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FAUT QU’ON PARLE: de la campagne anti-sexting et hyper sexiste de la Police Nationale

Justine Rossius

« Envoyer un nude, c’est accepter de prendre le risque de voir cette photo partagée ». Tel est le message clamé par la Police Nationale, en France donc, dans sa campagne de prévention contre le « revenge porn ». Un message en plein dans le mille… de la mauvaise cible.


Pour sa campagne de prévention contre le « revenge porn » ou plutôt, contre le sexting, la Police Nationale française n’a rien trouvé de mieux que de culpabiliser les victimes en leur sommant simplement de… ne pas envoyer de nudes si elles ne souhaitent pas que ces nudes soient un jour dévoilés. Ah, si c’était si simple, chère Police, il suffirait alors que les femmes ne sortent pas de chez elles, si elles ne souhaitent pas être importunées, qu’elles enfilent un sac poubelle en guise de robe si elles ne souhaitent pas être violées et qu’elles travaillent plus si elles souhaitent gagner plus. Responsabiliser les victimes, c’est répondre à la même logique que la culture du viol.

Une « maladresse » qui fait mal


Dans cette solution proposée par la Police, se trouve une hypocrisie énorme déguisée en une prétendue naïveté. Une hypocrisie qui n’est pas sans risque et peut faire mal. Très mal. Imaginez une seconde une jeune adolescente, qui — subissant les effets parfois toxiques d’une première passion — envoie une photo d’elle dénudée à son prince charmant, pas si charmant, qui s’empresse ensuite de la partager à ses amis, la transformant en la risée du lycée. Elle tombe ensuite sur ce tweet de la Police Nationale — l’autorité même — qui lui dit en résumé « ma cocotte, c’est de ta faute, ne viens pas te plaindre ». Tout ça alors que son ex ne se sent à aucun moment visé par la même campagne, se disant dès lors qu’il pourra recommencer à sa guise. On imagine alors très bien ce que pourrait ressentir cette jeune adolescente, qui s’isolerait encore plus et ajouterait à son mal-être, le poids de la culpabilité. Double peine pour la victime. Absence de peine pour le coupable.

Caroline de Haas, militante féministe française, a directement quémandé la suppression de la campagne en affichant ses mots sur Twitter « La culpabilisation des victimes, c’est non ». Car oui, rappelons-le encore : c’est dans l’autre sens que ça se passe. Envoyer un nude n’est pas un délit (tout comme vous balader en rue à 3 heures du matin en minijupe #horscovid). Si tel est votre souhait, vous y avez droit. Publier et diffuser des photos intimes d’une personne sans son accord est un délit, une infraction pénale. Il faut arrêter de confondre victime et coupable. Le fautif, c’est celui qui diffuse les photos, point à la ligne. Pour votre prochaine campagne, on veut bien vous filer un petit coup de pouce et vous rédiger le copy de votre affiche:

Elle t’a envoyé un nude. Tu le gardes pour toi, tu ne la partages à personnes, sinon, tu risques une peine allant jusqu’à 5 ans de prison et jusqu’à 15.000 € d’amende (en Belgique).


Heureusement, le service de communication de la police nationale a supprimé la publication et a reconnu avoir commis une « maladresse ». “Ce tweet devait être le premier d’une série de tweets consacrés à cette problématique, notamment chez les mineurs. La question des auteurs du délit de diffusion sans consentement devait être abordée dans un second temps, de façon chronologique. La police est toujours du côté des victimes. Notre rôle premier est d’identifier et confondre les auteurs de ce type de chantage”.

 

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