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Témoignage: « Je vis illégalement en Belgique »

Nik Macmillan @Unsplash
Nik Macmillan @Unsplash

Camilla, 27 ans, habite en Belgique depuis 2010. Elle a grandi en Afghanistan et a vécu plusieurs années en Iran. Elle est mariée et a deux enfants de 2 et 4 ans.  Elle a quitté son pays d’origine parce qu’elle rêvait d’une vie meilleure chez nous. Depuis, cette jeune femme, qui n’a toujours pas ses papiers, vit dans l’angoisse permanente d’être renvoyées chez elle.

J’ai grandi en Afghanistan dans la pauvreté extrême. Certains jours, nous n’avions pas à manger. Dans mon village, nous n’allions ni à l’école, ni chez le docteur. Encore moins chez le dentiste! Si j’avais mal à une dent, je devais me l’arracher. Quand on tombait malade, on espérait guérir vite. Un bébé qui naissait avec de la fièvre n’avait quasiment aucune chance de survivre.

« Tout ce qui comptait pour ma famille, c’était de pouvoir travailler. Alors on fabriquait des tapis qu’on espérait pouvoir vendre ensuite à l’usine. Comme si nos conditions de vie n’étaient déjà pas assez difficiles, nous avons ensuite subi les conséquences de la guerre pendant deux ans. En Afghanistan, les musulmans se divisent en deux groupes: les chiites et les sunnites. Moi, je fais partie des chiites, le groupe minoritaire, cible privilégiée des talibans. Nous n’étions en sécurité nulle part. Petite fille, on me racontait les histoires de chiites exécutés par des terroristes. Il y a trois ans, j’ai appris que mon cousin s’était fait décapiter par des talibans à cause de ses croyances. Il était dans un bus quand ils l’ont traîné de force pour le tuer. Là-bas, la peur ne me quittait jamais. Heureusement, j’ai pu fuir.

Mariage forcé

A 15 ans, mes parents m’ont obligé à me marier avec un homme, choisi par leurs soins, que je ne connaissais pas. J’étais contre, j’étais trop jeune mais je n’ai pas pu m’y opposer. Chez nous les femmes n’ont aucun droit et, si elles ne coopèrent pas, on les bat. Après notre mariage, mon mari et moi sommes partis nous installer en Iran. Notre vie y a été plus douce que dans les montagnes afghanes même si nous ne nous y sentions pas les bienvenus. Si nous avions eu des enfants à l’époque, ils auraient dû aller à l’école afghane pour ne surtout pas se mélanger aux enfants iraniens. Là-bas, nous n’étions pas respectés, nous n’avions pas de papiers et l’on nous confiait uniquement du travail dégradant. Le boulot humiliant et dévalorisant que les Iraniens ne voulaient pas accomplir eux-mêmes. Contrairement à ce que l’on pense parfois à tort, la discrimination existe aussi entre peuples musulmans.

Pour la deuxième fois de ma courte vie, j’ai donc pris la fuite avec l’espoir de pouvoir un jour offrir à mes enfants un futur et une vie plus belle que celle que j’avais connue jusqu’à présent.

Du soutien en Belgique

En 2010, je me suis installée en Belgique avec mon mari. Dans un premier temps, nous avons vécu dans un centre d’accueil pour demandeurs d’asile où nous avons pu suivre des cours de français. Le CPAS nous a ensuite trouvé un logement dans un petit village où les gens nous ont accueilli chaleureusement. Quelques semaines plus tard, nous apprenions par courrier que notre demande d’asile avait été rejetée. Nous avons décidé d’intenter un recours contre cette décision malgré les frais exorbitants que nous coûte cette procédure. Notre dernier avocat nous a déjà coûté 1200€ et les factures ne cessent d’augmenter. Je ne sais pas combien de temps encore nous allons pouvoir tenir le coup financièrement. Nous travaillons tous les deux mais ne gagnons pas assez bien notre vie que pour épargner autant d’argent. Mon homme travaille à l’usine et moi comme femme de ménage. Dès qu’on en a l’occasion, on aide bénévolement les gens de notre quartier dans leurs projets respectifs. J’ai même rejoint le groupe des mamans du voisinage! On essaye de s’intégrer du mieux qu’on peut.

Fière qu’ils aillent à l’école

En parallèle, j’ai suivi des cours du soir, dispensés par des bénévoles, pour améliorer mon français. J’ai aussi appris à lire, à écrire et à travailler sur un ordinateur. Avec mon mari, on s’est fait des petites fiches mnémotechniques et on révise ensemble à la maison… quand nous ne sommes pas plongés dans des livres. Je réalise à quel point l’éducation est importante. Quand notre fille aînée est entrée à l’école, nous avons pleuré. J’étais si fière qu’elle ait accès à l’enseignement. L’école, c’est la promesse de lendemains plus beaux. Quand je suis arrivée en Belgique, j’ai décidé d’enlever ma burqa et mon voile. Je n’obligerai jamais mes filles à les porter. Elles pourront se marier avec l’homme qu’elles aiment. Qu’importe qu’il soit Belge ou Afghan, tant qu’elles sont heureuses.

La pauvreté et la guerre

Je n’ai plus jamais revu mes parents. Mes deux frères aînés et ma sœur sont toujours en Afghanistan. Mon petit-frère, lui, vit dans une famille d’accueil en Allemagne. Chaque année, ils s’arrangent pour qu’il puisse venir me rendre visite quelques jours en Belgique. Ma famille me manque énormément. Mais, rentrer dans mon pays? Honnêtement, je préfèrerais plutôt mourir.

Mes enfants parlent uniquement le français et quand je m’exprime en perse, ils me le reprochent (rires). Ici, en Belgique, j’ai enfin goûté au bonheur même si nous vivons perpétuellement dans l’angoisse d’être renvoyés dans notre pays d’origine. Pour mon mari, c’est d’autant plus difficile. Il se sent responsable de notre famille et, à chaque fois qu’on refuse de nous donner nos papiers, il a l’impression d’avoir échoué. Il a le sentiment de ne pas avoir réussi à nous protéger. Moi, j’essaye de rester calme même si c’est difficile de vivre dans l’incertitude. Je préfère ne pas penser à l’éventualité de devoir retourner en Afghanistan. Mon monde s’écroulerait. Je serais brisée à tout jamais. Là-bas, la pauvreté et la guerre nous attendent. C’est tout. Mon souhait le plus cher, c’est que mes enfants aient accès à tout ce dont on m’a privé. L’autre jour, ma fille aînée m’a dit qu’elle rêvait de devenir médecin. J’y crois et je ne peux que l’encourager à accomplir ses rêves.

En Wallonie, les demandeurs d’asile peuvent s’adresser aux C.R.I. (Centres d’intégration régionaux) qui les  redirigeront vers des écoles ou ASBL qui dispensent des cours élémentaires (français, mathématiques, lecture, etc.) aux personnes non régularisées. A Bruxelles, ils peuvent s’adresser au bureau d’accueil bruxellois d’intégration civique (BON).

Texte: Lies Van Kelst et Laura Vliex. Remerciements à Médecins du Monde

 

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