Home Lifestyle Société Harcelé par l’extrême-droite, Netflix supprime « Mignonnes », un film sur une jeune danseuse

Harcelé par l’extrême-droite, Netflix supprime « Mignonnes », un film sur une jeune danseuse

Réalisé par Maïmouna Doucouré, le film français « Mignonnes », qui dénonce l’hyper-sexualisation des fillettes en suivant le quotidien d’Amy, une jeune danseuse de 11 ans, écartelée entre sa famille sénégalaise croyante et très traditionnelle et sa passion pour la danse ainsi que sa bande de copines. Un joli teen movie qui a été supprimé du catalogue Netflix suite à une polémique aux Etats-Unis.

Si Google affiche toujours en premier dans sa recherche la page de « Mignonnes » sur Netflix, et tease même un début de description (« Quand la jeune Amy découvre un groupe de danseuses aussi intrépides que fascinantes, elle commence … »), cliquer sur le lien pour en apprendre plus sur le long-métrage de Maïmouna Doucouré n’apporte que déception, et un message d’erreur: « Désolé, nous n’avons pas trouvé cette page. Un vaste choix de programmes vous attend sur notre page d’accueil ». Simple souci technique? Plutôt la dernière victime en date de la cancel culture, le film ayant déchaîné les passions outre-Atlantique et suscité une campagne de dénigrement de la part des puritains et de l’extrême-droite américaine. En cause? L’affiche du film, jugée indécente et « appât pour pédophiles ».

« Mignonnes », QAnon et les théories du complot

C’est que pour faire la promotion du film aux Etats-Unis, Netflix a choisi en photo d’affiche une scène plus susceptible de parler au public américain, montrant les fillettes en tenue de danse et en position, à la façon des concours de Mini Miss qui cartonnent outre-Atlantique. Un pari qui n’aura pas payé puisque très vite, la twittosphère s’empare de l’image et accuse Netflix d’encourager la pédophilie et le traffic sexuel des enfants. Un scénario catastrophe qui gagne de l’ampleur en attirant l’attention de QAnon, une conspiration toujours plus populaire aux Etats-Unis qui veut que toutes les élites démocrates du pays (les Clinton, notamment, accusés de participer à un réseau de pédophilie lié à une pizzeria, mais aussi Netflix, donc) soient des pédophiles en puissance dont seul Donald Trump peut purger l’Amérique. Une théorie du complot que l’affiche de « Mignonnes » a ravivée, noyant Twitter sous un flot de #CancelNetflix que la plateforme de streaming a visiblement pris très au sérieux puisqu’elle a retiré le film incriminé de son catalogue. Et ce alors même que l’hyper-sexualisation des fillettes est dénoncée par Maïmouna Doucouré dans son long-métrage.

Qu’importe: face à l’opprobre populaire, et aux plus de 80.000 signataires de la pétition demandant le retrait du film de la plateforme, nombre d’entre eux ayant également inondé les réseaux de screenshots de l’annulation de leur abonnement, #cancelledNetflix à l’appui, le géant du streaming s’est exécuté. Et tant pis si lors de sa présentation à Sundance, « Mignonnes » a raflé le prix de la meilleure réalisation, s’attirant les éloges de la critique mais aussi du public, qui lui a décerné le score plus qu’honorable de 85% sur Rotten Tomatoes, où il est décrit comme « une plongée réfléchie dans l’entre-deux entre l’enfance et l’adolescence ». Dans une tribune relayée par la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, une vingtaine de réalisateurs internationaux de renom, parmi lesquels on retrouve notamment les frères Dardenne, dénoncent ce qu’ils qualifient d’attaques “infondées, caricaturales et ignobles”.

Cette campagne d’une violence inouïe, qui a valu des menaces de mort à la réalisatrice, est portée par des sénateurs républicains et par des réseaux ultra-conservateurs qui utilisent et manipulent ce film dans un but politique et dans le cadre de la campagne présidentielle américaine. Il faut le dire clairement. La polémique ainsi organisée contre ce film a un nom, qui jalonne malheureusement l’histoire du cinéma : la censure ! »

Et les signataires de la tribune de rappeler que « faire taire les créateurs, cacher les images qu’on ne voudrait pas voir, faire interdire des films : ce sont là autant de dérives que nous voudrions voir appartenir au passé mais qui restent encore une réalité ». Si de son côté Maïmouna Doucouré est restée relativement discrète sur la polémique qui entoure « Mignonnes », la tentative de censure dont a été victime son long-métrage aura eu l’effet de créer un buzz médiatique énorme autour de ce que la Société des auteurs et compositeurs dramatiques qualifie de « film puissant ».

Sachant qu’au coeur de la polémique se trouve le choix de Netflix de remplacer l’affiche originale, joyeuse et enfantine, par un poster montrant des gamines dans des postures de grande, reste à savoir aussi quelle responsabilité la plateforme de streaming est prête à prendre pour les insultes et menaces qui ont déferlé sur Maïmouna Doucouré. Dans un entretien accordé au média américain « Dateline », cette dernière confie d’abord n’avoir pas bien compris la polémique, parce qu’elle n’avait pas vu l’affiche choisie par Netflix. Ted Sarandos, le co-PDG de la plateforme lui aurait passé un coup de téléphone pour lui présenter ses excuses au nom du géant du streaming, reconnaissant, trop tard malheureusement, que les visuels n’étaient « pas représentatifs » du travail de la réalisatrice. Too little too late? Pas forcément: soulignant avoir reçu un « soutien extraordinaire » de la part du gouvernement français, Maïmouna Doucouré a également confié que des discussions étaient en cours pour utiliser « Mignonnes » comme support pédagogique dans l’Hexagone. Un joli pied-de-nez aux ignorants qui ont jugé son travail sans l’avoir vu.

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