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Je suis une introvertie sociable, et c’est compliqué

Kathleen Wuyard


Tiraillée entre la joie de faire la fête et retrouver sa bande de potes et la nécessité de passer du temps en solo, de préférence avec un livre et sous la couette, l’introvertie sociable a parfois bien du mal à naviguer les incompréhensions de son entourage. Je le sais, parce que j’en suis une et c’est compliqué à gérer.


D’ailleurs, j’entends déjà d’ici les rires francs de tout qui a déjà fait la fête avec moi. Ce diablotin qui sautille sur la piste de danse jusqu’aux premiers rayons du soleil et trinque joyeusement, introverti? Et oui. Je sais, c’est difficile à croire, mais c’est comme ça: je suis introvertie sociable.

Concrètement, ça veut dire que je vais avoir tendance à me replier sur moi-même et à prendre énormément de plaisir à passer du temps en solitaire (ou plus précisément, en famille, avec mon mari et nos deux boules de poils) à lire un livre, par exemple, mais qu’il va aussi m’arriver d’avoir le fêtant de fou malade et de finir la soirée à éviter le mari susmentionné, qui aimerait bien qu’on rentre parce que le soleil est levé et que quand même, il faut se coucher, mais que je préfère ignorer parce que vive la fête. Deux états d’esprit antinomiques qui sont déjà compliqués à équilibrer pour moi, mais qui deviennent parfois carrément blessants pour mes proches.



Difficile, en effet, de ne pas prendre personnellement le fait que celle qui hier encore avait une force de proposition incroyable et enchainait resto-soirée-après-midi shopping-potins en terrasse est désormais dans une position de repli et esquive les invitations sans donner d’autre excuse que « désolée, je suis fatiguée, j’ai besoin de souffler ».

– « J’ai fait quelque chose? Tu boudes? »
– « Non, ce n’est pas toi, c’est moi, j’ai besoin de me recentrer »

Sans surprise, dans la vraie vie, le dialogue passe mal, le motif « je choie ma santé mentale » étant bien moins acceptable qu’une obligation ou maladie éventuelle, ce qui pousse parfois l’introvertie sociable à trouver une excuse débile (« ohlala, j’ai un espèce de rhume fulgurant qui vient de me tomber dessus en une heure, je pense que je vais ramper dans mon lit pendant dix jours, je te reviens pour trouver une date ») plutôt qu’à dire la vérité, difficile à comprendre et donc susceptible de vexer.



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Je ne m’ennuie pas, je chille


Pour moi, l’exercice d’équilibriste a commencé à l’enfance, avec la réalisation que ma norme était tout sauf normale pour mes petits camarades de classe. Je me rappelle particulièrement de l’anniversaire d’une copine (qui, QUI, a décidé qu’il fallait chaque fois se coltiner toute la classe?) où alors que les filles se lançaient toutes dans la création d’une chorégraphie improvisée, ce qui m’enjaillait moyen vu que je passais déjà pas mal d’heures chaque semaine au cours de danse, j’avais découvert avec émerveillement la bibliothèque de la fêtée du jour.

Férue de lecture depuis toujours, j’avais décidé que je serais « le juge de leur chorégraphie » (pas pour me vanter, mais oui, clairement, j’ai inventé l’ancêtre de la Star Academy) et qu’en attendant qu’elles soient prêtes, j’allais bouquiner tranquille. Ce qui avait stupéfait le grand frère de ma copine de classe, qui, voyant la scène, avait martelé que « je m’ennuyais », malgré mes protestations véhémentes.



C’est que l’humain est un animal social par essence, et qu’il reste impensable voire carrément bizarre que certains membres de l’espèce choisissent volontairement de passer du temps en solitaire plutôt que de se mêler aux autres. Et pourtant, c’est une pause nécessaire qu’on accorde bien volontiers au quotidien aux objets qui nous entourent: personne ne va sermonner son smartphone quand sa batterie est vide en lui exhortant de récupérer de l’énergie, là, maintenant, parce que vous en avez besoin.

Pour l’introvertie sociable que je suis, c’est pareil: parfois, après avoir enchaîné les rendez-vous et événements, j’ai besoin de temps solo pour recharger mes batteries. Ce n’est pas parce que je boude, qu’il y a un froid, que je ne veux pas fondamentalement vous voir, juste, j’ai besoin d’être en tête-à-tête avec moi même et un bon livre, de préférence dans des draps de lin blanc mais bon, on ne peut pas toujours choisir.

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« Ce n’est pas toi, c’est moi »


Par chance, je partage ma vie avec quelqu’un qui a très rapidement compris cette dualité, et qui a même parfois désormais la prévenance d’anticiper avant moi quand je vais avoir besoin d’une petite période d’introspection, mais il n’en a pas toujours été ainsi, et malheureusement, il n’en va pas de même pour chaque introvertie sociable. Surtout parce que dans l’imaginaire collectif, « introversion » est synonyme d' »hermite » et il est impensable pour les personnes qui vous côtoient dans vos moments « sociables » que vous soyez véritablement quelqu’un d’introverti et les explications incessantes de votre caractère complexe peuvent s’avérer drainantes.

Petit rappel important: vous ne devez votre amitié à personne, et si une relation vous épuise, parce que vous devez constamment vous justifier et investir plus d’énergie à socialiser que ce dont vous disposez, il peut s’avérer bénéfique de plutôt vous concentrer sur les personnes qui vous comprennent. Votre santé mentale doit plus vous préoccuper que le fait de savoir si oui ou non, vous parvenez à contenter tout le monde. À l’inverse, vous n’en chérirez que plus les personnes qui vous voient vraiment pour qui vous êtes et qui seront présentes pour vous dans vos moments d’introspection ou de socialisation.



Surtout, ne luttez pas contre votre nature: l’introspection a quelque chose de très beau aussi, d’autant que ce repli permet souvent de mieux se concentrer sur ses sentiments, et donc, d’être plus ouvert – c’était d’ailleurs la technique préférée des psychologues du XIXe siècle. Enfin, souvenez-vous qu’il n’y a pas de « bonne » manière d’être introverti·e: on a tous en nous une propension à l’introversion et à l’extraversion, qui se manifeste différemment selon la personne. N’essayez juste pas d’expliquer cette subtilité la prochaine fois que vous êtes d’humeur extra sociable et que vous papillonnez en soirée: ça risque d’être compliqué à faire passer par-dessus le bruit de la musique…



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