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© Panique face au Coronavirus - Getty Images

Pour ce médecin, ce n’est pas le Coronavirus qu’il faut craindre mais les réactions à l’épidémie

Kathleen Wuyard

Supermarchés vidés de leurs denrées de première nécessité, masques et gel pour les mains introuvables, racisme et ostracisation envers les malades… Le Coronavirus n’a pas seulement déclenché une psychose planétaire, il semble aussi avoir réveillé les instincts humains les plus bas. Et selon le Professeur Gilbert Deray, chef de service à l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, c’est précisément cela qu’il faut craindre, plus encore que la propagation du Covid-19.


« Attention danger, mais pas celui que vous croyez » met en garde le spécialiste en pharmacologie dans un post sur sa page Facebook, où il rappelle qu’en 30 ans de carrière, « de mon observatoire hospitalier, j’ai vécu de nombreuses crises sanitaires, HIV, SRAS, MERS, résurgence de la tuberculose, bactéries multi-résistantes, nous les avons gérées dans le calme et très efficacement ».

Je n’ai jamais vécu un tel degré d’inquiétude pour une maladie infectieuse et d’ailleurs pour aucune autre. Et pourtant, Je ne suis pas inquiet quant aux conséquences médicales du Coronavirus ».


En effet, ainsi que le Professeur Deray le souligne, « rien dans les chiffres actuels sur la mortalité et la diffusion du virus ne justifie la panique mondiale sanitaire et surtout économique. Les mesures prises sont adaptées et efficaces et elles permettront le contrôle de l’épidémie. C’est déjà le cas en Chine, foyer initial et de loin le plus important de cet agent infectieux, ou l’épidémie est en train de s’éteindre ». Dont acte: en Chine, les lieux publics réouvrent progressivement cette semaine tandis que 14 des 16 hôpitaux de campagne ouverts en urgence à Wuhan ont déjà fermé leurs portes alors que le nombre de nouvelles infections est en baisse constante depuis plusieurs semaines. Le Dr Bruce Aylward, conseiller principal du directeur général de l’OMS, a d’ailleurs applaudi le fait que les Chinois aient « réussi à changer le cours d’une épidémie, sans vaccin, ce qui est extraordinaire ». Bonne nouvelle, donc? En Chine, peut-être, mais en Europe, alors que l’Italie entière est sous quarantaine et que le Danemark vient de suivre préventivement son exemple, la panique bat son plein, et selon Gilbert Deray, c’est précisément de cela qu’il faudrait avoir peur.

Panique face au Coronavirus - Getty Images

Mourrir plus vite, de solitude


Et le médecin parisien de faire la liste de tout ce qui l’inquiète, dans un climat où « la couverture médiatique sur le coronavirus est très anxiogène et elle participe à l’affolement de chacun ».

Je suis inquiet des vols de masques et de gels nettoyants, de cette terreur qui conduit à faire des stocks obscènes de nourriture dans des pays où elle est disponible dans une abondance tout aussi obscène, je suis inquiet pour nos anciens déjà seuls et qu’il ne faut plus ni voir ni toucher de peur de les tuer. Ils mourront plus vite mais « seulement « de solitude ».


Et d’ajouter être également inquiet « que la santé ne devienne un objet de communication belliqueuse et de conflit comme un autre, alors qu’elle devrait être une cause ultime de lutte dans le rassemblement ».

Cela conduit aux théories du complot les plus folles du genre, « ils nous cachent quelque chose ». Rien n’est obscur, c’est impossible en médecine dans ce monde du numérique ou la connaissance scientifique est immédiate et sans filtre ».


D’autant qu’ainsi que Gilbert Deray le rappelle, n’en déplaise aux complotistes et aux partisans de théories apocalyptiques, « le coronavirus ne tue (presque) que les organismes déjà fragiles », par contre, le virus présente une autre menace bien plus effrayante: « dévoiler les immenses fractures et fragilités de nos sociétés. Les morts qui se compteront alors par millions seront ceux de l’affrontement des individus dans l’indifférence totale de l’intérêt collectif ». À bon entendeur…

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