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Pourquoi le premier amour marque-t-il autant une vie?

Manon de Meersman

Empreint d’innocence, d’intensité, de passion, de découvertes, de légèreté et d’émoi, le premier amour marque certaines personnes pour le reste de leur vie. Comment expliquer qu’il soit aussi important? Quel bagage émotionnel apporte-t-il? Comment parvenir à s’en défaire? Céline Delfosse, Docteure en Psychologie et Coach nous éclaire sur le sujet en nous apportant des réponses à ces questions.

Zoé se souvient de son premier amour comme si c’était hier. « J’ai vécu une relation de 5 ans avec un garçon. C’était mon premier amoureux et je l’ai aimé comme jamais je n’ai aimé personne d’autre. Ou du moins, c’était un amour différent. » Zoé avait 15 ans lorsqu’elle a rencontré son premier amour. 17 ans plus tard, elle s’en souvient encore à la perfection. « Je n’ai jamais perdu le contact avec lui et ce, malgré les relations qui ont pu construire ma personne après lui. Il a fait de moi un bout de celle que je suis aujourd’hui et je sais que je ne pourrai jamais l’oublier. Il compte et comptera toujours pour moi. »

Pour Céline Delfosse, comme l’illustrent les propos de Zoé, le premier amour se vit le plus souvent à l’adolescence, marquant la fin de l’enfance et le début de la vie d’adulte. « C’est une étape importante dans l’autonomie que l’on prend vis-à-vis de nos parents » précise-t-elle avant d’ajouter que « dans la plupart des cas, il participe à la construction d’une bonne estime de soi et à notre maturation psychologique. Beaucoup de personnes en gardent un doux souvenir…

Non seulement au fil du temps on a en effet tendance à ne se rappeler que du meilleur. Mais en plus ici il y a une réelle magie inhérente à cette première rencontre amoureuse : l’intensité des sensations et des émotions décuplées par leur nouveauté, et par les bouleversements hormonaux qui se produisent à cette période de la vie »,

explique-t-elle. Malgré tout, le premier amour peut laisser une trace plus douloureuse. « C’est souvent une première expérience de rupture, qui réactive nos blessures de rejet et d’abandon. C’est aussi l’expérience pénible du manque de l’autre. Cela peut être douloureux au point de pousser la personne à se créer de premières barrières de défense afin de ne plus revivre une telle peine. »

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Découvrir de nouvelles facettes de sa personne

Zoé se remémore ses débuts avec son premier amour. « J’avais des papillons dans le ventre et je ne savais pas expliquer d’où ça venait, ni pourquoi. Puis j’ai compris que c’était l’amour et que j’étais amoureuse. J’avais le coeur qui battait la chamade dès que j’avais rendez-vous avec lui, j’avais le souffle court dès qu’il me tenait la main ou m’embrassait et j’avais le sourire aux lèvres dès que j’avais un message de lui. Je découvrais ces sensations d’excitation pour la première fois et j’avais la tête remplie de mille nouvelles émotions. » Et si le premier amour procure autant de sensations, c’est parce qu’il marque le début de notre vie sentimentale. « Il devient une référence, un point de comparaison, ajoute même Céline Delfosse. Il nous permet de découvrir des facettes inconnues de notre personnalité, mais aussi de nous découvrir au sens propre, c’est-à-dire de goûter à l’intimité partagée. »

Mais si le premier amour semble magnifique au premier abord, il peut également recéler des faces cachées, moins agréables que la magie des premières fois. « Cette rencontre nous confronte aussi à des craintes en lien avec nos attentes affectives de base : le besoin d’attention ou encore le besoin de reconnaissance, précise Céline Delfosse. Elle peut aussi faire émerger des peurs, dont celle de ne pas être assez bien pour l’autre, de perdre l’autre. Chez les garçons, cela se traduit surtout par la peur de ne pas savoir y faire. Et chez les filles, par la peur de décevoir. En cela, c’est une expérience de vie qui participe à notre maturation psychologique, en nous aidant notamment à apprendre à gérer nos émotions. » Et si, dans ce cadre émotionnel, le premier amour était destiné à ne jamais être oublié, justement parce qu’il a participé à nous construire? « En réalité, nous serions plus nombreux à nous souvenir de notre premier amour qu’à l’avoir oublié, explique Céline Delfosse. Selon une étude britannique, 6 personnes sur 10 pensent encore souvent à leur premier amour et 4 sur 10 auraient même conservé des sentiments. Ne pas oublier serait donc la norme. Et ce n’est pas étonnant », poursuit la Docteure en Psychologie.

Le premier amour est souvent marquant parce qu’il nous fait découvrir des ressentis intenses d’amour, de peur, de jalousie. Or plus nous vivons quelque chose de fort émotionnellement, plus notre mémoire s’en rappelle »,

précise-t-elle. « Par ailleurs, le premier amour c’est aussi le souvenir de notre jeunesse marquée par la liberté et l’insouciance… C’est aussi le souvenir d’une relation spontanée et authentique, ce que l’on peut avoir tendance à perdre au fil de nos différentes relations », ajoute-t-elle.

En effet, il faut le reconnaître: le premier amour s’aventure sur un terrain vierge, dépourvu de jauges basées sur des bonnes ou mauvaises expériences amoureuses. Avant lui, sentimentalement et amoureusement parlant, il n’y avait rien, tout était à construire. Il est celui qui met la machine en route, déclenchant à la fois des questionnements et des schémas de pensée nouveaux. Car après le premier amour, le tableau n’est plus aussi blanc et se voit éclaboussé de quelques coups de marqueurs indélébiles. Au plus on avance, au plus nos rencontres et relations se multiplient et au plus notre bagage émotionnel devient chargé. « Quand on fait l’expérience de la tromperie, d’un lien destructeur, on en garde des blessures, et on en développe des défenses. Et grader blessures nous pousse à développer certaines défenses, affectant au passage la qualité de nos relations futures et le bonheur que l’on peut en retirer. Au plus on avance, plus des défenses se créent, mais au plus nous pouvons aussi avoir tendance à nous barricader, à protéger notre cœur. Il s’agit là d’autant d’éléments propices à éveiller un brin de nostalgie quant à notre premier amour », conclut sur ce point Céline Delfosse.

Quand je repense à mon premier amour, j’y vois beaucoup de naïveté en fait. Et ça me manque parfois. Car aujourd’hui, j’ai vécu des déceptions amoureuses qui m’ont fait énormément de mal. Certes, ça m’a fait grandir, mais ça m’a aussi changée. Je n’ouvre plus mon coeur de la même manière. Or, ces questions-là, je ne me les posais pas avec mon premier amour car tout n’était que découverte. » – Zoé

Mon premier amour est-il mon âme soeur?

Le premier amour est empreint de nouveauté et surtout, d’intensité et de magie. En cela, il est parfois difficile de détacher le premier amour de l’idée qu’il est définitivement notre âme soeur. « Cette conception est en lien avec l’intensité et la beauté de ce qu’on peut vivre avec le premier amour, explique Céline Delfosse.

On associe la beauté de ce que l’on vit au fait que c’est incroyable car on n’a pas de comparatif, car on n’a pas l’impression qu’on pourrait vivre mieux. C’est l’idée que si cet amour est si fort et si beau, c’est que c’est forcément la personne est faite pour nous »,

On associe l’intensité au fait qu’on ne peut vivre mieux, alors que cette intensité, en réalité, est liée à la nouveauté et à notre adolescence qui fait que nous sommes plus émotifs qu’à un autre moment. Il y a comme une erreur d’attribution. » Zoé confie à ce propos avoir longtemps douté de ses sentiments dans les relations qui ont suivi sa rupture avec son premier amour. « J’avais l’impression que personne n’était aussi bien que lui. Ceux avec qui j’étais après avait beau faire ce qu’ils voulaient, une fois la passion des premières semaines envolée, je me lassais et les comparais à mon ex. J’ai fini par comprendre, après avoir été trompée par l’un de mes ex, que ça ne tenait qu’à moi de me laisser aller en laissant tomber mes attentes, qui appartenaient finalement au ‘moi’ ado d’il y a des années. Cela n’excuse pas la tromperie dont j’ai été victime – j’en garde de grosses séquelles – mais ça m’a fait prendre conscience des blessures qui pouvaient venir s’ajouter en couches par-dessus le vécu amoureux depuis mon premier amour. Cependant, malgré cette prise de conscience, mon premier amour reste au creux de moi et de mes pensées, là-dessus, je ne sais pas agir. »

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Mais comment dès lors parvenir à se défaire de son premier amour? Car, si ce dernier a largement de quoi nous marquer, force est de constater que nous avons également tendance à n’en retenir que le meilleur. Or, il sera difficile de le nier, en tant que première, la rupture qui suit la relation avec notre premier amour peut être très douloureuse. Dans ce cadre, la personne a souvent l’impression que retrouver quelqu’un avec qui ça collera aussi bien sera mission impossible. « Pour nous aider à nous en défaire, il s’agit de prendre conscience que notre premier amour n’est peut-être pas notre âme sœur. Il s’agit de comprendre que l’attachement et le manque éventuel que l’on ressent est avant tout lié à ce que cette personne apportait dans notre vie, par exemple des moments magiques partagés, plutôt qu’à cette personne en tant que telle, explique Céline Delfosse. En même temps, si prendre de la distance est précieux afin de ne pas rester dans quelque chose de souffrant et pouvoir aller de l’avant, il faut reconnaître que dans certains cas, le premier amour peut jouer les prolongations, nuance-t-elle malgré tout. C’est ce que je constate auprès de ces hommes et de ces femmes que je reçois parfois en consultation et qui, après avoir été des adolescents amoureux, et avoir construit leur vie chacun de leur côté, se retrouvent ensuite sur le tard et ont ce bonheur particulier de vivre la suite de leur histoire. »

Pour Céline Delfosse, le premier amour est incontestablement idéalisé par le contexte de nouveauté qui gravite autour. En revanche, comme le prouvent les histoires de ces hommes et de ces femmes qui ont retrouvé leur premier amour après des années de vie, « il faut aussi reconnaître que le premier amour peut être le vrai amour et que l’on a rencontré du premier coup la personne avec qui on a une réelle comptabilité. Alors certes, par des circonstances particulières, il peut y avoir rupture avec son premier amour. Mais la vie faisant, et chacun construisant une histoire de son côté, on finit par ne pas retrouver ce qui il y avait dans notre premier amour dans les relations qui suivent. Et parfois, oui, le premier amour est le bon amour.

Un autre facteur peut également jouer: c’est qu’après avoir vécu tout un morceau de vie en mode métro-boulot-dodo, il y a cette envie de goûter et d’aspirer à nouveau à quelque chose de magique, sentiment indescriptible que l’on associe à son premier amour, même si l’époque n’est plus la même. »

Apprendre à vivre sans l’ombre de son premier amour derrière soi

Pour apprendre à se défaire de l’image de son premier amour, capable de dicter nos attentes et de susciter des comparaisons qui n’ont pas lieu d’être, Céline Delfosse invite tout un chacun à revenir dans la réalité. « Si la personne a l’impression d’avoir encore des sentiments pour lui ou pour elle, il s’agit de conscientiser que cette personne a probablement changé, tout comme elle d’ailleurs. J’invite la personne à se recentrer sur elle et ses besoins : qu’est-ce qui me manque de cette personne et de cette histoire ? Par exemple les moments de complicité partagés. Et de voir comment elle pourrait mettre davantage de ces ingrédients dans sa relation actuelle ou future, conseille-t-elle. Pour une personne qui est dans la culpabilité d’avoir rompu, et d’avoir fait souffrir l’autre, il s’agit d’apprendre à l’apprivoiser plutôt qu’étouffer cette culpabilité. Quel est le message que m’envoie cette émotion? Quel enseignement est-ce que je peux en retirer ? Qu’est-ce que je ferai différemment dans ma prochaine relation ? J’invite la personne à écrire une lettre d’excuse à l’ex qu’elle craint d’avoir blessé, et d’y ajouter ses bonnes résolutions… sans l’envoyer. »

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