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L’auto-câlinage, la technique pour prendre soin de soi et s’écouter

Manon de Meersman


Faire la bise, se serrer dans les bras, faire de nouvelles rencontres... Autant d’actions qui sont désormais proscrites jusqu’à nouvel ordre, dans le but d’endiguer la pandémie mondiale de Covid-19. Mais ces mesures ne sont pas sans conséquence: selon une enquête iVox menée à la demande d’Ardennes-étape, 7 Belges sur 10 sont en manque de contacts sociaux. Et si l’auto-câlinage apparaissait alors comme une solution pour pallier à ce mal-être?


Les verres improvisés dans notre bar favori, les virées au cinéma, les rendez-vous amoureux au restaurant, les soirées en boîte de nuit jusqu’aux aurores, les virées entre amis... Nous sommes nombreux à jeter un regard nostalgique à ce qu’on se surprend à appeler « la vie d’avant ». Qualifier l’année qui s’est écoulée d’éprouvante n’est qu’un euphémisme, et ce, sur plusieurs plans, dont un en particulier: celui du contact humain. Selon l’enquête iVox menée à la demande d’Ardennes-étape, pour 70% de la population belge, le manque de contacts sociaux se fait sentir plus que jamais en cette période. En effet, 76% des Belges déclarent à ce propos que cette situation leur a fait prendre conscience de l’importance du temps passé avec leurs amis et leur famille. Et à l’heure où se réunir à plusieurs pour savourer de délicieux moments de complicité est impossible, pour 2 répondants sur 3, les liens avec les proches se sont renforcés. C’est la raison pour laquelle en haut de la liste des souhaits de la population belge se retrouve tout simplement le besoin d’embrasser sa famille et ses amis. Et si en attendant de pouvoir retrouver la chaleur des bras de nos proches, nous apprenions à satisfaire ces besoins par nous-mêmes... Avec l’auto-câlinage, par exemple?



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L’auto-câlinage, une solution à ce mal-être?


L’année 2020 a indéniablement bouleversé nos modes de vie, chamboulant nos habitudes à tous les niveaux. Elle nous a, à nos dépens, forcé à prendre davantage soin de nous et à s’écouter, peut-être un peu plus qu’avant. Laura Angelini, assistante en psychologie de formation et travaillant depuis 7 ans dans le secteur de la santé mentale, a pris connaissance de la pratique de l’auto-câlinage durant le premier confinement, une technique qui consiste « à se serrer soi-même dans les bras lorsqu’on se sent stressé, qu’on a besoin de tendresse ou qu’on a besoin d’être rassuré, explique-t-elle. Devant les restrictions et les contraintes de distanciations imposées, il a fallu être inventif. Les services d’aides à la jeunesse, et principalement les services résidentiels, se retrouvaient touchés de plein fouet par la situation.

Garder des enfants en souffrance psychique ou ayant besoin de réconfort à l’écart est compliqué. Surtout lorsque les contacts sociaux et humains sont drastiquement diminués. Sans contact avec leurs propres familles, les maintenir à distance physique permanente aurait été inhumain »,


poursuit-elle. C’est alors que l’auto-câlinage entre en scène. Afin de rassurer les enfants et de se montrer présents pour eux, les travailleurs sociaux ont adapté cette technique. En face à face, on tend les bras l’un vers l’autre: comme si on s’apprêtait à toucher l’autre du bout des doigts. Puis, dans un mouvement commun, on s’enlace soi-même. On trompe le cerveau, en donnant, par ce vis-à-vis, l’impression qu’on se câline », explique-t-elle. Une manière astucieuse de s’apporter du réconfort en cette période psychologiquement difficile à vivre, mêlant incertitude, climat anxiogène et morosité ambiante au quotidien.



Et si les câlins ont ce pouvoir si apaisant, c’est parce qu’au-delà du sentiment de bien-être et la sensation d’être aimé qu’ils apportent, ils jouent avec nos hormones. « Ils ont un impact au niveau physique, explique Laura Angelini. Grâce à eux, on sécrète une hormone appelée ocytocine, qui n’est autre que l’hormone de l’attachement, capable d’agir comme un véritable anti-stress. Lorsqu’on s’auto-câline, on s’apporte donc du réconfort, on baisse son niveau de stress et on se sent bien. »

Pourquoi l’auto-câlinage est d’autant plus important en cette période?


En tapant « auto-câlinage » dans la barre de votre moteur de recherches, vous tomberez sur de nombreux articles très récents ventant les mérites de cette méthode. Et pour cause! Si on en entend davantage parler aujourd’hui, c’est parce que la période s’y prête, purement et simplement. « L’Homme est un être sociable et social, rappelle Laura Angelini. Et sans contacts humains, il se laisserait dépérir. L’expérience imposée sur des bébés par l’empereur Frédéric II l’avait d’ailleurs démontrée: un nourrisson pour lequel on ne répond qu’aux besoins primaires, à savoir l’alimentation, l’hygiène et le sommeil, sans lui adresser le moindre mot ou geste rassurant et tendre, se laisse mourir.

Il apparaît évident que cette période d’isolement a un impact alarmant sur le bien être des personnes. L’inconfort dû à l’incertitude, aux règles changeantes et l’absence d’informations claires concernant la durée de la pandémie, alimentent et augmentent le stress de chacun »,


poursuit-elle. De cette manière, l’auto-câlinage agit sur cette dimension du mal-être, calmant d’une certaine manière notre stress et nos angoisses. « C’est là que réside tout son intérêt, explique Laura Angelini. En ayant recours à des techniques telle que l’auto-câlinage, on booste notre moral et on se donne de la force pour affronter encore un peu plus cette période si particulière ».

Une méthode qui se rapproche de la méditation en pleine conscience


L’auto-câlinage s’inscrit dans la mouvance de la pleine conscience. Celle-ci consiste à prendre le temps de focaliser pleinement son attention sur le moment présent, mais également de prendre en compte les sensations qui traversent notre corps. La pleine conscience demande à être pratiquée régulièrement pour parvenir à un sentiment appréciable de libération. « En effet, prendre le temps d’utiliser la méthode de l’auto-câlinage, c’est d’abord prendre le temps d’identifier l’émotion qui apparaît, qu’il s’agisse de tristesse, de colère ou encore de peur, précise Laura Angelini.

Pratiquer l’auto-câlinage, c’est également être capable de ressentir les sensations qui surviennent: l’arrivée du stress au creux de l’estomac, la boule dans la gorge, l’excitation motrice… L’inconfort qui est mis en lumière entraîne alors la prise d’initiative d’une réponse, en se mettant en action. »


Dans cette optique, s’auto-câliner ne s’improvise pas et demande une assiduité de la démarche, afin d’apporter une réponse intéressante à notre mal-être. « Il faut être dans l’instant présent en prenant conscience de son état d’esprit, de ses sensations corporelles. L’idée étant de vouloir, dans un second temps, y apporter une solution positive », explique Laura Angelini. Cette méthode permet d’ailleurs à bien des égards de prendre davantage soin de soi, de mieux s’écouter et de cibler au maximum nos inquiétudes pour mieux agir dessus ensuite.



L’auto-câlinage, plus qu’une simple méthode, rassemble en son sein une reconnexion profonde à son for intérieur et donne un rendez-vous privilégié à notre corps pour mieux s’appréhender, nous et nos ressentis. Se sentir en sécurité, se sentir apaisé, se sentir aimé... Autant de besoins qui n’ont jamais été aussi pressants qu’à l’heure actuelle, mais qui peuvent trouver une réponse réconfortante dans l’auto-câlinage, du moins sur le court-terme, en attendant de pouvoir à nouveau réchauffer nos coeurs du toucher de nos proches.

Crédits photo: Getty




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