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La lovstalgie, quand un·e ex nous fait douter de l’amour futur

Kathleen Wuyard


Vous regrettez toujours cette amourette estivale d’il y a dix ans ou bien vous passez chaque nouvelle relation à vous dire qu’au fond, c’était mieux avant? Peut-être faites-vous partie des lovstalgiques, ces personnes pour qui l’amour se conjugue forcément au passé et a donc bien du mal à rimer avec « toujours ».


Les lovstalgiques ont plusieurs visages, mais chaque bande de potes en compte au moins l’un.e ou l’autre. C’est ce mec qui pleure encore l’ex qu’il a quittée il y a dix ans, alors même qu’à l’époque, il était certain de sa décision, ou bien cette copine qui enchaîne les histoires en se disant à chaque fois que finalement, c’était mieux avec la personne d’avant. C’est Rosalie, qui alors qu’elle est en couple depuis huit ans, s’est prise à renouer le contact avec son amoureux d’humanités, et à se demander très sincèrement si au fond, elle avait bien fait de le quitter, jusqu’à tromper son mec avec lui dans ses rêves. Ou bien Lola, qui elle, est carrément passée à l’acte.

Je suis de nature nostalgique, que ce soit dans le domaine de l’amitié, de l’amour, du travail… Et cela se ressent particulièrement dans le domaine amoureux: en couple pendant plusieurs années avec un homme, j’ai fini par le tromper avec un ex. Je ne peux pas uniquement mettre ça sur le compte de la nostalgie mais je pense que ce sentiment n’y est pas pour rien » – Lola.


« Je suis encore jeune, 30 ans, mais avec cet ex rencontré à l’Université, j’avais l’impression de revivre une seconde jeunesse, là où ça devenait sérieux et engageant avec mon homme actuel, raconte Lola ». Un sentiment qu’elle est loin d’être la seule à ressentir, et qui est d’ailleurs propre à l’un des profils de lovstalgiques, qui sont au nombre de trois: les lovstalgiques personnels, temporels et systémiques.

Quand le passé hante


Comme leur nom l’indique, les lovstalgiques personnels s’attachent à une personne en particulier, le cas de figure le plus connu étant celles et ceux qui n’arrivent pas à oublier « the one that got away« , soit l’amour qui leur a filé entre les doigts. Mais il n’y a pas forcément besoin d’avoir cet élément de regret pour que la lovstalgie opère, celle-ci pouvant également s’appliquer à n’importe quelle flamme passée, quelles que soient les conditions dans laquelle celle-ci s’est éteinte. Pour Louise, jeune trentenaire, c’est une relation vieille de plus de dix ans qui la hante. « C’était moi qui l’avais largué, pas très élégamment en prime, parce que je refusais de m’attacher si jeune et que j’avais l’impression qu’on n’avait pas de futur ensemble. Récemment, alors que ça fait deux ans que je suis mariée, je l’ai recroisé en soirée et je me suis dit que j’avais bien déconné. Peut-être que c’est simplement qu’on a grandi tous les deux et que notre évolution a suivi des trajectoires parallèles, mais d’un coup, je nous ai trouvé plein de points communs et depuis, ça me ronge de me dire que je suis passée à côté d’une très belle histoire, voire même, que j’aurais tout à fait pu construire ma vie avec lui ».



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Un retour vers le passé qu’envisagent souvent les lovstalgiques temporels, même s’ils ont tendance à moins le rattacher à une personne particulière qu’à un sentiment ou une époque. La nostalgie de ces moments enflammés avant l’officialisation d’une relation, quand on arrive en soirée avec des papillons dans le ventre en se demandant si oui ou non, on va oser l’embrasser. Le feu qui embrase quand un.e inconnu.e s’approche pour un premier baiser, qu’on sent son parfum, la fraicheur de ses mains, la douce chaleur qui se dégage de son cou. Le manque de ces étés entre l’enfance et l’âge adulte, où chaque événement, chaque vacances, étaient prétexte à de nouvelles rencontres et qui sait, peut-être, de nouvelles amourettes. Un peu comme ce qu’a vécu Lola, qui confie avoir toujours eu une vision plutôt noire de la vie d’adulte, peut-être liée au divorce de ses parents et à l’association faite dans sa tête entre « grandir et la destruction d’un petit monde parfait ».

Avec l’âge, tout devient plus sérieux, plus lourd. Je pense que ma tendance à la nostalgie est liée à une peur de grandir, de perdre la magie et la folie qui sont propres à la jeunesse » – Lola.


Une quête de magie qui pousse parfois certains lovstalgiques à ne pas se rendre compte qu’elle est juste là, sous leurs yeux.

Toujours le même schéma


C’est le propre des lovstalgiques systèmiques, qui plutôt que d’être dans la nostalgie d’une personne ou d’un moment précis, sont dans un éternel recommencement du schéma. Avec, le plus souvent, de nombreux chagrins amoureux à la clé, le schéma étant sans cesse répété: relation avec X – rupture – relation avec Y – conviction que c’était mieux avec X – rupture, et pareil avec Z et toutes les relations qui suivent. Un phénomène encore amplifié par ces derniers mois de confinement et autres chamboulements, même les moins nostalgiques d’entre nous n’ayant pas résisté à reprendre contact avec l’un.e ou l’autre ex. Une idéalisation des amours perdues qui s’apparente à une éternelle fuite en avant, sans même bien toujours savoir ni comprendre ce qu’on fuit, au fond. Pour la thérapeute de couple Anouk Truchot, l’idéalisation « devient pathologique quand on a besoin de l’autre pour combler des manques, pour s’aimer soi-même. Cela ressemble à une fuite. Mais que fuit-on exactement? Il faut se poser la question: dans quelle réalité n’ai-je pas envie de rentrer? ».

Le plus vraisemblablement, la réalité de la vie d’adulte, l’idéalisation étant un sentiment associé à l’enfance. Sigmund Freud lui-même théorisait que rêver de son ex ou de manière plus générale, d’une personne avec qui on a partagé des moments forts, signalait la volonté d’un retour vers un passé qu’on aimerait revivre, la période de l’enfance par exemple, tandis que pour Carl Jung, voir son ex en rêve, c’est refuser d’accepter le présent. Des sentiments exacerbés par cette période angoissante, même si le repli, aussi tentant soit-il, n’est pas la solution pour l’affronter.

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Lola, elle, choisit d’ailleurs résolument de regarder vers le futur et plus vers le passé. « Depuis cette infidélité, j’ai compris que je ne devais plus être dans la nostalgie de mes relations amoureuses. Je veux aller de l’avant, rencontrer une personne avec qui je peux construire et me projeter. Ca ne me fait plus peur, au contraire, ça m’excite ». Pour parvenir à se libérer du passé, il faut aussi savoir se défaire des illusions de l’amour, ce que préconise la psychanalyste Florence Lautrédou dans son ouvrage « L’amour, le vrai », qui part des histoires de huit femmes confrontées à la souffrance amoureuse pour aider à réfléchir sur l’itinéraire amoureux, comprendre les blessures et trouver le véritable amour. Parce que qui on aime en dit souvent long sur qui on est, et que même si la nostalgie nous embrasse parfois (et nous embrase) en nous rappelant la douce familiarité des moments passés, elle empêche aussi forcément de se construire. Ce qui ne veut pas dire que tout va mal pour les lovstalgiques: Louise, elle, choisit de garder le souvenir de cet ancien amoureux croisé en soirée comme un antidote aux jours de doute.

En vrai, je sais que j’ai fait le bon choix, et que de toute façon, avoir plein de points communs ne garantit pas forcément d’être heureux en amour. Mais le fantasme, ça n’engage à rien, alors les jours où ça va mal, je ne compte pas me priver de rêvasser à ce à quoi mon histoire avec lui aurait pu ressembler ».


Sans en parler à son mari pour autant: la règle d’or de la lovstalgie? Si on la cultive, que ce soit dans son jardin secret, sinon on se retrouve vite à trois dans la relation met en garde Anouk Truchot. Qui conseille plutôt de concentrer son énergie pour se rendre disponible dans sa relation actuelle. Parce que ce n’est pas parce qu’on a dû renoncer aux amours passés que l’amour n’est pas présent.



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