Home Lifestyle Tout comprendre de la polémique autour des propos transphobes de J.K. Rowling

Tout comprendre de la polémique autour des propos transphobes de J.K. Rowling

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Depuis plusieurs jours, une polémique enflamme la Toile: celle de J.K. Rowling et de ses tweets transphobes. En effet, l’auteure à succès a publié sur Twitter un post qui semble dénigrer les personnes transgenres: «  »Les personnes qui ont leurs règles ». Je suis sûre qu’il y avait un mot pour ces gens. Que quelqu’un m’aide. Feum ? Famme ? Feeme? », une question rhétorique sous-entendant le mot « femme ».

Ce n’est malheureusement pas la première fois que J.K. Rowling diffuse des tweets transphobes sur son compte. En effet, par exemple, en décembre 2019, l’écrivaine avait tweeté: « Le sexe est réel », quelques mots qui paraissent totalement anodins, mais qui cachent une violence extrême en niant que le genre d’une personne puisse ne pas être en accord avec celui donné à la naissance. La notion d’identité de genre n’est pas prise en compte dans cette phrase courte, mais terriblement lourde de sens. « Si le sexe n’est pas réel, il n’y a pas d’attirance pour le même sexe. Si le sexe n’est pas réel, la réalité vécue des femmes dans le monde est effacée. Je connais et j’aime les personnes transgenres, mais l’effacement du concept de sexe enlève à beaucoup la capacité de discuter de leur vie de manière significative. Ce n’est pas de la haine de dire la vérité », a tweeté J.K. Rowling le 7 juin. Tentant de justifier ses propos, elle rajoute: « Je respecte le droit de chaque personne trans à vivre de la manière qui lui semble authentique et confortable. Je marcherais avec vous si vous étiez victime de discrimination parce que vous êtes trans. En même temps, ma vie a été façonnée par le fait d’être une femme. Je ne crois pas qu’il soit haineux de le dire ».

Un paradoxe dans les propos tenus

Mais quelle est la réelle pensée de J.K. Rowling sur le sujet? L’auteure semble éparpillée, prêchant pour la cause transgenre, mais likant des tweets transphobes et laissant transpirer la transphobie dans ses propos… Un paradoxe qui a de quoi questionner et interloquer.  « L’idée que des femmes comme moi, qui ont fait preuve d’empathie envers les personnes trans depuis des décennies, se sentent proches parce qu’elles sont vulnérables au même titre que les femmes – c’est-à-dire à la violence masculine – « haïssent » les personnes trans parce qu’elles pensent que le sexe est réel et a des conséquences vécues – est une absurdité », a justifié l’auteure sur Twitter. Sous ce tweet, on aperçoit des centaines de réactions. « En tant que médecin, je veux que les gens sachent que le sexe existe sur un spectre biologique bimodal tout comme le genre existe sur un spectre sociologique bimodal. Si la plupart des gens s’identifient comme étant de sexe féminin ou masculin, il existe des personnes intersexuées et transgenres dont les identités sont tout aussi valables et réelles », a réagi l’un. « Le sexe est réel. Personne ne veut effacer le concept de sexe. Ce qui est discuté, c’est le genre, qui est une chose différente. Les hommes trans sont nés féminins, biologiquement, ce qui signifie qu’ils ont leurs règles. Effacer le concept de genre efface le combat que tous les trans ont mené », rajoute l’autre.

Daniel Radcliffe et Emma Watson, qui ont incarné respectivement les rôles d’Harry Potter et de Hermione Granger dans les films inspirés des livres de l’auteure, se sont d’ailleurs exprimés sur le sujet, alors qu’ils sont d’habitude plutôt réservés de ce côté-là.

 Les femmes transgenres sont des femmes. Toute déclaration contraire efface l’identité et la dignité des personnes transgenres et va à l’encontre de tous les conseils donnés par des associations professionnelles de soins de santé qui ont beaucoup plus d’expertise sur ce sujet que Jo ou moi ». 

a déclaré Daniel Radcliffe. « Les personnes trans sont qui elles disent être et méritent de vivre leur vie sans être constamment remises en question ou qu’on leur dise qu’elles ne sont pas qui elles disent être, a déclaré Emma Watson. Je veux que mes followers trans sachent que moi et de nombreuses personnes dans le monde entier vous voyons, vous respectons et vous aimons pour qui vous êtes », a-t-elle ajouté. Des marques de soutien aux personnes transgenres qui ont été touchées par les propos de J.K. Rowling, mais également des mots réconfortants pour les fans de la saga qui voient leur expérience littéraire ternie par une image sombre de l’auteure derrière. »À toutes les personnes qui ont le sentiment que cela a terni leur expérience des livres, je suis profondément désolé, a déclaré Daniel Radcliffe, invitant tout un chacun à plutôt se rappeler « ce qu’il y avait de précieux dans ces histoires », comme « la force de l’amour », « la diversité », ou encore le fait que « les idées dogmatiques de pureté conduisent à l’oppression de groupes vulnérables ».

Dans le but de se défendre, J.K. Rowling s’est alors confiée sur son passé. Un passé douloureux, empreint de violence. Pourquoi de telles révélations? Afin de remettre dans le contexte ses propos controversés sur les personnes transgenres. « Je suis sous les projecteurs depuis plus de vingt ans maintenant, et je n’ai jamais parlé publiquement du fait d’avoir moi-même survécu à des violences conjugales et des agression sexuelles, écrit l’auteure. Ce n’est pas parce que j’ai honte que ces choses me soient arrivées, mais parce qu’il est traumatisant de revenir dessus et de se souvenir. Je suis aussi soucieuse de protéger ma fille issue de mon premier mariage » ajoute-t-elle.

Je n’ai fait état de mon passé que parce que comme n’importe quel être humain sur cette planète, j’ai un passé complexe, qui dessine mes peurs, mes intérêts et mes opinions ».

Une identité de genre qui diffère du sexe

Et si dans le fond, J.K. Rowling était tout simplement maladroite? Mmh. Au compteur des maladresses à propos des personnes transgenres, J.K. Rowling semble pourtant bel et bien première de sa classe. Plus qu’une polémique d’ailleurs, cette série d’opinions sur le sujet des personnes transgenres et de la transphobie met sous le feu des projecteurs une minorité qui lutte chaque jour pour assurer son existence, ses droits et sa reconnaissance. En décembre 2019, suite aux premiers propos tenus par J.K. Rowling, l’association GLAAD, qui défend les droits des personnes LGBTQI+ aux États-Unis, avait expliqué que l’auteure s’était alignée sur « une idéologie infondée niant complètement l’humanité des personnes transgenres. Les personnes trans et non binaires ne sont pas une menace pour les femmes, et l’affirmer met les personnes trans en danger ».

Et le mot « danger » a beau être fort, il est approprié à la cause. En Hongrie, les personnes transgenres et intersexes ne sont désormais plus reconnues. Il s’agit là d’une véritable violation de leurs droits humains. Derrière le terme transgenre se trouve en réalité une complexité dont peu de personnes ont conscience. « Pour la plupart des personnes, le sexe mentionné dans leur état civil correspond à leur identité de genre. Le sexe apparaît sur de multiples documents officiels (notamment les actes de naissance, cartes d’identité et passeports) et détermine la façon dont les personnes sont perçues pendant toute leur vie. Les personnes trans dont l’identité de genre diffère du sexe qui leur a été assigné à la naissance sont ainsi vulnérables à de nombreuses discriminations dans leur vie quotidienne, explique Amnesty International. « En général, les gens ne vivent ni ne perçoivent pas leur identité de genre selon un schéma uniforme et standardisé. Les personnes transgenres, dont l’identité de genre diffère du sexe qui leur a été assigné à la naissance, vivent de façon individuelle leur identité de genre et l’expriment de différentes façons. La perception de l’identité de genre peut aussi évoluer avec le temps. Certaines personnes transgenres s’identifient comme complètement homme ou femme, d’autres perçoivent leur identité de genre comme en dehors de cette binarité », ajoute l’organisation.

Propos maladroits, bienveillance dissimulée, pensée mal exprimée… J.K. Rowling, en diffusant de tels tweets, a montré, à ses dépens, l’importance du combat quotidien pour défendre les personnes transgenres. Énormément de réponses à ses propos invitaient l’auteure à lire et à se renseigner sur ce que sont les personnes trans. Une démarche intéressante qui a le don de conscientiser une cause dont beaucoup ignore les difficultés de compréhension qui se cachent derrière.

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