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Le Dialogue Intérieur: la technique psy pour prendre les bonnes décisions

Justine Rossius

Vous avez parfois l’impression de ne pas être en accord avec vos choix? Que ceux-ci vous provoquent une angoisse dont vous ne parvenez pas à cibler la source ? La technique du Dialogue Intérieur pourrait vous être utile : elle permet de donner la parole aux différentes personnalités qui nous habitent. On vous explique !

Il nous arrive à tous·tes d’éprouver le « syndrome de la girouette » : nous nous retrouvons confronté·e à une décision à prendre. Notre premier réflexe nous invite à faire un choix spontané, presque automatique, mais, dans un coin de notre tête émerge le doute, celui qui nous donne envie d’émettre un choix opposé. Schyzo? Non! C’est simplement votre Personnage Dominant qui chante trop fort, mais ça, vous allez le comprendre grâce à cet article.

Si ce conflit intervient au plus profond de chacun de nous, certaines personnes sont plus propices à jouer les girouettes, c’est le cas de Lorie, 33 ans : « J’ai toujours un mal fou à assumer mes décisions. C’est une guerre perpétuelle qui se joue en fond dans mon cerveau. Je décide de ne pas me rendre en festival pour prendre du temps pour moi, car je sens que j’en ai besoin et puis je passe l’entièreté du week-end à avoir le FOMO. » Pour parvenir à se sentir en accord avec ses choix, la méthode du Dialogue Intérieur aurait fait ses preuves : c’est cette technique que décrypte la coach professionnelle Isabelle Demeure dans son livre Faites les bons choix avec le dialogue intérieur (éd. Leduc Pratique). Le principe de cette théorie est que, lorsque nous faisons des choix spontanés, c’est une seule partie de nous-même qui s’exprime, et qui fait taire d’autres aspects de notre personnalité. Pour comprendre cette théorie, il faudrait imaginer notre personnalité globale comme une troupe de théâtre où des personnages entrent et sortent : « certains ont les premiers rôles et occupent le devant la scène, d’autres tiennent des rôles secondaires ou sont même de simples figurants. »

Les personnages dominants et les rôles secondaires

Nous avons tous un personnage dominant, qui est les parties de nous reconnues et validées. « Ce sont les costumes que nous portons habituellement, ceux qui font que l’on nous reconnaît de loin » explique la coache. « Ils constituent notre Pilote Automatique ». Et ils ont un rôle bien défini : celui de protéger ce qu’on appelle notre Enfant Intérieur, qui lui, est fragile, et rempli de vulnérabilités à cacher à tout prix. Ces personnages dominants nous ont permis de recevoir, dès notre plus jeune âge, l’approbation de notre entourage, sa reconnaissance et son amour. Ainsi, à titre d’exemple, Florence est l’aînée de la famille : elle doit souvent donner l’exemple et soulager sa maman qui a beaucoup à faire avec ses sœurs jumelles. Il faut qu’elle se montre gentille, calme, serviable. Florence, une fois adulte, sera reconnue comme la « parfaite, qui fait bien tout ce qu’on lui dit » auprès de ses ami·e·s, de sa famille. Autre exemple cité dans le livre : Paul, au beau milieu d’une fratrie nombreuse, devra se montrer attirant et visible pour prendre sa place et que l’on ne l’oublie pas. Sa personnalité dominante sera sans doute celle d’un leader affirmé qui entraîne les autres.

Ce comportement dominant, va être valorisé et apprécié durant l’enfance et va finir, au fur et à mesure, par prendre de plus en plus de place dans leur personnalité.

L’auteure cite alors quelques personnages dominants bien connu…

  • Le Protecteur-régisseur, qui guette les dangers et cherche le meilleur moyen de nous protéger
  • L’Activiste, qui est valorisé dans notre société, qui consiste à être non-stop dans l’action
  • Le Travaillomane, pour qui seul le travail compte
  • Le Critique intérieur, qui identifie sans cesse nos points de fragilité
  • Le Perfectionniste, qui croit que pour être aimé, apprécié, reconnu, tout doit être parfait
  • Le Responsable, qui pense qu’il doit se donner du mal pour pourvoir aux besoins de chacun

Ces personnages dominants n’ont rien de mauvais : « Ils font bien leur job et ont tous des côtés très positifs. Ils ne sont pas à dénigrer ni à vouloir transformer » souligne Isabelle Demeure. « Le risque, puisqu’ils sont ultra efficaces et reconnus, s’identifiant à la personne, c’est qu’ils prennent de plus en plus de place et envahissent totalement la personnalité. Ils peuvent alors immobiliser le sujet qui n’a plus d’autres façons de faire que de se soumettre à leurs règles. C’est alors l’impasse ». Un exemple ? Si on vous a toujours valorisé·e pour votre capacité à réussir à l’école, et puis, professionnellement, vous avez peut-être développé une personnalité dominante de Travaillomane, pour qui seul le travail compte. Ainsi, si l’on vous propose de passer du bon temps — partir en vacances ou venir boire un verre avec des copains — alors que vous avez encore un dossier pas fignolé, votre personnage dominant risque de faire le choix spontané, automatique, de refuser le loisir pour se concentrer sur le boulot. Au dépend, parfois, de votre bien-être réel. C’est dans ce genre de situation, que le Dialogue Intérieur peut intervenir !

Découvrir les personnages qui se cachent en nous

Selon la technique du Dialogue Intérieur, il faudrait donc parvenir à comprendre quel est notre Personnage Dominant pour pouvoir, en seconde partie du processus, explorer les parties moins connues de notre personnalité : celles qui sont peu utilisées, souvent critiquées ou jugées. C’est ce qu’on appelle les Sous-Personnalités non intégrées. En général, une des Sous-personnalités est l’exacte opposée de notre Personnage Intérieur Dominant. Ainsi, le « Perfectionniste » ne s’autorisera jamais à être dans le lâcher-prise total. Un « Responsable » aura vraiment du mal à faire des choix dédié à son bien-être à lui, pour peu que cette décision heurte le bien-être d’autrui. Pire: il verra ce choix comme impossible, comme mauvais. Voici quelques exemples de polarités bien connues: l’Altruiste/le Personnel, Le Rationnel/l’Irrationnel, Le Responsable/l’Irresponsable, La Victime/le Bourreau et ainsi de suite.

On pourrait alors penser qu’il suffit de faire des choix en cohérence avec notre personnage dominant, mais malheureusement (ou heureusement !), nous sommes tous·tes habité·e·s d’autres personnages ; même de ceux que nous rejetons. Et le souci, c’est que plus les Personnages Intérieurs Dominants prennent de la place, plus la vulnérabilité est mise à distance et refoulée. Ils nous coupent en quelque sorte de ces parties vulnérables, mais qui font partie de nous, qu’on le veuille ou non.

Ainsi lorsqu’un Personnage Intérieur Dominant nous immobilise, il est urgent de prendre de la distance avec lui. Permettre qu’il reprenne une place plus ajustée dans notre vie demande toujours de découvrir la vulnérabilité précise qu’il protège.

Selon la théorie du Dialogue Intérieur, les Sous-Personnalités sont ainsi porteuses d’une énergie. Elles sont juste inexploitées, mais sommeillent en chacun de nous. Mais alors, comment les réveiller et leur donner leur juste place ?

Découvrir son Enfant Intérieur et sa part de vulnérabilité

En général, si le Personnage Dominant a grandi au fond de soi, c’est car il a pris un rôle de Protection: celui de protéger notre Enfant Intérieur, le vulnérable. Désormais, cet Enfant Intérieur est donc bien protégé : comme dans un château fort, nous avons bâti des pont-levis, des hauts murs, pour qu’il ne soit jamais attaqué. Dès qu’il tente de se manifester, hop : nous le remettons à sa place et l’enfermons à double tour. Or, comme le dit si justement l’auteure, cet Enfant Intérieur est la porte de l’âme : « la clé pour entrer en relation avec l’autre et pour créer de l’intimité. C’est aussi le passage obligé pour être en lien avec soi et avec l’autre ». Il prend différentes formes : l’Enfant Triste, Apeuré, Blessé, Non Reconnu, Capricieux, En Colère, etc. Il serait donc essentiel d’aller à la rencontre de ses Enfants, en vous posant ces quelques questions : sur quel aspect êtes-vous puissant ? Quelle est votre force reconnue ? Quelle partie vulnérable vient-elle protéger ? Quels risques y aurait-il à laisser la vulnérabilité sans protection ? En vous posant ces questions, vous parviendrez sans doute à accueillir et à comprendre quel est votre partie plus silencieuse : l’enfant silencieux qui se tait lors des prises de décision mais qui aurait tout à gagner à y mettre son grain de sel.

Comment pratiquer le dialogue intérieur seul ?

Ce que nous apprend le livre Faites les bons choix avec le dialogue intérieur (éd. Leduc Pratique), c’est qu’il est important de faire dialoguer nos différents Personnages, comme dans une grande assemblée ou chacun aurait son mot à dire pour que l’entreprise fonctionne bien. Lorsque vous êtes face à une décision à prendre, imaginez alors un théâtre dans votre esprit, dans lequel plusieurs personnages jouent et se donnent la parole. Vous êtes le metteur en scène et parvenez à faire dialoguer et parler tous les acteurs, en leur donnant à chacun une juste place. Demandez-vous quel personnage dominant a cette envie irrépressible de trancher, de donner une réponse automatique. Et puis, faites intervenir vos Sous-Personnalités, les personnalités opposées mais aussi les plus vulnérables, qui correspondent à votre Enfant Intérieur. Au final, votre Personnalité Dominante aura peut-être le dernier mot, mais petit à petit, les autres personnages auront leur mot à dire, et tout du moins, seront entendus et donc pas niés, ce qui est important pour une prise de décision harmonieuse et sans ressentis négatifs.

Car chacune de nos facettes a un rôle à jouer, une énergie à émettre. Dans son livre, la coach donne plusieurs pistes pour explorer le Dialogue Intérieur en solo, dont celle-ci, par écrit : « Prenez votre clavier et prenez une police pour la voix dominante et de l’italique pour son opposé, de façon à voir clairement comment chacune répond à l’autre, avançant tour à tour leurs arguments et leurs points de vue ». C’est là que la notion de chef d’orchestre intervient : « Le Chef d’Orchestre Intérieur, va utiliser chaque « instrument » qui s’est exprimé, sans exclure définitivement l’un des deux. Il va regarder d’un autre œil celui qui a peu l’occasion de se faire entendre et intégrer son point de vue, même à dose homéopathique, pour avoir enfin le choix d’exprimer autre chose que ce que dit toujours la voix dominante. » Ainsi, le Dialogue Intérieur s’utilise au quotidien, et invite à prendre un recul face à nos habitudes, à nos automatismes.

Il permet d’explorer d’autres avis, moins habituels, qui portent en eux une partie de la vérité aussi, pour pouvoir vous exprimer pleinement, enfin, toute la richesse qui est en vous.  

Le sujet vous intéresse? Vous avez envie d’aller plus loin dans la concrétisation du Dialogue Intérieur? Procurez-vous le livre Faites les bons choix avec le dialogue intérieur !, éd. Leduc Pratique, par Isabelle Demeure.

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