Home Lifestyle Société FAUT QU’ON PARLE: pourquoi la pub Nana ne devrait pas être censurée

FAUT QU’ON PARLE: pourquoi la pub Nana ne devrait pas être censurée

Capture d’écran Nana

La « nouvelle » publicité de la marque Nana fait grandement débat sur les réseaux sociaux. En cause, la représentation imagée de vulves. Un sexe féminin a-t-il sa place à la télévision? Ce n’est pas si simple.

Il y a un an, Nana Suède publiait sur YouTube une vidéo de 3 minutes intitulée « Viva la Vulva ». Un clip qui a déjà fait parler de lui à l’époque avant d’arriver chez nous. Un an plus tard, la vidéo est découpée en plusieurs spots publicitaires et diffusée en télévision.

Évidemment, en partant du choix assumé de représenter des vulves à la télévision, Nana s’exposait à bon nombre de critiques, surtout face à ceux qui n’en « comprennent pas l’intérêt ». Le CSA a d’ailleurs reçu des centaines de plaintes suite à sa diffusion. Mais cet intérêt existe bel et bien et demeure même d’utilité publique. Attaquée sur les réseaux sociaux, la marque a diffusé un message justifiant ses images: « Chez Nana, nous pensons que chaque vulve est unique, et que les différences doivent être célébrées. Des poils pubiens à la taille des lèvres, nous voulons que vous soyez fières de ce que vous avez. Après tout, la honte et la gêne vis-à-vis de cette petite (mais incroyable) partie de notre corps peuvent avoir un impact très négatif sur la confiance en soi ».

À l’heure où les représentations des films pornographiques sont décriées, cette pub relève du génie. Quand on sait à quel point la vulve peut être le fruit de complexes chez les femmes, il est nécessaire de montrer sa diversité. Non, un sexe féminin n’est pas dénué de poils, avec une taille standard et une seule couleur de peau. Il y a autant de vulves différentes que de femmes à travers le monde. Montrer cette diversité est important pour que chacune puisse célébrer sa féminité et ne pas se sentir anormale. Le faire comprendre avec des images de gâteaux, de rideaux sous l’effet du vent ou d’origami permet de faire passer le message en douceur.

Le problème, c’est que notre vulve n’est plus perçue que comme un organe sexuel. Voir un vagin, c’est l’associer au sexe, à la pénétration, à un discours phallocentré. Certes, il s’agit d’un organe génital mais aussi d’une partie du corps qui donne la vie, qui protège les organes intérieurs, qui est le réceptacle des règles. La vulve fait partie du corps des femmes, elle existe et ne devrait pas provoquer un sentiment de honte quand elle est représentée.

« Et si mon enfant tombe dessus? »

Voilà l’argument principal utilisé par les parents choqués. Mais n’oubliez pas qu’encore une fois, il ne s’agit que de cupcakes et de morceaux de papier. Si votre enfant y voit autre chose, c’est qu’il a déjà pris conscience qu’il a un sexe et que les femmes ont des vagins. Sachez d’ailleurs qu’une grande majorité de jeunes enfants ont déjà fait face à des scènes pornographiques sans le vouloir. Les pubs sur Internet intempestives sur lesquelles vous tombez tous les jours sont susceptibles d’être vues par les plus petits qui regardent des dessins animés sur YouTube ou qui ont accès à un écran. Le cas échéant, n’est-ce pas une bonne chose que de pouvoir leur expliquer cette diversité pour les éduquer sur la différence et l’anatomie des genres?

Tant mieux si les petites filles peuvent conscientiser dès leur plus jeune âge qu’elles n’auront pas à subir de pression sur ce qui fait d’elles des filles. Oui, les règles sont rouges car elles sont constituées de sang. Oui, elles viennent de notre vulve et non d’un tube à essais. Et non, il n’est pas normal d’en faire un tabou en faisant comme tous les concurrents de la marque qui les représentent avec du liquide bleu et des publicités léchées et immaculées. Tant mieux si ces petites filles atteignant la puberté n’ont pas honte de sortir une serviette ou un tampon de leur sac. Tant mieux si elles n’ont pas peur de s’informer sur les règles et de vous poser des questions à vous, parents, figures de savoir et d’éducation.

Nana veut briser les codes, casser les tabous et faire passer un message fort. Certes, c’est audacieux. Mais pas choquant. Le plus choquant, c’est qu’en 2019 de nombreuses jeunes filles ne sachent pas ce que sont les règles, que de nombreuses jeunes femmes ne sachent pas où se trouve leur clitoris ou qu’elles réfléchissent à se faire refaire les lèvres ou blanchir l’anus. Le combat n’est pas là où vous le croyez, détracteurs de cette publicité. Vive Nana qui a brandi les armes en douceur. Vive la différence. Et vive la vulve.

Lire aussi:

Jobs

Plus qu’une étape pour activer les alertes-infos!

Autorisez les notifications de Flair.be sur votre navigateur.