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BABY STORY Audrey

BABYSTORY: « J’ai fait un bébé toute seule »

Du désir d’enfant à la maternité, mettre un petit être au monde peut parfois s’apparenter à des montagnes russes. Audrey a décidé de se lancer seule dans le parcours PMA afin de concrétiser son envie de devenir maman. Rencontre avec cette maman solo pour parler FIV, don anonyme, tabou et maternité.

Audrey a 36 ans, elle habite Bierges, a un job à mi-temps et a lancé sa marque Sakavrak. En septembre 2019, elle décide de se lancer seule dans le parcours PMA pour faire un enfant. En octobre 2021, elle donne naissance à son petit Félix. Rencontre avec cette maman solo qui souhaite briser le tabou qui entoure le don.

L’envie d’un bébé

“Pendant longtemps je n’ai pas voulu d’enfants. À force de vivre des histoires foireuses, j’ai totalement dissocié la maternité des relations de couple. Et puis les choses sont venues assez spontanément. J’ai commencé à ressentir l’envie d’avoir un enfant et dans ma tête, le faire toute seule était une évidence.“

La PMA

“J’ai commencé à me renseigner sur la marche à suivre, sans me mettre la pression. Je me disais que je pourrais faire marche arrière si je changeais d’avis. Mon premier rendez-vous en PMA a eu lieu en septembre 2019. J’ai eu trois séances avec une psychologue et fait différents examens médicaux. J’ai commencé par des inséminations. La première a eu lieu en mai 2020. Au total, j’en ai fait quatre, mais aucune n’a fonctionné. Je suis alors passée par la FIV en janvier 2021. Elle a marché du premier coup, il me reste deux petits Findus au congélateur si jamais (rires).

Les réactions et les doutes

“Avant de faire les essais, il m’est arrivé de douter. J’hésitais à continuer, je me demandais comment j’allais l’expliquer à mon enfant. J’ai même envisagé de demander à une connaissance de m’aider pour connaître l’identité du géniteur et expliquer plus tard à mon enfant (rires). Je n’ai presque pas eu de réactions négatives quant à mon choix, j’ai même eu beaucoup de personnes qui m’ont dit qu’elles connaissaient quelqu’un dans mon cas. Les gens se sont plutôt montrés curieux et ont posé pas mal de questions. On m’a souvent dit que c’était courageux. Mais il y a aussi des personnes qui ont eu peur pour moi et qui se sont demandé comment j’allais gérer. Mais ça a toujours été bienveillant. Comme j’en parle très librement, je pense que ça met les gens à l’aise car ils constatent que ce n’est pas du tout un tabou.“

Le donneur

“À l’hôpital où j’ai été suivie, la sélection du donneur se fait sur quatre critères physiques identiques à ceux de la maman. Dans mon cas, plus d’1m80, la peau claire, les cheveux clairs et les yeux bleus. Il n’y a pas eu de liste d’attente. Je tiens à dire que ce n’est pas son papa mais son géniteur, son donneur. Je me posais beaucoup de questions à son sujet avant la naissance de mon fils, même avant de tomber enceinte en fait. Maintenant que Félix est là, je n’y pense plus du tout.“

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La rencontre

“J’avais tellement envie qu’il soit là que j’ai considéré ma grossesse comme une période de transition, un moyen pour y arriver. Pendant les échos, j’essayais d’avoir des infos sur la tête qu’aurait mon fils (rires). Je me disais qu’il ne me ressemblait pas, en plus on dit souvent que les bébés ressemblent plus à leur papa les premiers jours! Le jour de l’accouchement, j’ai été accompagnée par la marraine de mon fils, je me suis sentie en confiance avec elle.  Je n’ai pas eu la connexion tout de suite, il m’a fallu quelques jours pour ressentir ce fameux truc. Comme on parle de plus en plus ouvertement de cela, je ne me suis pas inquiétée, je m’étais préparée à ça. Je n’ai pas ressenti cette énorme vague d’émotions le jour de la naissance. Il faut savoir que Félix n’a pas eu ce premier cri en sortant de mon ventre. C’est quelques jours plus tard, lors d’une séance d’osthéo que mon fils a revécu l’accouchement et a eu son premier cri. Et c’est à ce moment-là que j’ai revécu l’émotion de mon accouchement, c’était dingue.“

Le retour à la maison

“Je n’avais jamais changé une couche de ma vie (rires). Félix était si petit et fragile… Le premier bain à la maison, j’ai demandé à mon frère de lui donner, je n’osais pas. Les premières semaines ont été difficiles, mais au bout d’un mois c’est comme si je l’avais toujours fait. Je pense que gérer tout ça seule est plus simple car il n’y avait personne d’autre, je faisais ce que je voulais, comme je voulais et quand je voulais. Si mon bébé dormait, je dormais. J’étais en mode pilote automatique. Je ne me posais pas de questions car j’étais seule et c’était comme ça. Il y a eu des moments plus difficiles à gérer toute seule comme les pleurs de décharge, les coliques. Il m’est arrivé d’être à bout et de ne pas pouvoir dire ‘tiens’ à mon partenaire. Je n’avais pas de backup.“

La vie à deux

“Le plus dur quand on est maman solo, c’est l’organisation. J’étais indépendante à temps plein et j’ai aujourd’hui un mi-temps en plus. Si mon fils est malade, je ne peux plus me libérer aussi facilement. J’ai les congés d’une seule personne, donc c’est toujours moi qui dois gérer. Et si moi je suis malade, je dois quand même gérer seule les nuits.“

Le tabou

“Depuis sa naissance, je lis régulièrement le livre ‘Pourquoi je n’ai pas de papa’ de Alice De Page à Félix. Ce livre est génial!  Et si un jour ça bloque, je pense que je ferai appel à un psy. Je trouve ça fou que ce soit encore si compliqué de faire un enfant en tant que maman solo. Je me sens privilégiée d’avoir eu la possibilité de le faire mais en même temps je trouve que ça ne devrait même plus être une question qui se pose. Il y a des tas de familles différentes, il n’y a pas de meilleur schéma selon moi. Quand on se lance dans un parcours aussi compliqué, c’est qu’on a énormément d’amour à donner à un enfant. Les gens qui jugent n’ont pas compris. Heureusement, j’ai rarement été confrontée au jugement. J’ai un peu du mal avec l’anonymat car j’aurais préféré pouvoir un jour tout dire à mon fils. Mais on fantasme une idée du donneur. C’est rassurant de savoir qui c’est mais je pense que ça peut compliquer les choses dans la tête de l’enfant, que ça peut créer un syndrome de l’abandon alors qu’ici les choses sont claires et que ce n’est pas le sujet. Je sais qu’un jour il va se poser des questions et que je n’aurai pas de réponses.“    

Les futures relations

“J’ai envie que mon fils ait une figure paternelle. Je n’ai pas beaucoup d’opportunités de sortir et de rencontrer des gens. Pour les rares personnes que j’ai rencontrées depuis, le fait que j’ai un garçon n’a pas du tout été un frein. Je pense que ce n’est pas dérangeant parce qu’il n’y pas de papa, de beau-père, de garde partagée, et qu’il est encore petit. J’ai encore deux embryons, je ne pense pas vouloir refaire un enfant seule, cela me semble impossible financièrement et d’un point de vue organisation. Mais comme j’ai une faible réserve ovarienne, je sais que si je voulais refaire une FIV avec quelqu’un d’autre, ce serait compliqué. Et avoir cette deadline en tête me fait me poser la question d’un deuxième. Pour l’instant, je ne suis pas encore prête à me séparer de mes deux embryons, j’envisage probablement d’en faire un don à un couple infertile.“

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