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Au Kenya, la « pauvreté menstruelle » pousse les jeunes filles à se prostituer en échange de protections

Korr, Marsabit / Kenya - October 2017. Young Kenyan girl is collecting water to jerry can at bore hole side in Northern Kenya. World water day.; Shutterstock ID 1039957273; Purchase Order: -

Plutôt cup, serviettes hygiéniques ou tampons? En Occident, les protections menstruelles sont facilement accessibles, tant du point de vue du choix que du prix d’achat. Mais il n’en va pas ainsi partout, comme au Kenya, par exemple, où la « pauvreté menstruelle » pousse femmes et jeunes filles à se prostituer en échange de protections hygiéniques.

Selon une enquête réalisée récemment par l’UNICEF, plus de la moitié des jeunes Kényanes (54%) ont des difficultés à avoir accès à des produits de base pour leur hygiène menstruelle. En cause, le tabou qui continue d’entourer les règles dans le pays, mais aussi et surtout le fait que les produits d’hygiène menstruelle soient difficilement accessibles au Kenya, tant parce qu’ils ne sont pas vendus en dehors des villes que parce que leur prix les rend hors d’atteinte pour toute une partie de la population. Conséquence: 65 % des habitantes d’un bidonville de Kibera, dans la banlieue de Nairobi, se prostituent pour pouvoir s’acheter des protections périodiques. Un chiffre glaçant, qui remet immédiatement en perspective les petits griefs que l’on peut avoir chaque mois à l’arrivée de nos règles.

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Chantage immoral

Ainsi que le révèle l’enquête de l’UNICEF, un système immonde s’est mis en place autour de la menstruation et des bodas bodas, ces chauffeurs de taxi qui arpentent le pays en moto. Ces derniers joueraient en effet de la précarité menstruelle des jeunes filles pour les forcer à la prostitution en échange de produits d’hygiène. Un chantage immoral facilité par le tabou qui entoure les règles au Kenya: les jeunes filles, honteuses de ces saignements dont on leur dit qu’ils sont impurs, sont moins susceptible de dénoncer le manège des bodas bodas. Bien qu’une loi de 2017 oblige les écoles kenyanes à fournir des protections menstruelles à leurs élèves, seules 30 % le font, et le plus souvent seulement uniquement en cas d’urgence. Alors les adolescentes sont contraintes d’en trouver par leurs propres moyens, quitte à devoir vendre leur corps au passage.

Briser les tabous

Une problématique qui ne se limite pas au bidonville de Kibera, puisqu’elle concernerait 10% des jeunes kenyanes. Une situation que déplore Andrew Trevett, envoyé spécial de l’UNICEF au Kenya.

La prostitution en échange de protections hygiéniques arrive parce que ces protections ne sont pas disponibles dans les villages des jeunes filles. Celles qui habitent à la campagne n’ont pas de moyen de transport, ni les moyens de se payer un trajet en bus. Les chauffeurs de bodas bodas leur promettent que si elles acceptent des rapports sexuels, ils iront leur chercher des protections.

Pour les jeunes filles qui échappent à ce piège, les alternatives sont compliquées. Au Kenya, 7% des femmes utilisent encore des protections « maison » lors des règles, fabriquées à base de chutes de tissu, mais aussi de plumes de poule, de coupures de journaux ou encore de boue. Avec tous les problèmes sanitaires que cela implique, d’autant que 76% des Kenyanes n’ont pas accès à des installations sanitaires suffisantes. S’il est facile de se sentir impuissante face à cette problématique, il ne faut pas pour autant laisser la distance nous résigner. Pour avoir un impact, on peut notamment soutenir l’action de Via Water, qui a pour objectif de distribuer au Kenya des serviettes hygiéniques biodégradables et fabriquées sur place. Mais aussi le partenariat de The Cup Effect et Global One, qui vise à briser les tabous qui entourent encore les règles. Parce que si la loi du silence disparaît, les jeunes filles seront des proies moins faciles, et leur fertilité pourra être célébrée au lieu d’être utilisée contre elles.

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