouquins de développement personnel.

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Mais il faut parfois rompre pour « se sauver »

Paradoxalement, Claire Marin nous explique qu’une séparation peut aussi être un moyen de « fuir et sauver sa peau, se sauver en rompant avec ce qui menace ou empêche d’exister.  Cela peut être les autres, mais aussi parfois moi-même ce qui me censure, me bride. » Claire Marin approuve l’idée que rompre permet parfois de révéler la personne que l’on veut être, « pour exister en premier personne ». Elle est parfois la seule solution pour assumer son identité dans tout ce qu’elle peut avoir de dérangeant, de décevant aussi. « Faire le pari d’un devenir autre, dont les conditions d’émergence exigent rupture ». Parfois donc, souvent sans doute, la rupture serait salutaire, même si ce n’est pas un automatisme. Ouf! Et en plus de ça, notre façon de vivre une séparation peut aussi nous en apprendre sur nous-même, nous révéler une force qui nous donnerait confiance en nous et en la vie.

La personne quittée découvre souvent sa puissance de résistance. Ce qu’elle supporte dit quelque chose de sa force ».

Mais il faut parfois rompre pour « se sauver »

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La rupture est universelle

On ne peut que conseiller la lecture de « Rupture(s) » à ceux qui en vivent une, car sa lecture est réconfortante! Pourquoi? Parce qu’elle montre que non, vous n’êtes pas seule à souffrir. Tous les humains traversent une expérience de deuil au moins une fois dans leur vie et cette expérience rassemble des sentiments identiques. La philosophe met des mots sur ce sentiment si particulier qui peut dévorer des nuits entières.

Les liens avec les autres et le monde qui nous environnent ne sont jamais si sensibles qu’au moment où nous les perdons, plus exactement au moment où nous sommes arrachés à ceux qui comptent pour nous (…), à une vie commune qui s’est inscrite en nous, qui s’est incarné. Ton corps absent au réveil, ta voix qui ne répond plus, mais aussi la maison détruite, le ciel sans éclat. Cet enfant, cette maison-cocon nous manquent comme on a faim ou soif. La violence du manque empêche de dormir, de manger, de travailler, de vivre, puisque la vie s’est interrompue, brisée ».

On n’aurait pas mieux dit.

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Il ne faut pas minimiser les ruptures

Dans son livre, Claire Marin définit la rupture comme un cataclysme intérieur. Un point de non-retour qui viendrait nous modifier en profondeur, nous reconfigurer. Si la société la considère de plus en plus comme banale (notamment due à l’augmentation du nombre de divorces ces dernières années), une rupture n’en est pas moins un véritable déchirement. N’en déplaisent à ceux qui sortent à tout-va des « Ça arrive à tout le monde », « Moi aussi, je suis passé par là. On s’en remet toujours ». L’auteure, loin de minimiser la souffrance, met même l’accent sur le caractère physique de la souffrance. « Se retrouver soudain dans une maison vide, où il n’y a plus de voix, plus de corps, ne plus être touché, enlacé, embrassé… C’est comme ne plus être nourri” écrit-elle dans Libération, alors qu’elle fait le parallèle avec la sensation d’un membre amputé dans son bouquin.

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Une rupture n’est pas nécessairement physique

Ce qui est intéressant aussi dans « Rupture(s) », c’est que Claire Marin évoque la rupture au sens large d’où le pluriel du titre (rupture(s)). Une rupture peut s’installer progressivement, jusqu’à atteindre un point de non-rupture, comme lorsqu’on décide, avec les années, de ne plus se sentir obligé d’aimer un parent, de se détourner de ce besoin primaire d’amour enfant-parent, pour se libérer d’une relation toxique. « La rupture n’est pas nécessairement visible, fracassante » écrit-elle. « Elle se fait parfois sans changement flagrant, mais à travers des décisions intérieures, des orientations nouvelles, dans l’abandon de certains pans de l’existence, qui cessent d’être vivants. Des êtres, des modes d’être fanent, sans explication. » Elle aborde aussi la rupture que suppose la maladie, lorsqu’on voit un être cher se détourner de lui-même, et se détourner ainsi de nous, comme c’est le cas avec la maladie d’Alzheimer, par exemple.

Rupture(s), Claire Marin, Ed. de l’Observatoire, Paris, mars 2019

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