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Témoignage: « Je souffre tant de ne pas pouvoir être père »

Kelly Sikkema @ Unsplash
Kelly Sikkema @ Unsplash

Face à leur impossibilité à devenir pères, certains hommes connaissent une souffrance comparable à celle des femmes. C’est le cas de Ben, 32 ans, dont la compagne ne peut pas avoir d’enfant, à cause d’une ménopause précoce.

”Ma femme et moi sommes ensemble depuis 4 ans. Deux ans après notre rencontre, nous nous sommes mariés. À ce stade, il y a trois ans, nous envisagions de fonder une famille. C’était un peu la suite logique. Jamais nous n’avions imaginé que cela pouvait être difficile pour certains. Mais très vite, nous avons découvert que ma femme souffrait d’une anomalie congénitale. Sa production d’ovules était plus basse que la normale. On nous a expliqué que sans une aide médicale, il nous serait difficile de devenir parents.

Tout à coup, notre désir de fonder une famille s’est transformé en une course contre la montre. Ma femme a commencé un traitement hormonal, suivi d’une insémination artificielle.

Après trois essais infructueux, les médecins ont décidé de passer au stade suivant: une FIV (fécondation in vitro). Ce traitement est tout sauf anodin. À chaque visite à l’hôpital, nous étions habités par la même angoisse. Et lorsqu’on nous annonçait que le traitement n’avait pas fonctionné, nous rentrions chez nous le cœur lourd.

Abandonner tout espoir

Ma femme vivait un enfer, le traitement hormonal avait des effets secondaires très pénibles. Sans parler du stress que nous vivions l’un et l’autre. Au bout d’un an, nous étions tellement épuisés que ma femme a voulu tout arrêter. À l’hôpital, les médecins nous ont dit qu’il était préférable que nous renoncions à notre désir de devenir parents. J’avais du mal à accepter cette idée. Nous avons voulu obtenir l’avis d’un autre médecin. Et donc nouvel hôpital, nouveau traitement. L’idée de passer par le don d’ovules ou d’autres options pour voir notre rêve se réaliser était très difficile à accepter. Sur le plan psychologique, nous avons traversé des moments très pénibles. Pour garder les pieds sur terre, nous avons décidé de nous faire épauler par un psy.

Une vie sans enfant

Au début, face à notre problème, nous nous sentions vraiment très seuls. Nous avions la sensation d’être le seul couple à qui la nature refusait ce cadeau. Une vie sans enfant, j’avoue qu’à ce moment-là de ma vie, j’avais de la peine à me l’imaginer.

Aujourd’hui, après tout le chemin parcouru, je sais que je peux être heureux dans une vie de couple sans qu’un bébé soit le moteur de mon bonheur. Notre relation est assez forte pour cela. Notre épanouissement ne passe pas forcément par un enfant.

Mais j’avoue qu’au fond de moi, je ressentirai toujours un manque. Pendant plusieurs années, nous avons participé à des groupes de discussions à ce sujet. Nous y avons évoqué la possibilité du don d’ovules, de l’adoption ou encore d’une mère porteuse. Mais tous ces choix restent difficiles. Nous avons donc opté pour l’attitude qui, dans notre cas, est la plus réaliste: profiter des avantages que peut offrir une vie sans enfant. Je mentirais en vous disant que c’est facile. Ces dernières années, ma femme est tombée deux fois enceinte. Ses grossesses se sont malheureusement terminées prématurément après quelques semaines seulement. Nous étions à bout de nerfs et de force.

Retrouver le positif

Pendant nos vacances, nous avons pris la décision d’arrêter tous les traitements. Il le fallait. Je pense que nous étions vraiment allés trop loin. Depuis que nous avons fait ce choix, nous arrivons à nouveau à voir les choses sous un angle positif. Et paradoxalement, la tentation de nous relancer dans un nouveau traitement est grande. Il faut dire qu’au quotidien, nous sommes entourés de bébés et d’enfants.

Lorsque je vois autour de moi des pères en train de jouer avec leurs enfants ou que je vis, moi-même, des moments de complicité avec mon propre père, j’encaisse le coup.

Comme, dernièrement, lors d’un barbecue en famille. Lorsque je me suis retrouvé avec mon père autour du feu, j’ai réalisé que je ne connaitrais peut-être jamais ce bonheur moi-même, avec un enfant. Aujourd’hui, nous disposons encore de deux embryons congelés, résultant de nos démarches FIV. Je pense que nous tenterons encore notre chance. Nous n’excluons pas non plus de nous tourner vers d’autres solutions, dont l’adoption. Pour l’instant, nous laissons l’avenir venir à nous sans faire trop de plans précis. La différence avec avant, c’est que nous savons qu’une vie sans enfant est envisageable…”

La société a-t-elle tendance à minimiser la souffrance des hommes qui ne peuvent pas devenir pères?

L. Godderis, professeur à l’université de Louvain et fondatrice d’un réseau d’experts spécialisés dans cette thématique: ”Chez les couples qui sont confrontés à l’infertilité de l’un ou l’autre des partenaires et qui se lancent dans un traitement, c’est souvent la femme qui est au premier plan. C’est elle qui subit le traitement et vers qui l’attention se tourne.

Si les hommes vivent cette situation d’une tout autre manière, ils souffrent eux aussi. Tout comme leur partenaire, ils éprouvent du chagrin. La déception n’est pas moins grande du côté masculin.

Des études ont montré que lorsque c’est l’homme qui est infertile, il est davantage touché par le traitement que sa compagne. Sa virilité est mise à rude épreuve. La vie sexuelle du couple s’instrumentalise au point de créer de réelles tensions entre les partenaires. Certains couples parviennent à se soutenir mutuellement. Il arrive même que cette épreuve les rapproche et améliore leur vie sexuelle. Les couples qui éprouvent des difficultés à exprimer leur chagrin vont avoir du mal à gérer cette situation. Les femmes ont tendance à réagir de manière plus émotionnelle, alors que les hommes adoptent une attitude plus ‘terre à terre’.

Une souffrance partagée

Leur recherche de solutions pratiques est perçue comme une preuve de force et de courage. Les proches du couple minimisent souvent la tristesse de l’homme. S’il est vrai qu’il ne va peut-être pas autant que sa femme regretter de ne pas pouvoir mettre un enfant au monde, il va davantage souffrir à l’idée de ne pas avoir la possibilité d’élever son enfant. Ce qui lui manque, c’est de pouvoir transmettre ses connaissances et ses valeurs. Son ressenti est encore peu pris en compte. Pourtant la décision de faire un enfant est le fruit d’une réflexion commune, et la tristesse découlant du fait de ne pas pouvoir devenir parent est, elle aussi, partagée.

Texte: Jill De Bont et Marie Honnay

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