Home Lifestyle Psycho La dysmorphie corporelle, le mal invisible qui pèse lourd sur le mental

La dysmorphie corporelle, le mal invisible qui pèse lourd sur le mental

Bulimic young girl feeling fat and ugly; Shutterstock ID 435837187; Purchase Order: -

C’est dans un post sur son compte Instagram que la chanteuse canadienne Coeur de Pirate a choisi de parler de sa souffrance relative à la dysmorphie corporelle. Une maladie qui se traduit par une inquiétude excessive relative à un défaut physique, qui peut même être imaginaire. Et si celui-ci n’existe parfois que dans l’imagination, les conséquences de la dysmorphie corporelle, elles, sont bien réelles.

En l’occurence, c’est l’équivalent de vivre en permanence dans une prison mentale aux airs de palais des glaces, chaque surface réfléchissante renvoyant une image déformée dont la personne qui se voit est pourtant persuadée qu’il s’agit de la réalité. Certaines vont voir un appendice démesuré là où il y a juste un nez aquilin, d’autres vont complexer sur leur bouche au point de ne plus oser sourire voire même se voir obèses là où leur corps est tout à fait dans la normale. C’est le cas de Louise, 30 ans, qui souffre de dysmorphie corporelle depuis aussi longtemps qu’elle s’en rappelle, bien qu’il lui ait fallu des années avant de savoir qu’il s’agissait d’une pathologie.

J’ai beau mettre une taille 38, et savoir rationnellement que c’est plutôt mince, quand je me regarde dans un miroir, je me trouve obèse. Quand je vois des photos de moi prises par surprise, je suis toujours étonnée de me dire que la fille sur les clichés est au final plutôt fine, et je me convaincs que c’est à cause de l’angle de la photo, que c’est un coup de chance. Souvent, dans la rue, je demande à mon mec si je suis plus ou moins grosse que des filles qui passent, même si elles dépassent clairement les 100 kilos. La première fois, il a cru que je voulais me moquer de la passante, mais il a vite compris que dans ma tête, je ne me voyais pas comme je suis en réalité.

C’est là le principe même de la dysmorphie: selon la définition de l’Institut universitaire en Santé mentale de Montréal, il s’agit en effet d’une préoccupation excessive concernant un défaut de l’apparence physique. Le défaut peut être imaginaire, et si un léger défaut physique est apparent, la préoccupation est manifestement démesurée. N’importe quelle partie du corps peut être l’objet de la préoccupation mais les plus fréquentes sont les yeux, le nez, les oreilles et la forme de la tête. Sans oublier le poids, comme pour Louise mais aussi Coeur de Pirate.

Un mal méconnu

Accompagnée d’une image humoristique, la chanteuse a choisi de faire le point sur le trouble dont elle souffre et de le partager avec ses fans.

Self-care PSA : j’en parle pas souvent mais mon BDD est bad des fois (body dysmorphic disorder) tellement que mes vêtements m’étouffent/ je sors pas de chez moi. On a beaucoup parlé de santé mentale ces temps-ci et je sais que je suis pas toute seule là dedans. Je sais qu’Instagram c’est cool et j’ai l’air de montrer que ça va mais c’est souvent une énorme source de triggers, et ce surtout parceque je ne contrôle pas tout le temps ce qui m’est présenté. Donc, si vous êtes comme moi, c’est important de se déconnecter du média qui pose problème et de se ressourcer pour se préserver.

Il y a quelques semaines déjà, Béatrice Martin alias Coeur de Pirate avait poussé un coup de gueule contre les « standards de beauté impossibles » véhiculés par Instagram, ajoutant que c’était « triggering a/f [un énorme déclencheur de troubles] pour les bambis qui souffrent de troubles alimentaires ».  Un message rafraîchissant et nécessaire, d’autant que la dysmorphie corporelle reste méconnue et souvent mal comprise.

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Self-care PSA : j’en parle pas souvent mais mon BDD est bad des fois (body dysmorphic disorder) tellement que mes vêtements m’étouffent/ je sors pas de chez moi. On a beaucoup parlé de santé mentale ces temps-ci et je sais que je suis pas toute seule là dedans. Je sais qu’Instagram c’est cool et j’ai l’air de montrer que ça va mais c’est souvent une énorme source de triggers, et ce surtout parceque je ne contrôle pas tout le temps ce qui m’est présenté. Donc, si vous êtes comme moi, c’est important de se déconnecter du média qui pose problème et de se ressourcer pour se préserver. If something is triggering for you, know your limits and take care of yourselves.

Une publication partagée par Coeur De Pirate (@beatricepirate) le


Pour s’en convaincre, il suffit de regarder la première saison de This Is Us, série ô combien poignante, mais pas toujours tendre envers Madison, la blonde fluette qui se rend aux réunions des Boulimiques Anonymes avec Kate, et à qui cette dernière s’en prend violemment dans un épisode.

Tu sais pourquoi personne ne te soutient? Parce que tu n’as pas de problème! Les gens qui viennent à ces réunions ont des problèmes. De vrais problèmes, avec de vraies complications. Pourquoi est-ce que toi tu viens ici? Pour te sentir mieux et te rassurer en voyant que tu n’es pas aussi grave que nous?

Une tirade de prime abord compréhensible, vu comme la silhouette filiforme de Madison dénote parmi les autres membres de la réunion, mais qui renforce toutefois la conception dangereuse que pour être « réel », un trouble alimentaire doit être visible. Or, ainsi que l’écrit Coeur de Pirate, dont la ligne ferait pourtant rêver beaucoup de femmes au régime, le principe même de la dysmorphie corporelle est que la personne qui en souffre n’arrive pas à se voir telle qu’elle est et a l’impression d’étouffer dans son propre corps.

Ecrire une nouvelle histoire

Avec des conséquences tragiques sur la vie sociale. Comme le souligne l’Institut universitaire en Santé mentale de Montréal, les compulsions les plus fréquentes associées à la dysmorphie corporelle sont une tendance à se regarder constamment dans le miroir, chercher en permanence de la réassurance auprès de l’entourage (« tu me trouves belle? »), camoufler le défaut à l’aide de vêtements ou de cosmétiques mais aussi éviter les situations sociales, voire même, les relations amoureuses. Heureusement, des traitements sont possibles, sans passer par la case bistouri. Ainsi que l’explique la nutritionniste Guylaine Guévremont,

Les personnes souffrant de la peur de la dysmorphie corporelle ont parfois le réflexe de vouloir se tourner vers la chirurgie esthétique, dépendamment de leur condition. Cette méthode transforme le côté physique et ainsi rend un peu de paix à la personne concernée. Cependant, la tendance de cette dernière au jugement excessif corporel demeure. L’anxiété est toujours présente et le problème est loin d’être réglé à la source.

La solution? Recourir à une thérapie cognitivo-comportementale (TCC), ou bien à une thérapie basée sur les interférences (TBI) et la pleine conscience.

Pour faire simple, la TBI aide les gens à élaborer une nouvelle histoire sur eux-mêmes, se basant sur les sens et la réalité. Cela aide à mettre fin à l’ancienne histoire, plutôt basée sur un doute obsessionnel provenant d’un souvenir ou de l’imaginaire. La pleine conscience quant à elle encourage une attitude où sont rois le détachement et le non-jugement en lien avec ses pensées et émotions.

Pour enfin se voir sans la prison du miroir déformant ancré dans le regard.

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