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Le manque de tendresse peut mener à la dépression

Justine Rossius


À l’heure où elle vient peut-être à manquer, surtout chez les célibataires en confinement, revenons sur l’importance de la tendresse: ces moments de douceur et d’amour, plus essentiels qu’on ne le pense à notre équilibre.



Le Petit Robert définit la tendresse comme un « sentiment affectueux qui présente un caractère de douceur et de délicatesse » ou encore une « tendance altruiste fondamentale ». Prendre dans les bras, tenir quelqu’un par la main, adresser de douces paroles, dorloter… autant de gestes de tendresse qui ont peut-être l’air accessoires, et qui pourtant, ont un impact fondamental sur notre psychisme et ce, dès notre plus tendre enfance, puisque la tendresse participerait au développement des nouveaux-nés. C’est incroyable, mais cela a été étudié de près: un enfant présentera des troubles de la croissance s’il est privé du contact et de la chaleur d’une mère (ou d’un substitut), et ce, même s’il a été bien nourri. C’est ce qu’on appelle le « syndrome de l’hospitalisme »: un syndrome de régression mentale que développent des jeunes enfants brusquement ou longuement coupés de leurs parents. Ce concept a été découvert par le psychiatre d’origine hongroise, René Arped Spitz, en observant des enfants carencés et placés en pouponnière. Heureusement, les scientifiques qui ont étudié ce syndrome par la suite, ont mis en évidence que l’hospitalisme était réversible: en gros, on peut retrouver une stabilité affective à coups de gestes tendres savamment dosés.

 

La théorie de l’attachement


Ce besoin presque instinctif de tendresse a été aussi démontré aussi par le psychologue britannique John Bowlby et sa théorie de l’attachement. Pour le spécialiste, un jeune enfant a besoin, pour connaître un développement social et émotionnel normal, de développer une relation privilégiée avec un « care giver », soit la personne qui s’occupe principalement de l’enfant (l’un des parents, en général). Ainsi, un bébé aura instinctivement besoin de sa mère, non pas tellement pour s’alimenter, mais plutôt pour se lover dans une sensation de protection et un sentiment de sécurité. Ainsi, le besoin de contact, de proximité et de tendresse, primerait sur la faim. Pour alimenter cette théorie, on peut citer cette étude incroyable réalisée par H. Harlow: les bébés singes préfèrent les mères revêtues d’un chiffon doux aux mères revêtues de fils métalliques, même lorsque ces dernières ont un biberon en main. Preuve donc, que, chez les singes tout du moins, le réconfort du contact est plus important que l’apport de nourriture. Nous serions nous aussi des êtres profondément sensibles à la tendresse. Si c’est pas mignon!

Des répercussions à l’âge adulte


Ce qui est aussi démontré par de nombreux spécialistes, c’est que le manque de tendresse petit, aura une influence à l’âge adulte. Selon Yvane Wiart, docteur en psychologie,

Une des fonctions de l’attachement est de permettre de se sentir en sécurité, de façon à pouvoir partir à la découverte de ce qui nous entoure. Cela est très important pour le développement intellectuel et moteur du bébé, mais demeure une constante dans la vie adulte, sous forme de curiosité intellectuelle, curiosité relationnelle et absence de crainte face à la nouveauté ou à l’inconnu.


Ainsi, ceux qui ont grandi dans un désert affectif se trouveraient en grande difficulté à l’âge adulte pour se positionner face à l’affect. Marie Schmitz, conseillère conjugale et familiale à Liège, souligne à son tour les nombreux bienfaits de la tendresse sur l’enfant devenu adulte: « Toutes les petites marques d’affections quotidiennes (caresses, massages, baisers, câlins) sont importantes pour le développement de l’enfant. Partager des moments de tendresse avec lui va l’aider à se sentir en sécurité et à se sentir aimé. Ceux-ci vont également permettre la création d’un lien entre l’enfant et son entourage. La manière dont se lien s’est créé va influencer ses capacités à entrer en relation avec autrui durant tout son développement jusqu’à l’âge adulte. Ces marques d’affection positives et cette proximité physique de réconfort vont avoir de nombreux impactes bénéfiques. Au moment même, ils auront un effet apaisant: réduction du stress, de la peur.

Et sur le long terme, ils vont donner à la personne la capacité de faire confiance à autrui, de maintenir des liens épanouissants, de s’exprimer sur ses émotions et d’arriver à en parler avec ses proches, de savoir comment gérer des situations anxiogènes ou conflictuelles, etc.


Sans mots et gestes tendres durant notre petite enfance, nous éprouverions des difficultés à entretenir des relations saines avec autrui mais aussi avec soi-même.

L’impact de la distanciation sociale


Si l’on évoque la question de la tendresse aujourd’hui, c’est notamment parce qu’elle est au centre de la question de la distanciation sociale à laquelle nous sommes actuellement contraints, « gestes barrières » obligent. Comment savoir si cet isolement aura des conséquences sur nous, par la suite? Selon Marie Schmitz, le confinement pourrait avoir un impact non seulement psychologique, mais aussi physique sur l’homme:

Il y a un risque de sentiment d’abandon qui peut éventuellement mené à la dépression et qui peut parfois même aller jusqu’à la décompensation (se sentir déconnecté du monde). On peut voir apparaître un sentiment d’angoisse et d’insécurité qui peut mener la personne à se sentir en état d’alerte constante (mentalement et physiquement: peur de l’extérieur, de l’autre, de soi, du danger). Cet état dépressif peut alors engendrer des risques de malmener son corps: insomnie, sous-alimentation ou sur-alimentation, alcoolisme, manque d’hygiène, etc.


Trouver des alternatives


Ce manque affectif est d’autant plus difficile à vivre pour les personnes célibataires, à l’instar d’Amélie, 33 ans, qui vit seule et confinée depuis maintenant deux mois: « Je commence à ressentir le manque d’affection. Je sors d’une relation amoureuse dans laquelle la tendresse prenait une place importante. Et si, en règle générale, j’arrive à surmonter cette absence d’affection par des relations d’une nuit ou des câlins à mes potes, dans ce contexte, cela devient compliqué de trouver des alternatives. » Pourtant, Amélie trouve des plans B:

Je me masturbe plus qu’en temps normal. Je me dis que si je ne peux pas être touchée par d’autres, je peux être touchée par moi-même. Et je fais aussi beaucoup plus de sport, pour compenser mes frustrations »,


nous a-t-elle confié. Selon Marie Schmitz, thérapeute, il faudrait effectivement compenser cette absence de tendresse par d’autres outils permettant la détente physique. « Sentir soi-même son corps physiquement en pratiquant l’auto-massage. Rester en contact avec son corps et son esprit en pratiquant des exercices de relaxation, de sophrologie ou de médiation (seul ou en groupe, vous pouvez en trouver en ligne). Provoquer une détente physique grâce au sport et à la libération d’endorphines (beaucoup de cours gratuits sont en ligne actuellement). Ou encore prendre un bain, sentir son corps dans l’eau chaude qui nous enveloppe et nous sécurise.

Il s’agira donc, durant cette période qui bouscule nos habitudes et notre manière d’entrer en contact, d’apprendre à être tendre avec son propre corps et de trouver de la tendresse dans le contact virtuel ou a distance avec les autres autour d’un plaisir, d’une passion commune (du sport, de la lecture, méditation, peinture, écriture, cuisine, musique, etc.) ».


 

La tendresse n’est pas que physique


Mais comme le souligne la conseillère familiale et conjugale, la tendresse ce n’est pas que physique. « La tendresse, ce sont aussi des mots qui font du bien à l’esprit et au corps. Les mots réconfortants d’un être qu’on affectionne, d’une nouvelle connaissance, d’un voisin peuvent nous procurer un sentiment de bien-être et de sécurité. Les voix et l’énergie d’un groupe de discussion en ligne, par exemple, peuvent aussi avoir un impact positif sur le corps et provoquer une détente physique et psychique. Il peut donc être important pour des personnes isolées de maintenir un ou des contacts, même s’ils ne sont pas physiques. Car de savoir que l’on fait partie d’un groupe, que l’on a un espace où discuter ou collaborer peut nous apporter un sentiment de sécurité et lutter contre ce sentiment d’abandon. On sait qu’on peut contacter l’autre ou le groupe si on a une baisse de morale. »

D’où l’importance de maintenir le contact, même virtuel, pour choyer et se sentir choyé•e.





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