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TÉMOIGNAGE: ils ont lancé leur entreprise avant d’avoir 20 ans

La rédaction

Ils ont à peine quitté les bancs de l’école, mais peuvent déjà inscrire « CEO » sur leur CV. Le nombre de jeunes franchissant le pas de l’entrepreneuriat ne cesse d’augmenter dans notre pays. Collette, étudiante-entrepreneuse et Karel ayant fondé son entreprise, partagent leur passion pour ce projet qu’ils ont créé de toute pièce.

Sous le pseudonyme de Lellebelle, Collette, 18 ans, conçoit des boucles d’oreilles imprimées en 3D, à partir de matériaux biodégradables. Elle combine son travail d’entrepreneuse pour sa marque, avec des études en Sciences de la réadaptation.


« Mon amoureux est passionné par l’impression 3D et m’a transmis le virus. J’ai toujours adoré la mode et je n’ai donc pas tardé à combiner les deux en créant mes propres boucles d’oreilles en 3D. Quand mes amies les ont vues, elles m’ont demandé si j’accepterais d’en faire pour elles ­aussi. Elles sont devenues mes ­premières clientes. Petit à petit, j’ai acheté plus de matériel et lancé ma propre boutique online. ­Aujourd’hui, j’en vends entre trente et quarante paires par mois. Mes ­premiers ­modèles étaient simples: des cercles, des triangles et des ­carrés. Mais entre-temps, j’ai appris à dessiner des formes plus complexes avec le logiciel 3D CAD Inventor (Conception assistée par ordinateur). Ces dessins sont convertis via le logiciel de ­découpes Cura, puis imprimés.

Mon imprimante 3D est mon plus gros investissement. Un exemplaire neuf coûte entre des centaines et des milliers d’euros. Parfois, trois à quatre heures sont nécessaires pour imprimer une grande plaque.


Une seconde machine serait bienvenue, mais actuellement j’arrive à m’organiser avec une seule imprimante et un bon planning. L’aspect le plus difficile dans les affaires, c’est l’administratif. Je suis bordélique et j’ai vraiment dû ­apprendre à ­garder des traces et preuves de tout (rires). Je travaille pour Lellebelle tous les jours, en plus de mes études. L’un des rares ­avantages de la crise du Coronavirus est que j’ai désormais plus de temps. En plus de dessiner, imprimer et faire le suivi des commandes, j’essaye de ­publier ­beaucoup sur Instagram pour promouvoir ma marque et échanger avec mes followers. Et je recherche désormais des ­influenceurs, pour augmenter ma notoriété.

Différente des autres


C’est son design coloré et accrocheur qui rend Lellebelle différente des autres marques. Il est très important de sortir du lot. De plus, elle possède aussi un aspect écologique. Je ­travaille uniquement avec du PLA (de l’acide polylactique, ndlr). Un ­matériau durable fabriqué à partir de matières premières végétales, comme l’amidon de maïs et la canne à sucre. C’est biodégradable, mais je ne suggèrerais pas de jeter mes ­bijoux dans un compost pour autant (rires). Je combine la gestion de ma marque avec mes études et j’ai donc le statut ­d’étudiante-entrepreneuse. Cela ­apporte toutes sortes ­d’avantages, comme, par exemple, de bénéficier d’une ­réduction de charges sociales si vos ­revenus ­annuels sont inférieurs à 7000 euros par an. Et grâce à mon exonération de TVA, je n’ai pas ­besoin d’un comptable.

Avant de fonder Lellebelle, j’ai consulté d’autres indépendants et le guichet d’entreprise et secrétariat social de Liantis. Après de nombreux appels téléphoniques et recherches, j’ai ouvert un compte ­professionnel à la banque et j’ai pu me lancer.


Et, si j’ai des questions, je peux me tourner vers ma famille. L’entrepreneuriat coule dans nos veines. Mes arrière-grands-parents étaient déjà indépendants. Ils travaillaient comme producteurs de charbon à l’endroit même où ma maman a sa friterie. Ma cousine possède un salon de coiffure… Grâce à eux, j’ai pu développer un vaste réseau. Mes ­parents font de la pub pour moi dans leur snack et mes boucles d’oreilles sont vendues chez ma cousine. Mais je reste la principale représentante de ma marque. Les gens me reconnaissent grâce à mes bijoux. »

Suivez @lelle_bellen sur Instagram et découvrez l’ensemble de la gamme sur Lellebelle.online.

Karel, 17 ans, a développé en collaboration avec un bureau d’ingénieurs, un cendrier portable pour éviter les mégots jetés en rue. Ce produit innovant sera lancé cette année.


« J’étudie les Sciences et les mathématiques, mais ma grande passion, c’est l’écologie. Je suis membre du conseil environnemental de mon école et je cherche en permanence des moyens de lutter contre la pollution et de sensibiliser les autres à cette ­question. J’ai, par exemple, distribué des gourdes pour réduire l’emploi de bouteilles en plastique et j’ai ­organisé une campagne de ­nettoyage des mégots de cigarettes. Avec quelques volontaires, nous en avons ramassé 5 kilos en deux heures! J’ai alors ­pensé qu’il fallait agir plus largement pour régler ce problème. Il ne peut pas être normal que les mégots de cigarette traînent sur le sol de chaque rue. Les ­cendriers portables existent et ne sont pas nouveaux, mais ils ne semblent pas convaincre grand monde. Ça doit être la preuve que le produit idéal n’a pas encore été commercialisé. J’ai donc étudié les défauts des versions existantes puis j’ai commencé à dessiner la mienne.

Le résultat est Ciget, une boîte multifonction, ­offrant de la place pour douze ­cigarettes et un briquet, et contenant aussi un cendrier portable dans lequel le mégot s’éteint immédiatement. Il est compact, ­ignifuge, sans odeur et joli.


Les fumeurs sont souvent considérés comme des pollueurs, mais grâce à cette boîte, il leur sera possible de redorer leur blason. Le monde du développement de produit m’étant totalement étranger, j’ai contacté un ingénieur industriel. Il a été tout de suite enthousiaste. Son ­studio m’a aidé à développer davantage mon produit et à le convertir en un appel d’offre en ligne. Les étapes ­suivantes sont la finalisation et la création de prototypes. Nous passerons ensuite à la phase de test et à la publicité via les réseaux sociaux. Nous voulons lancer Ciget dans ­différents coloris et motifs pour qu’il devienne un ­véritable gadget déco. À un stade ultérieur, nous désirons même ­collaborer avec de jeunes ­artistes autour de nouveaux designs.

Just do it


Entre-temps, j’ai créé ma propre SRL (société à responsabilité limitée, ndlr). Il y avait de nombreuses démarches: rendez-vous avec le comptable, le notaire, la banque… Mes économies servent de capital de départ. C’est assez stressant, mais je crois en mon produit. En plus de mon ­investissement personnel, j’ai ­déniché un sponsor: un marchand de bois sensibilisé à l’environnement. Et je vais lancer un crowdfunding visant à recueillir la somme ­restante nécessaire pour pouvoir lancer la production. Les contacts avec les fabricants sont déjà établis, donc si tout se passe bien, notre produit sera disponible à l’automne via notre ­boutique en ligne et plusieurs chaînes de ­magasins. J’ai reçu beaucoup de soutien, mais l’année qui vient de s’écouler a été difficile.

À 17 ans, on n’est pas ­d’emblée pris au sérieux. Pendant la création de mon ­projet, on m’a même ri au nez. Je n’oserais pas dessiner les ­regards que me lançaient certains élèves en me voyant ramasser les mégots par terre.


Ceux qui se moquaient de moi à l’époque affirment maintenant que j’ai réalisé Ciget juste pour attirer l’attention. Tout ce que je veux dire aux jeunes qui souhaitent devenir entrepreneurs c’est: ‘N’écoutez pas les commentaires négatifs et croyez en vous.’ Mon rêve est de pouvoir agir pour la nature et la ­société. Et j’espère que toujours plus de gens m’aideront à le réaliser. »

Suivez Karel sur son compte Instagram @karel.daniels, pour en savoir plus sur son projet et sur le crowdfunding qui sera lancé prochainement sur Kickstarter.

Et si vous deveniez étudiant·e-entrepreneur·se?


Vous pouvez bénéficier de ce statut si vous avez entre 18 et 25 ans et suivez au moins 27 crédits ou 17 heures de cours par semaine. Grâce au statut social d’étudiant·e-entrepreneur·se, vous ­pouvez rester dépendant·e ­fiscalement de vos parents. De plus, les jeunes qui limitent leurs revenus à 7.021,29 euros, n’ont pas à payer de ­cotisations sociales. Les chiffres de l’INASTI, ­l’Institut national d’assurances sociales pour travailleurs  indépendants montrent qu’il y a eu pas moins de 9.022 nouveaux étudiant·e·s-entrepreneur·se·s au cours des trois premiers trimestres de 2020. Un chiffre qui n’était que de 7.203 pour 2019. Cette forte augmentation – environ 25 % en plus une fois que ­l’ensemble définitif des chiffres de l’année sera connu –  est due, selon Unizo, à un statut favorable, à l’image ­tendance de l’entrepreneuriat et à la volonté des jeunes de se lancer, quitte à prendre plus de risques. De plus, le digital a rendu le lancement d’une ­entreprise plus accessible. Quiconque possède un smartphone et un ordinateur peut franchir le pas, sans ­forcément avoir ­besoin ­d’investir dans du ­matériel supplémentaire.

Toutes les infos pratiques sur le ­statut d’étudiant·e-entrepreneur·se sont accessibles sur socialsecurity.belgium.be, le portail du Service public fédéral de la Sécurité sociale.

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