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Au Maroc, des centaines de “hors-la-loi” réclament la légalisation des rapports sexuels hors mariage

Portrait of a woman holding a flag that reads "The future is female" protesting in the city

Le Maroc a beau séduire avec ses destinations enchanteresses et son festival du film à la pointe de la culture, il a encore des décennies de retard en ce qui concerne les droits des femmes. D’abord parce que l’avortement y est toujours interdit, mais aussi parce que la loi punit les relations sexuelles hors mariage. Un status quo d’une autre époque qu’ont décidé de combattre des centaines de “hors-la-loi”.

Car non, il ne suffit pas d’interdire les relations sexuelles en dehors des liens du mariage pour qu’elles disparaissent. L’Eglise catholique a déjà essayé il y a quelques siècles de cela, et cela s’est avéré un échec cuisant. Sauf qu’au Maroc, en 2019, la mesure persiste, et fait partie de la loi, qui plus est, ce qui veut dire que ceux qui ne la respectent pas et qui sont pris en flagrant délit encourent une peine de prison. Une situation complètement ubuesque que dénonce une tribune parue dans Le Monde et rassemblant 490 signatures de hors-la-loi. Pourquoi 490? Parce que ce chiffre correspond à l’article du code pénal marocain qui prévoit une peine de prison en cas de relations sexuelles hors mariage.

Nous, citoyennes et citoyens marocains, déclarons que nous sommes hors la loi. Nous violons des lois injustes, obsolètes, qui n’ont plus lieu d’être. Nous avons eu des relations sexuelles hors mariage. Nous avons subi, pratiqué ou été complices d’un avortement. Nous avons appris à feindre, à composer, à faire semblant. Pour combien de temps encore ?”

C’est ainsi que commence la tribune, qui arrive à point nommé, alors même que la journaliste Hajar Raissouni fait actuellement l’objet de poursuites judiciaires pour cause de relations sexuelles hors mariage et qu’en juillet dernier, l’actrice marocaine Najat El Ouafi a été arrêtée pour les mêmes raisons. Il y a quelques jours, une jeune femme d’origine suédoise et son amant marocain ont quant à eux été arrêtés et risquent deux ans de prison pour adultère. Des situations incompréhensibles au 21e siècle, auxquelles s’opposent les signataires de la tribune.

Chaque jour, chaque heure, en secret, en cachette, des femmes comme moi, des hommes comme toi, conservateurs ou progressistes, personnalités publiques ou anonymes, de tous les milieux et de toutes les régions, osent et s’assument, jouissent et existent par eux-mêmes, brisent des chaînes et bafouent des lois. Parce qu’ils aiment”

Et d’ajouter que “chaque jour, je me rends coupable d’aimer et d’être aimée. Chaque fois qu’une femme est arrêtée, je me rends complice. Je me dis : ça aurait pu être moi… “.

Je n’en peux plus. Car mon corps m’appartient, il n’appartient ni à mon père, ni à mon mari, ni à mon entourage, ni aux yeux des hommes dans la rue, et encore moins à l’Etat”,

dénoncent encore les auteurs de cette tribune qui parle de la honte, des subterfuges qu’il faut trouver, de la peur, et qui peut-être lue dans son intégralité ici. Parmi les auteurs de ce texte aussi juste que nécessaire, on retrouve notamment l’écrivaine franco-marocaine Leïla Slimani, nommée il y a deux ans représentante personnelle d’Emmanuel Macron pour la francophonie. Et qui affirme que ce manifeste a pour mission de ” défendre toutes les vies brisées par le déshonneur, l’infamie ou la prison”. Quand il ne s’agit pas d’une issue encore plus tragique, avec la mort de femmes dont le seul crime a été d’aimer: selon les chiffres recueillis par les professionnels du terrain, chaque jour, entre 600 et 800 avortements clandestins seraient pratiqués au Maroc, avec tous les risques qu’ils comportent.

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