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Quand le confinement devient synonyme de rencontres amoureuses

Manon de Meersman


Dans son livre intitulé « Amitié », Francesco Alberoni disait: « Chaque rencontre représente un risque, l’enjeu est de le surmonter ». Et si en période de confinement, l’amour continuait-il d’agir, enveloppant notre être d’agréables papillons dans le ventre, entremêlant à la fois peur et excitation?



Notre être a beau être confiné, notre coeur, lui, ne l’est pas. L’amour ne laisse pas le choix. On ne choisit pas de qui on tombe amoureux, pour qui on développe des sentiments ou à qui on s’attache. On dit souvent que les rencontres les plus belles sont celles auxquelles on ne s’attend pas. Celles qui nous tombent dessus et qui nous étourdissent en quelques battements de cils. Ce confinement a été le signe de changements pour bon nombre de couples. S’il a donné du fil à retordre à certains, il a aussi permis à une série d’entre eux de renforcer le lien amoureux qui existait déjà, mais qui avait peut-être cessé de briller. Il a également été l’occasion pour plusieurs personnes de se laisser aller au gré de leurs envies, de réfléchir à leur situation amoureuse, voire d’oser enfin ouvrir leur coeur. En cette période de confinement, Dorine, Emma, Rémi et Maxime ont chacun vécu des histoires différentes. Mais de ces histoires se dégage malgré tout un point commun: l’arrivée d’une nouvelle personne dans leur vie, empruntant tantôt les traits du flirt, tantôt du grand amour.

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Une rencontre inattendue


« Il y avait cette fille, Elo, avec qui je parlais depuis presque un an par message et que je n’avais jamais vue. Et depuis quelques mois, elle me faisait des allusions sur le fait que je lui plaisais... Sauf que j’étais en couple à ce moment-là. », raconte Dorine. « Une semaine après le confinement, j’ai décidé de quitter ma copine. Elle ne me correspondait pas et après six mois de relation, je ne développais pas de sentiments. Je me suis retrouvée seule avec mon esprit, en plein confinement. Évidemment, je continuais à parler avec Elo. Et parce que le confinement, ça rapproche, on a échangé de plus en plus. À tel point qu’on a fini par se dire: ‘Il est peut-être temps qu’on se voit, non?' », poursuit-elle.

Rémi, de son côté, a matché avec une fille sur Tinder avant le début du confinement. « Je ne l’avais jamais rencontrée avant. On parlait un peu, mais pas tant que ça », explique-t-il. « Le soir avant le confinement, elle m’envoie un message comme quoi elle va être seule dans son appartement pour 1 mois et qu’elle a peur de vraiment mal le vivre, et qu’elle voudrait dormir chez moi la durée du confinement », poursuit-il. « À ce moment-là, ma colocataire avait déjà ramené un ami à moi à l’appartement et voulait faire le confinement avec lui et donc j’accepte sa proposition pour plusieurs raisons: tout d’abord, un culot pareil, on ne peut pas y mettre un gros « stop ». Ensuite je n’avais pas envie de la laisser en galère, et enfin, je devais le reconnaître: elle me plaisait bien et passer le confinement à 4 ne me laisserait pas seul avec les deux tourtereaux vivant sous le même toit que moi », explique-t-il.

En plein confinement, Tinder a également mis son petit grain de sel dans la vie de Maxime. En plein confinement, il rencontre quelqu’un sur cette application de rencontre. « Le 17 avril, j’ai matché avec une nana. Dès le départ, je lui pose la fameuse question du pourquoi elle m’a swipé à droite. Sa réponse me plaît: elle a vu que j’aimais la photographie et a remarqué que nous avions les mêmes préférences en matière de musique », explique-t-il. « Au fil des discussions, on se rend compte qu’on a vraiment pas mal de points communs, que ce soit au niveau cinéma ou lecture. On a aussi rigolé car sa grand-mère habite en réalité à 200m de chez ma mère, ce qui fait qu’elle connait des gens avec qui j’étais ami en primaires », poursuit-il.

« Après trois semaines de discussion par écran interposé, malgré le confinement, l’envie de se voir se faisait de plus en plus forte. On a donc décidé de se programmer un rendez-vous », raconte Maxime.


Emma avait choisi 2020 comme étant l’année de la découverte du monde. Sac à dos sur les épaules, elle s’était envolée il y a quelques mois pour s’en mettre plein les mirettes à l’autre bout de la planète. Mais l’épidémie de Coronavirus est venu mettre un terme à sa soif d’exploration de la Terre. Lorsque l’annonce du confinement est tombée, pour des raisons de sécurité, elle n’a eu d’autres choix que de rentrer en Belgique. Désireuse de se rendre utile, elle a décidé de commencer un boulot en tant que volontaire. « Je n’avais pas de job et j’ai commencé à faire du volontariat dans une ferme via WorkAway, en-dehors de Bruxelles », raconte-t-elle. Mais cela, c’était sans savoir qu’elle allait faire une rencontre fortuite au cours de son volontariat.

Là-bas, il y avait une autre personne qui avait déjà fait du WorkAway auparavant. C’était un autre volontaire. Au fut et à mesure de récoltes et de papotages le long des champs, quelque chose s’est déclenché ».


explique Emma.

Confinement et sentiment, comme un parfum d’oxymore


« Dans une précédente conversation, qui datait déjà d’il y a quelques mois, Elo m’avait dit que je lui plaisais. ‘Tu es belle. Tu es drôle. Tu es intelligente. Tu es mature. Le genre de fille qui me correspond... Mais je préfère qu’on soit amies, plutôt que de prendre le risque de casser ce qu’on a en allant plus loin’, m’avait-elle écrit », raconte Dorine. « Étant assez naïve et lui accordant une confiance sans pareille, je m’étais fiée à ses propos, tentant de ne rien m’imaginer avec elle. Mais en avril, avec le confinement, j’ai repensé à ses mots et j’en ai parlé à des collègues qui m’ont dit que ça crevait les yeux: Elo attendait peut-être plus... C’est là que j’ai définitivement compris qu’il y avait quelque chose à creuser. Lorsqu’elle a alors réagi à l’une de mes stories Instagram en me proposant de se voir, j’ai foncé. On était le 16 avril, soit en plein confinement », explique Dorine. Et Dieu sait à quel point la situation est délicate. En plein confinement, rencontrer quelqu’un que l’on n’a jamais vu avant se dessine comme une tâche bien plus complexe qu’en temps normal. Il faut redoubler de créativité et surtout, rester prudent et respecter au maximum les gestes barrières.

« Le 9 mai signait enfin le jour de la rencontre avec cette fille avec qui je parlais depuis trois semaines », raconte Maxime.


Pour garder la distanciation obligatoire, je lui ai proposé qu’on fasse un tour de la ville et que l’on s’emmène chacun, dans un périmètre délimité, dans des endroits où on se sent bien et qui nous plaisent. »

explique Maxime. « On s’est posés sur un banc, on a discuté et il ne s’est rien passé, Coronavirus oblige » conclut Maxime. De son côté, lorsqu’elle a vu Elo la première fois, Dorine n’a pas non plus échappé à la sécurité, peut-être malgré elle et ses envies. « Quand on s’est vues la première fois, Elo est restée assez distante, comme si elle fuyait ma présence. Il ne s’est rien passé et je me suis dit, un peu déçue, que je ne pensais pas que quelque chose soit possible. Et puis en fait, quand je suis rentrée chez moi, j’ai reçu un message de sa part où elle me proposait une soirée films. Cela m’a rassurée dans le fait que je m’étais peut-être un peu précipitée dans mes ressentis », explique Dorine. « On s’est revues juste à deux et elle semblait plus à l’aise, davantage présente. Je suis de nouveau repartie sans qu’il se soit passé quoi que ce soit, mais cette fois, l’envie était malgré tout trop forte: je l’ai prise dans mes bras avant de partir, non pas sans un « Ah bah bravo la distanciation sociale » de sa part… », raconte Dorine, le sourire dans la voix. « Malgré tout, j’ai senti qu’à son tour, elle me serrait fort dans ses bras aussi ».

De son côté, Rémi explique que la fille qu’il a rencontré sur Tinder quelques jours auparavant débarque alors chez lui le jour du début du confinement. « Elle arrive toute gênée à l’appart, stressée de dormir chez quelqu’un qu’elle ne connaît pas et de devoir squatter », explique-t-il. « Elle semble assez discrète de nature, donc on a fait comme si nous étions sur une relation amicale. On a passé plusieurs jours dans la colocation sans qu’il y ait de relation ambigüe entre elle et moi. Après ça, on a fait plusieurs soirées à quatre dont une où, pour la petite anecdote marrante: on a projeté des vidéos de concert au mur avec le rétro-projecteur, pour avoir l’impression qu’on avait des gens avec nous pour s’amuser » explique-t-il. « C’est à la fin de cette soirée qu’on a fini par s’embrasser », conclut alors Rémi. Après plusieurs semaines de travail à la ferme, Emma a également laissé son coeur parler pour elle, non pas sans calculer les risques avant malgré tout. « Je vais là-bas quatre jours par semaine, donc je le vois assez régulièrement. Là-bas, à la campagne, le confinement est plus relax. Vu qu’on travaille toute la journée ensemble, que lui ne sort pas du tout, et que moi je fais juste les allers/retours sur Bruxelles pour venir travailler, on était assez « safe » niveau Corona. Et on s’est embrassés », explique-t-elle.


Une situation à la saveur particulière


« Après notre rendez-vous, on est chacun rentrés chez soi et depuis, on continue de discuter ensemble », explique Maxime. « Pour la suite, on verra. On a prévu de se revoir, mais je n’ai aucune idée de comment ça va se passer… », avoue-t-il, curieux de connaître ce que l’avenir lui réserve quant à cette rencontre arrivée en plein confinement. Emma soulève également une interrogation sur la suite de son histoire avec le garçon rencontré lors de son volontariat à la ferme. « Il part dans une autre ferme en juin ou juillet, en Pologne, s’il peut passer les frontières », explique-t-elle, laissant les papillons s’envoler pour de nouveaux horizons.

Pour Rémi, ce confinement se dessine comme une situation terriblement spéciale aussi. « On s’est embrassés assez tardivement, on avait eu jusque-là une relation plus ‘copain-copain' », explique-t-il, tout en précisant que durant les deux mois de confinement, tout se passe à merveille. » On est sur la même longueur d’ondes, pas de prises de tête. On est deux couples dans l’appart, tout se passe au mieux entre chacun », raconte-t-il.

Au final, les deux mois se passent et elle finit par chercher en même temps un appartement. On lui en trouve un et on déménage ses affaires. Trois, quatre jours après, elle emménage alors dans son nouveau chez elle. »


détaille Rémi. Un déménagement qui change littéralement la relation qu’il entretenait avec elle durant le confinement. « On continue à se parler, en étant un peu plus distants, car quand même, deux mois ensemble, ça a été intense », précise-t-il, avouant que « ça a été un rapprochement presque forcé, un peu artificiel, qui n’était pas déplaisant, mais pas naturel, car il n’y avait pas de recul sur la relation », explique Rémi. « Avec le fait fait qu’elle ait déménagé, le processus de réflexion à propos de notre relation se met seulement en place maintenant. Chaque relation est particulière et là, cette situation a fait que forcément, celle-ci était spéciale », conclut-t-il. La situation a également été particulière pour Dorine qui n’a pas pu s’empêcher de voir et revoir Elo, « jusqu’au jour elle m’a embrassée et que c’est allé plus loin », explique-t-elle. « Depuis, on est devenues super proches. Ça fait peur car depuis deux ans, je n’avais plus ressenti ça pour personne. Là, je sens que c’est différent. On ne se lâche plus. Elle m’a déjà dit être amoureuse. Et ça, c’est trop beau », conclut Dorine.

La rencontre amoureuse à l’ère du confinement a une saveur particulière, flirtant entre l’interdit et l’incontrôlable. L’excitation et l’impromptu. Le désir et le défendu. Tentant de canaliser nos sentiments et nos ressentis, cette rencontre laisse parfois les étoiles s’échapper des boîtes à musique que l’on tentait de cacher dans nos tiroirs secrets. Elle ouvre alors la porte à la magie de la découverte de l’autre, sans que nous puissions y faire quoi que ce soit. « À chaque rencontre, une nouvelle histoire s’écrit. C’est là que réside le plus étonnant mystère de l’aventure humaine », résumait parfaitement le psychiatre Édouard Zarifian. Et ça, finalement, ça vaut aussi en période de confinement!



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