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© A protester (C) holds a picture of a woman killed by a man, where it is reading "We won't be silent", during a demonstration against Turkey's withdrawal from Istanbul Convention, an international accord designed to protect women, in Istanbul, on March 20, 2021. - Thousands protested in Turkey on March 20, 2021, calling for Turkish President to reverse his decision to withdraw from the world's first binding treaty to prevent and combat violence against women. (Photo by BULENT KILIC / AFP) (Photo by BULENT KILIC/AFP via Getty Images)

La Turquie quitte la Convention d’Istanbul contre les violences aux femmes

Kathleen Wuyard

Ce samedi 20 mars, des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Turquie pour manifester leur mécontentement. Las: le pays n’est pas revenu sur sa décision de se retirer d’une convention du Conseil de l’Europe contre les violences faites aux femmes. Un accord, ça ne s’invente pas, connu sous le nom de Convention d’Istanbul…


Concrètement, la convention, adoptée en avril 2011, est le premier instrument juridiquement contraignant au niveau pan-européen, et offre un cadre juridique complet pour la prévention de la violence, la protection des victimes et la fin de l’impunité des auteurs de violences. Née d’une volonté du Conseil de l’Europe de s’attaquer au problème des violences genrées après qu’une série de rapports au début des 90s aient montré l’ampleur des problématiques sur le continent, mais aussi les vastes différences de réponses au sein des gouvernements, la Convention d’Istanbul fixe des normes complètes pour prévenir et combattre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique. Ainsi que le rappelle le Conseil de l’Europe sur sa plateforme web, « pour le dire simplement, la prévention de la violence à l’égard des femmes et de la violence domestique sauve des vies et diminue les souffrances humaines ».

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En pratique, les gouvernements qui acceptent d’être liés par la Convention devront prendre les mesures suivantes:

  • former les professionnels qui sont en contact étroit avec les victimes ;
  • mener régulièrement des campagnes de sensibilisation ;
  • faire en sorte d’inclure dans les matériels pédagogiques des sujets tels que l’égalité des sexes et la résolution non violente de conflit dans les relations interpersonnelles ;
  • mettre sur pied des programmes thérapeutiques pour les auteurs de violence domestique et pour les délinquants sexuels ;
  • travailler étroitement avec des ONG ;
  • associer les médias et le secteur privé à l’élimination des stéréotypes de genre et à la promotion du respect mutuel.


Et le Conseil de l’Europe de stipuler encore que « la prévention de ces violences ne doit pas être du seul ressort des Etats. En fait, la Convention appelle tous les membres de la société, en particulier les hommes, jeunes et adultes, à contribuer à créer une Europe exempte de toute forme de violence à l’égard des femmes et de violence domestique ».

Cette violence est omniprésente à cause de la persistance de la misogynie. Chacun d’entre nous peut, à son niveau, remettre en cause les stéréotypes de genre, les pratiques traditionnelles dangereuses et la discrimination à l’égard des femmes. Ce n’est qu’en parvenant à une réelle égalité des sexes que l’on pourra mettre un terme à la violence à l’égard des femmes ».


Une égalité et une non-violence à laquelle la Turquie n’aspire visiblement plus.

Istanbul dit adieu à Istanbul


Tiens, d’ailleurs, pourquoi la Turquie avait-elle ratifié une convention pensée par le Conseil de l’Europe pour les états européens? Parce que le Conseil de l’Europe intègre plus de pays que les 27, 40 en l’occurence, dont la Russie, et qu’en outre, à l’époque, la Turquie était encore au plus fort de ses négociations pour rejoindre peut-être un jour l’Union. Il s’agissait donc de montrer patte blanche, le pays ayant d’ailleurs été le premier à signer la Convention d’Istanbul… Et aujourd’hui, le premier à s’en retirer. Parce que « les violences faites aux femmes ce n’est pas si grave »? Du côté du gouvernement, on avance l’argument de la « protection des familles » pour justifier cette décision.

L’année dernière déjà, Recep Tayyip Erdogan, le président turc, avait soulevé la possibilité d’un départ de la Convention, après que des cadres de son parti, l’AKP, aient accusé le traité de « nuire à la structure de la famille turque ». En cause, le fait que les références à l’égalité de ce dernier soient épisodiquement utilisées comme argument par les associations de défense LGBTQIA+.

« Une nouvelle dévastatrice »


Pour la Secrétaire générale du Conseil de l’Europe, Marija Pejcinovic Buric, l’annonce du retrait de la Turquie de la Convention d’Istanbul est une « nouvelle dévastatrice », qui ne compromet pas seulement la protection des femmes dans le pays mais aussi « dans toute l’Europe et au-delà ». Un sentiment auquel fait écho depuis Istanbul Gokce Gokcen, vice-présidente du CHP, le principal parti d’opposition, même si sur Twitter, elle se veut aussi défiante face à ce camouflet du gouvernement.

Malgré vous et votre malfaisance, nous allons rester en vie et ressusciter la convention ».


Une promesse qui implique toutefois que l’opposition l’emporte aux élections de 2023, raison avancée par les analystes politiques pour ce retrait, Erdogan ayant ainsi voulu séduire l’électorat conservateur. En attendant, les Tur.c.que.s sont descendu.e.s dans la rue pour dénoncer la décision, dans un pays où selon les chiffres du groupe de défense We Will Stop Féminicide, 300 femmes auraient été assassinées l’année dernière et 170 seraient mortes dans des circonstances suspectes.

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