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© Eating disorder as mental overweight appearance problem tiny person concept. Unhealthy psychological self reflection with loss of thin body acceptance and disappointment symptoms vector illustration.

UN JOUR, UNE VIE: « Comprendre que je souffre de dysmorphie a bouleversé mon quotidien »

Manon de Meersman


Marie a toujours eu du mal à s’aimer et à s’accepter telle qu’elle est. À l’âge de 14 ans, elle tombe dans des troubles du comportement alimentaire. Elle se regarde dans le miroir et ne voit qu’une silhouette qui la dégoûte. Cette fille, elle n’arrive à l’apprécier. Plus tard, elle comprend qu’elle souffre de dysmorphie et mettre des mots sur ce qui lui arrive a littéralement changé sa vie.


Marie a aujourd’hui 27 ans. Pendant de nombreuses années, elle a affronté son corps dans le miroir sans savoir qu’elle souffrait de dysmorphie, un trouble qui se traduit par une inquiétude excessive relative à un défaut physique, qui peut même être imaginaire. Tout a commencé au début de son adolescence, lorsqu’elle est tombée dans des troubles alimentaires. « Lorsque mon corps a commencé à se développer, j’ai vite eu du mal à accepter que j’attrapais des formes. À cette époque, je faisais de la gymnastique depuis quelques années, ce qui a sûrement donné la morphologie que j’ai aujourd’hui, à savoir assez mince au niveau du haut du corps, mais avec des cuisses musclées, et forcément plus imposantes, au niveau du bas. Au fil des années, c’est devenu un vrai complexe. Cette impression d’avoir deux troncs à la place des cuisses. Quel cauchemar. À 14 ans, j’ai commencé à me faire vomir. Je ne mangeais pas grand chose, mais ce que j’ingérais, je le faisais sortir directement. Non seulement ça me faisait du bien, mais en plus ça me donnait l’impression que comme ça, je n’aurais plus à pleurer en me regardant dans le miroir. »



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Le jour du déclic


Les troubles de Marie ont duré pendant de nombreuses années, mais elle n’en n’a jamais parlé avant ses 25 ans. « Personne ne pouvait dire que je souffrais intérieurement. Je suis une véritable épicurienne. Je profite de la vie: je mange, je bois, je sors… Bref, je vis une vie qui, en apparence, n’a pas du tout l’air de m’affecter. Mes troubles n’ont jamais été réguliers. Ils ont vraiment été par phase. Je parle au passé car aujourd’hui, j’en suis presque débarrassée; je pense sincèrement qu’on en guérit jamais totalement, mais qu’on peut emprunter un chemin de vie plus sain lorsqu’on en prend pleinement conscience. »

Je sais que le point de départ de ces troubles, ça a été les fixettes sur mon physique. Tout le monde me disait pourtant que j’étais mince, voire carrément ‘bien foutue’. Mais moi, tout ce que je voyais, c’était ce bourrelet au niveau de mon dos, ce trou de cellulite dans ma cuisse, ce mollet tout flasque, ce bras qui pendouille… »,


explique Marie. « Bref, impossible de me trouver belle. Et qu’est-ce que j’ai pu en pleurer. Je me souviens de ces moments où je devais m’habiller pour sortir et où je me trouvais horrible dans tout ce que j’enfilais. En pleurs, je me roulais en boule en me demandant comment on n’avait pu autant me rater. »

En juillet 2019, Marie prend conscience qu’elle ne peut plus se bousiller la vie de la sorte. Elle décide d’entamer un travail sur elle-même et d’aller voir une psy pour commencer une thérapie. « J’explique à ma psy que j’ai l’impression de vivre dans une espèce de prison mentale où chaque partie de mon corps me renvoie une image qui ne semble pas être la réalité aux yeux des autres. J’explique mes nombreux complexes et force est de constater que ceux-ci ne sont, pour la plupart, pas justifiés. Ma psychologue me parle alors de TDC, soit les troubles dysmorphiques corporelles. Je lui demande de quoi il s’agit et là tout devient clair: ce que je ressens depuis des années, ça porte un nom. Il aura fallu attendre 11 ans avant de comprendre que je souffre d’une maladie mentale qui affecte mon bien-être et développement personnel. »

Entamer un travail sur soi, la clé vers l’acceptation de son corps


Le travail que Marie a entrepris l’a énormément aidée. « J’ai compris que j’avais des préoccupations excessives concernant mon apparence physique et les défauts qui s’en dégagent. J’ai également compris que ces défauts peuvent être issus du fruit de mon imagination. Le problème avec la dysmorphie, c’est que ça vire à l’obsessionnel. En prendre conscience a été la clé pour aller mieux. Je n’en suis pas guérie aujourd’hui, le parcours pour m’accepter telle que je suis est long et semé d’embûches et ça ne fait que deux ans que je suis en travail pour.

Deux ans dans une vie, c’est quoi? Deux ans pour rattraper ces années où je me suis détestée. Ces années où j’ai hurlé de colère face à ces défauts imaginaires qui m’ont empoisonné la vie. Ces années où j’ai refusé de sortir parce que j’avais honte d’être comme je suis »,


explique Marie. « Aujourd’hui, avec le recul, je me rends compte du cercle vicieux dans lequel j’étais. Je suis tombée dans des troubles alimentaires parce que justement je ne voyais que ce qui me dérangeait chez moi. Désormais, j’apprends à voir mon corps et mon visage autrement: j’essaye de me complimenter, de porter des vêtements que je n’aurais jamais osé avant, de sortir en me convainquant que je suis belle et attirante… C’est extrêmement difficile. Et je serais malhonnête si je disais qu’aujourd’hui, je ne souffre plus de dysmorphie. Il m’arrive encore de me regarder dans le miroir et de me dire: « t’as pris du poids, non? » Ou encore: « ton nez est définitivement pas droit hein, ma vieille ». La différence avec avant, c’est que je relie ça à quelque chose qui existe, à un trouble universel. Et que ça me permet de relativiser et d’avancer, un peu plus chaque jour, vers un mieux-être pour enfin m’aimer entièrement, telle que je suis. »

Vous vous retrouvez dans le témoignage de Marie? Vous souffrez de troubles alimentaires et/ou de dysmorphie? N’hésitez pas à en parler à votre entourage et à une personne spécialisée en la matière afin de vous guider et vous aider. 



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