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Crise à la crèche: le ras-le-bol des puéricultrices

Justine Rossius

Aussi incroyable que cela puisse paraître, puéricultrice est l’un des métiers les moins bien payés de Belgique. Celles et ceux qui élèvent les générations futures suffoquent sous la pression et ne reçoivent que quelques « euros » en retour à la fin du mois. Pas étonnant que le ton monte dans de plus en plus de crèches.

Personne ne peut se concentrer sur deux crises à la fois et ce fichu Coronavirus capte toute l’attention depuis deux ans maintenant. Cependant, la situation des crèches et des services de garde mériterait aussi un comité de concertation. Les chiffres sont tout aussi dramatiques. L’année dernière, il y avait un total de 4000 postes vacants pour les gardes d’enfants, à l’heure actuelle il y en a encore 738 ouverts. Ces chiffres sont plus élevés que jamais.

Dans notre pays, une surveillante de crèche est autorisée à s’occuper de huit enfants, deux surveillantes pour dix-huit.

En d’autres termes: neuf enfants pour un·e seul·e soignant·e. (9 enfants pour 1 personne en Flandres et 7 enfants pour 1 personne en Wallonie, soit une moyenne de 8 enfants par soignant·e en Belgique, ndlr). La Belgique a le pire taux d’Europe. Aux Pays-Bas, une éducatrice s’occupe de trois enfants maximum, en Finlande et en Grèce: quatre enfants. « Ce chiffre en Belgique a été fixé dans le décret soins de 2014. Les décideurs politiques sont d’avis que cela devrait fonctionner sans problèmes de cette façon. En conséquence, des ressources financières sont débloquées sur la base de ce chiffre, car nous sommes un secteur subventionné à 100 % » nous explique Filip Standaert, responsable pour Helan, le groupe qui dès le 1er janvier 2022 regroupera Partena et OZ. Helan possède 51 crèches en Belgique.

« Nous essayons d’utiliser la norme de sept enfants par soignante. Dans des circonstances exceptionnelles, par exemple en cas de maladie, ce chiffre est parfois discuté, mais en principe cela ne devrait pas arriver.» En novembre, Helan a envoyé plus de 450 courriers sonores aux politiques pour faire bouger les choses. Une fois ouvert, le courrier ou le mail diffusait le bruit que représente un groupe de petits enfants. L’action fait partie de la campagne « 9 c’est trop » de la caisse d’assurance maladie. « Nous avons estimé qu’en tant qu’acteur majeur de la garde d’enfants, nous devions tenir le coup, explique Filip Standaert. « Le problème est connu depuis des années, mais rien de semble changer. »

Plus que changer des couches

En quoi consiste exactement le problème? « Tout d’abord, il y a l’énorme charge de travail due au ratio de un adulte à huit ou neuf enfants. Les gens pensent souvent que les puéricultrices ne font que changer les couches et les nourrir, mais c’est bien plus que cela. Le personnel des crèches s’intéresse également au développement moteur, au développement du langage et au développement émotionnel des plus petits, entre autres. Et cela pendant les mille premiers jours de leur vie, soit les plus cruciaux», précise Filip Standaert. Même si cela semble parfois différent dans la pratique. Lisa, 29 ans, qui travaille dans une crèche depuis sept ans, indique que le manque de temps est le principal coupable. « On me dit souvent: ‘Ça doit être tellement amusant de câliner et de jouer avec des enfants toute la journée!’ Mais ironiquement, nous y arrivons à peine. Il y a tellement d’enfants que nous avons à peine le temps de faire autre chose que les soins quotidiens, à savoir nourrir, changer les couches, les mettre au lit, etc. Si nous avons de la chance, nous pouvons bricoler pendant un certain temps, mais souvent nous n’y parvenons même pas. »

Pas de salaire pour le travail fourni

Le point le plus difficile dans ce débat est sans conteste le montant qui figure sur les fiches de paie des employé·e·s de l’assistance maternelle. « De toutes les professions en Belgique, l’assistante maternelle est la moins bien rémunérée », précise Filip Standaert. « C’est ce qu’a montré une étude Statbel de septembre 2020. Selon l’étude, les assistantes maternelles gagnent en moyenne 2317 euros brut par mois pour un travail à temps plein. Cela les place juste derrière le personnel de nettoyage, les éboueurs et le personnel de sécurité.

Le prochain point douloureux est une conséquence logique des deux précédents: il n’y a pratiquement pas de candidat·e·s pour ce secteur et ce dès la sortie des écoles. « À peine un étudiant sur cinq en dernière année de garderie finit dans une garderie », explique Filip Standaert. « Les autres vont travailler dans l’hôtellerie, la vente ou poursuivent leurs études. En conséquence, il faut en moyenne 42 jours avant qu’un poste vacant dans ce secteur soit pourvu. Cela veut dire que si quelqu’un arrête aujourd’hui à cause d’une grossesse (les médecins préconisent un arrêt immédiat à cause des risques, ndlr), nous devons attendre sept semaines pour un remplacement. C’est une période très difficile à franchir, et cela a un impact sur la charge de travail. Ce qui n’aide pas non plus, c’est le budget qui a été alloué pour augmenter un peu les jobs dans l’éducation, en tant que soutien dans les écoles maternelles. Un budget est prévu pour environ 550 personnes. Ils ou elles obtiennent alors un meilleur salaire, de meilleurs horaires et des congés pour toutes les vacances scolaires. Entre les deux, mon choix serait vite fait aussi!”

De plus, les personnes ne restent généralement pas dans ce type d’emploi jusqu’à la fin de leur carrière. « Un bon exemple: j’ai été responsable de l’un des plus grands services de garde pendant dix ans et je n’ai vu qu’une seule personne prendre sa retraite. L’âge moyen de nos 450 assistantes maternelles est de 31 ans.» Lisa reconnaît le problème. « Je ne pense pas pouvoir rester dans ce job de puéricultrice jusqu’à la fin de ma carrière. Après une dure journée, je me demande parfois combien de temps je pourrai continuer comme ça. Si je fais tout cela, c’est par amour pour les enfants. »

Encore pire avec la crise sanitaire

Pour de nombreuses personnes qui s’occupent d’enfants, la crise du Coronavirus a été la goutte d’eau qui a fait déborder le seau à couches. « Lors de la première campagne de vaccination, les éducatrices ne faisaient pas partie du groupe cible prioritaire, malgré le fait que les garderies soient toujours restées ouvertes depuis mars 2020. Ce fut un coup dur psychologique pour les éducatrices. Maintenant, il y a un rappel et une vaccination obligatoire dans les soins de santé. Mais une fois de plus, les gardes d’enfants ne sont pas considérées comme des soins de santé.

Certain·e·s espèrent que le nombre de surveillant·e·s par enfant sera réduit un jour à cinq, mais se rendent compte que cette évolution n’a pas l’air d’être encore une option. « Le budget doit être considérablement augmenté pour cela », déclare Filip Standaert. « Je n’aime pas réclamer de l’argent parce que cela semble être l’option facile, mais dans ce cas-ci, c’est vraiment nécessaire. Les salaires doivent être ajustés et nous avons besoin de plus d’employés. L’un est lié à l’autre. J’apprécie vraiment les efforts qui ont déjà été faits, comme la nomination de 264 coachs pédagogiques, du jamais vu dans le paysage de la petite enfance, mais je ne vois pas encore de progrès pour les nombreuses personnes déjà actives dans le secteur. »

Texte: Eline Debie

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